‹ Les États-Unis au XXe [i.e. vingtième] siècleChapitre 70 sur 94 · L INDUSTRIE ELECTRIQUE · texte numérisé non relu

L INDUSTRIE ELECTRIQUE

la seule Compagnie Edison de New-York ont une puissance tot&lc de 50.000 chevaux, trente fois plus qu'il y a diK ans. A Boston, il existe de môme 4.470 moteurs, d'une force d'ensemble 16.000 chevaux, branchés sur les circuits des stations centrales. On s'explique, par CCS exemples, que la demande de ces moteurs soit assez considérable pour alimenter la production que nous venons de signaler. Quant aux chemins de fer ou tramways électriques, qui s'étendent de jour en jour, rien d'étonnant à ce que leur consommation de moteurs soit énorme. Les chiffres relatifs au développement de cette industrie que cite le Census méritent d'être reproduits : en 1890, il existait, aux Etats-Unis, 789 Compagnies de tramways {slreetrailways), dont 144 de tramways électriques. Elles employaient ensemble 32.505 voitures dont 2.895 électriques, et avaient 8.123 milles de voies, dont 1.262 aménagées pour la traction électrique. En 1899, il n'existait plus que 4.250 voitures à traction par câble, 1.489 voitures à chevaux; il y avait, par contre, 50.658 voitures électriques, et la longueur des rails de tramways électriques atteignait 17.969 milles. Le capital, actions et obligations, de ces Compagnies avait passé de 1.900 millions en 1890 à 9 milliards de francs en 1900 ; le rendement moyen de ce capital était, dit le rapport sur le Census, de 4 à 5 p. 100. Latraction électrique paraît être, partout, sensiblement plus économique : d'après le rapport de la Metropolitan Street Bailway Co de New-York, elle ne coûterait que 13.16 cents par voiture-mille contre 17.76 pour la traction par câble et 18.98 pour ia traction animale. Et cependant il s'agit ici d'une traction électrique par conducteur souterrain, comme on la pratique généralement dans les quartiers centraux des villes américaines, ce qu'oublient certains barbares qui voudraient doter de trolleys aériens

tout le centre de Paris. On remarquera qu'il n'est pas question dans ces comparaisons de la traction à air comprimé, que d'autres barbares, plus arriérés, voudraient imposer au Métropolitain et à tous les tramways parisiens sous prétexte de sécurité.

En dehors de ces deux grandes classes de moteurs électriques, il s'en fabrique encore un grand nombre d'autres, destinés h des usages très divers, pour lesquels l'emploi de l'électricité est beaucoup plus répandu aux États-Unis qu'en Europe : les ventilateurs ou éventails (fans), comme on les appelle aux États-Unis, appareils absolument indispensables par les brûlants étés de l'Amérique du Nord ; 97.000 moteurs d'une force de près de 13.000 chevaux et d'une valeur de plus de 5 millions de francs ont été produits pour cet usage durant l'année du Census ; puis les ascenseurs électriques, dont le rôle est capital dans les immenses maisons à douze, quinze ou vingt étages, contenant des milliers de bureaux, qui caractérisent les quartiers d'affaires des villes américaines. « On a un exemple du travail que peut accomplir un ascenseur électrique, dit le rapport sur le Census, par les ascenseurs installés en 1898-1899 dans le Park Roio Building, le plus grand bâtiment à bureaux (Office Building) du monde — une ville verticale ayant pendant le jour une population moyenne de 4.000 habitants, sans compter les visiteurs. Le cahier des charges pour la construction de cet édifice comportait quinze ascenseurs. Cinq d'entre eux, destinés aux passagers, s'élèvent jusqu'au 26'' étage, soit une course verticale de 94 mètres. Un autre réservé aux poids lourds, coffres-forts, etc., part du soubassement et monte au :2o* effectuant une course de 129 mètres. » Les énormes cages où l'on s'entasse par dizaines, montent et descendent constamment, avec une rapidité inconnue des

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ascenseurs curopi^ens. Par contre, les Américains habitant, en général, des maisons particulières à deux étages rarement à trois, et non de grandes maisons à appartement, n'ont pas d'ascenseurs dans leurs domiciles. C'est ce qui explique qu'il n'y a en tout, à New-York, que 3.300 ascenseurs électriques. La valeur des moteurs pour ascenseurs produits aux États-Unis s'élève pour 1900, à 13 millions de francs.

Laissant de côté quelques moteurs divers, dont la production est peu importante, il convient ici de dire un mot des accumulateurs. On en a fabriqué, en 1900, pour 13 millions de francs également, mais, somme toute, cette industrie d'origine française, — le rapport sur le Census rend hommage aux découvertes de Planté et aux perfectionnements introduits par Faure, — cette industrie n'a pas donné ce qu'on en espérait, malgré les dernières inventions d'Edison.

Les accumulateurs rendent assurément service dans les cas où la demande de courant est irrégulière, en permettant d'emmagasiner l'énergie électrique à certaines heures pour la distribuer à d'autres, tout en maintenant la continuité de la marche des machines. Mais leur poids et leur fragilité les rendent peu propres aux appareils de transport : « Quant aux voitures de tramways à accumulateurs sur lesquels on avait fondé de grands espoirs pendant la dernière décade, bien peu, dit le Census, se trouvent encore en service à la fin de cette décade. . . » Il fut un temps où les objections faites en maintes cités au trolley aérien purent faire croire que ces voitures seraient généralement adoptées, malgré la cherté de leur entretien et de leur exploitation : mais le succès obtenu parle conducteur souterrain est venu h, temps pour empocher ce développement. En dehors des accumulateurs, il a été produit en 1900 aux

États-Unis pour 6 millions de piles ordinaires, destinées surtout à la télégraphie et à la téléphonie.

L'industrie de l'éclairage électrique, plus prospère en Amérique que partout ailleurs, a provoqué la fabrication, dans la môme année, de 158.000 lampes à arc valant plus de 9 millions de francs et de 25 millions de lampes à incandescence valant 21 millions de francs; il faut y joindre 1 million de francs de projecteurs et 13 millions de montures pour lampes.

Les appareils télégraphiques construits en 1900 atteignent une valeur de 8 millions de francs; mais bien plus nombreux encore sont les appareils téléphoniques dont la valeur totale pour cette même année dépasse 54 millions de francs. On n'en sera pas surpris, si l'on songe que l'American Bell Company, la principale des Compagnies américaines de téléphones, a 1.500 réseaux avec 2 millions de kilomètres de fils, 33.000 employés et 1.080.000 abonnés qui ont ensemble 2 milliards de conversations par an. Les autres Compagnies exploitant des réseaux moins importants ont ensemble quelque 700.000 abonnés. Il y a ainsi en Amérique un téléphone par 40 habitants, et, en certains endroits, comme à San-Francisco, un par 12 habitants. Sommes-nous assez loin de ce chiffre en France^ ? Il est vrai qu'aux États-Unis la téléphonie — comme la télégraphie — est une industrie privée, où l'on ne traite pas le public comme taillable et corvéable à merci et où l'on ne refuse pas les souscripteurs pour cause de manque de crédits ou d'autres prétextes administratifs.

1. En 1903, la longueur des fils téléphoniques de l'American Bell Company avait passé à 3.900.000 kilomètres et le nombre des conversations échangées était de 3 milliards 2 millions contre 766 millions de conversations en Allemagne, 723 millions en Grande-Bretagne, et 187 millions en France.

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Userait fastidieux d'cnlrer dans le ddtail des appareils électriques très divers que produit encore l'industrie américaine. Mentionnons seulement qu'il a été fabriqué, en 1900, pour 6 millions d'appareils de chauffage, (ce qui indique que cette application, impossible chez nous à cause des hauts prix du courant, entre dans le domaine pratique là où ce courant est meilleur marché) et, enfin, que la valeur des fils et câbles isolés sortis des usines américaines est de liO millions de francs par an. Les câbles sous-marins sont, à peu près, la seule branche de l'industrie électrique que les Américains n'abordent pas. Pour presque toutes les autres ils montrent la voie au monde ; leur génie pratique d'invention et d'application ne s'est nulle part mieux manifesté et en aucun autre pays on n'apprécie autant l'électricité, dont l'emploi, comme l'observe le rapport sur le Census, est si précieux pour le confort et la facilité de l'existence.

L'industrie textile est l'une des plus nécessaires à l'homme et l'une des plus anciennement constituées; dans tous les pays qui ont quelque développement industriel, elle tient une place importante. Il n'est donc pas surprenant qu'elle ait pris, dès longtemps, une extension considérable aux États-Unis, qui trouvent d'ailleurs, en abondance, sur leur propre territoire, et la matière première de l'industrie textile et les moyens de la transformer. Leur sol fournit les quatre cinquièmes de la production mondiale du plus employé des textiles, le coton ; leurs troupeaux de bêtes à laine ne le cèdent en importance qu'à ceux de l'Australie et de l'Argentine; leurs abondantes chutes d'eau et leurs vastes mines de houille leur procurent, à bon marché, la force motrice. Enfin, leur population nombreuse, aisée et rapidement croissante, peut consommer en quantités énormes les articles les plus variés. Aussi la valeur brute totale des produits de leur industrie textile et des industries de confection qui s'y rattachent n'est-elle pas inférieure à 9 milliards de francs; la valeur nette, défalcation faite des doubles emplois i, dépasse 5 mil-

1. Ces doubles emplois sont très nombreux ; en voici un exemple : une filature vend des filés à un tissage qui les revend à un atelier de confection. La valeur brute des produits de ces

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liards et demi. Enfin, si l'on ne tient compte que do l'industrie textile proprement dite, laissant de cùté la confection, la valeur nette de ses produits atteint encore le chiffre imposant de 3 milliards 900 millions de francs, celle des capitaux est de 5 milliards et demi et elle distribue annuellement, à 661.000 ouvriers, près de 1.100 millions de francs de salaires.

Si importants que soient ces chiffres, les États-Unis n'occupent pas encore, en dépit des circonstances naturelles favorables, le premier rang dans l'industrie textile ; mais d'après le Census de 1900, qui donne à cet e'gard de curieux renseignements, ils ont, aujourd'hui, conquis le second et ne sont plus dépassés que par la seule Angleterre. Ils ont môme consommé, en 1900, plus de coton que celle-ci : 3.855.000 balles (de 500 livres anglaises ou 227 kilogrammes) contre 3.334.000 pour l'Angleterre et 4.576.000 pour l'ensemble du continent européen ; mais cette consommation plus grande correspond, cependant, aune moindre activité manufacturière, et k une moindre valeur de la production. La filature américaine produit, en effet, beaucoup plus de filés inférieurs et beaucoup moins de numéros fins que l'Angleterre, la France ou l'Allemagne. Aussi, le nombre des broches qu'elle emploie, comme celui des ouvriers de l'industrie cotonnière, est-il sensiblement moindre. Alors que la Grande-Bretagne possède (en 1900) 46 millions de broches et l'ensemble du continent européen , 33 millions, les Etats-Unis n'en ont que 19 millions ; ils dépassent déjà ainsi, de beaucoup, chacun des pays continentaux pris individuelle-

trois établissements est la somme de la valeur des filés produits par le premier, des tissus produits par le deuxième, des confections produites par le troisième : il est clair que la valeur dca filés est comptée trois fois, celle des tissus deux fois.

ment, puisque l'Allemagne a moins de 8 millions de broches, la Russie, Pologne comprise, moins de 7 millions, et la France moins de 5 millions et demi.

Dans l'industrie lainière, à en juger par la consommation de laine, les États-Unis disputent le troisième rang à l'Allemagne et à l'Autriche. Us laissent le premier à l'Angleterre, qui emploierait, dans ses usines, environ 226 millions de kilogrammes de laine, et le deuxième à la France, avec 206 millions; eux-mêmes consommeraient 177 millions de kilogrammes, tandis que l'Allemagne et l'Autriche arriveraient à 172 et 174 millions. Pour les soieries, enfin, la valeur des articles produits, qui paraît être ici un meilleur critérium que dans les autres industries textiles, place les États-Unis au deuxième rang avec 92 millions de dollars, contre 122 millions de dollars à la France, 73 à l'Allemagne, 38 à la Suisse, 21 à la Russie, 17 à l'Autriche, 15 seulement à la Grande-Bretagne et 13 à l'Italie ^ A prendre l'ensemble des trois principales industries textiles, les États-Unis doivent certainement céder le pas à l'Angleterre, qui les dépasse

1. Ces évaluations ne sauraient prétendre à une exactitude absolue ; mais elles paraissent très suffisantes pour permettre de fixer le rang des diverses nations dans l'industrie textile. C'est pour la laine que règne la plus grande incertitude : les évaluations du Ceîisus sont déduites de celles faites par la grande maison Helmuth Schwartze et G'« de Londres pour 1894 : « Ce sont, dit le rapport sur le Census, les appréciations dignes de foi les plus réce"ntes » ; il leur fait subir quelques légères modifications pour qu'elles s'appliquent mieux à 1900. Pour la soie, on a pris les chiffres donnés par le comoiissaire des Etats-Unis à l'Exposition universelle de Paris. Pour le coton, le Census donne une double série de chiffres , remarquablement concordants, obtenus tout à, fait indépendamment par le New-York Commercial cmd Financial Chronicle, qui fait autorité en la matière, et par M. Fukuhara, expert japonais éniinent, qui s'est livré à une minutieuse enquête dans tous k-s pays du monde.

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do beaucoup pour les deux plus considérables, le coton el la laine ; ils sont un peu au-dessous do la France pour la laine et la soie, mais nous sont tellement supérieurs pour le coton que, tout compris, ils viennent assurément avant nous ; quant aux autres pays, il les laissent en arrière sur toute la ligne. Les industries secondaires du lin, du chanvre et du jute, médiocrement développées en Amérique, ne sauraient modifier ce classement. Il est incontestable que la deuxième place, dans l'industrie textile du monde, revient aux États- Unis^; la troisième appartient probablement à l'Allemagne, la quatrième h la France.

S'il est naturel que l'industrie textile prospère aux États-Unis, il n'y a pas lieu de s'étonner cependant qu'elle n'y ait pas encore atteint le degré de puissance auquel elle est arrivée en (irande-Bretagne. Dans la plus importante de ses diverses branches, qui est l'industrie cotonnière, une supériorité écrasante est assurée aux ateliers qui emploient les machines les plus perfectionnées, servies par la main-d'œuvre la plus habile ; c'est

1. Il est intéressant de comparer, d'après le Census de 1900, le nombre moyen des ouvriers employés par l'industrie textile en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis :

Nombre moyen des ouvriers.

luduslries. Grande-Bretague . États-Unis.

Coton 526. 1Q7 302.861

Laine 256.425 J59.108

Soie 35.461 63.416

Bonneterie 33.464 83.387

Liu, chanvre et julc 136.705 20.903

Total 1.010.162 631.675

Il faut ajouter, pour les Etats-Unis, 29.776 ouvriers classés comme « teignant et finissant les textiles » ; en Angleterre, les ouvriers correspondants paraissent être répartis dans les diversos branches.

pourquoi elle n'acquiert son complet développement que dans les pays où tout l'ensemble de l'industrie est très avancé. Or, cette dernière condition ne peut être considérée comme réalisée aux États-Unis que depuis assez peu de temps, depuis un quart de siècle au plus, sinon même depuis quinze ou vingt ans. Jusque-là, l'Union américaine restait, comme toute contrée très neuve, un pays avant tout agricole ; il en était encore ainsi, jusqu'à ces toutes dernières années, de la partie de son territoire où croît le coton et qui était habitée par des blancs très frustes et par des nègres à peine sortis de l'esclavage. Il y a quinze ans encore, les conditions économiques générales du pays confinaient toute l'industrie dans les États du Nord-Est qui, fort éloignés des régions méridionales productrices de coton, n'avaient guère d'avantage sérieux sur l'Angleterre en ce qui concerne l'achat de la matière première et se trouvaient, au contraire, désavantagés au point de vue de l'acquisition des machines, sinon à celui de la force motrice et de la main-d'œuvre. Ces conditions se trouvent complément modifiées aujourd'hui, et par le développement général de l'industrie américaine, et par l'établissement de l'industrie du coton dans les États mêmes qui produisent la matière première. Pour la laine, les Etats- Unis ont beau en produire plus qu'aucun pays européen, ils ne suffisent pas, cependant, à leur consommation et doivent, eux aussi, en importer de grandes quantités. 11g n'y ont donc point d'avantage spécial. Quand à la fabrique de soie, c'est une industrie de luxe, ou tout au moins de demi-luxe, pour laquelle les États-Unis ne sont mûrs que depuis peu de temps. Elle y existait à peine il y a vingt ans ; mais depuis elle y a marché à pas de géants; les gigantesques progrès qu'elle y a accomplis sont de nature à préoccuper particulièrement la France.

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Sauf en quelques branches, tout à fait spéciales, les États-Unis importaient jusqu'à ces dernières années beaucoup plus d'objets fabriqués qu'ils n'en exportaient, et, quoique leur production industrielle s'accrût très vite, comme le nombre des habitants et par suite la puissance de consommation intérieure augmentaient très rapidement aussi, l'écart entre les importations et les exportations ne diminuait que fort lentement. L'extraordinaire essor économique, et industriel surtout, qui s'est manifesté dans l'Amérique du Nord depuis 1897, a grandement modifié cette situation. Si exceptionnellement active qu'ait été depuis lors, sous l'influence d'une prospérité sans précédent, la consommation intérieure, l'industrie américaine a pu en satisfaire une proportion croissante et les exportations se sont développées beaucoup plus que les importations. Il est probable qu'aussitôt que la consommation nationale diminuera ou cessera de s'accroître très vite, — ce qui arrivera fatalement car une prospérité pareille n'est pas éternelle, et ce qui paraît déjà commencer à se produire, — les ventes au dehors se développeront beaucoup, et parviendront bientôt à excéder les achats dans bien des branches où elles leur sont inférieures aujourd'hui. Tel sera sans doute le cas pour l'industrie textile américaine, qui ne suffit pas encore entièrement aux besoins nationaux, mais qui en est cependant beaucoup plus près qu'il y a trente ans. A considérer ses trois principales branches, coton, laine et soie, on voit qu'elle fabrique pour 743 millions de dollars de produits et que la consommation totale des États-Unis atteint 800 millions, l'excédent des importations sur les exportations étant de 57 millions de dollars, soit un peu plus de 7 p. 100 de la consommation. En 1870, pour une production de 389 mil-

lions et une consommation de 466 millions de dollars, l'excédent des importations était de 77 millions ou 16,ii p. 100. Le progrès est sensible. Le tableau ci-après en fait ressortir le détail, pour chacune des industries du coton, de la laine et de la soie.

PRODUCTION, CONSOMMATION, IMPORTATION BT EXPORTATION DES DIVERS ARTICLES TEXTILES POUR LES ANNÉES 1870 ET 1900

Valeurs en millions de dollars.

Cotonnades. Lainages. Soieries. Totaux.

Production en 1870 . . . 177.5 199.3 12.2 389.0

Exportation 3.8 0.12 0.01 3.9

Importation 21.9 35.0 24.2 81.2

Consommation 195.6 234.2 36.4 466.2

Production en 1900 . . . 339.2 297.0 107.2 743.4

Exportation 24.0 1.3 0.25 25.6

Importation 39.8 15.6 26.^ 82.2

Consommation 355.0 311.3 133.8 800.1

On voit que, pour l'ensemble des trois textiles, la production et la consommation ont beaucoup augmenté l'une et l'autre, mais la production plus vite que la consommation : pour le coton, l'accroissement de la production est d'environ 90 p. 100, celui de la consommation de 80 p. 100; pour la laine, la production s'est accrue de 49 p. 100 seulement, la consommation de 33 p. 100 ; pour la soie, la production est presque neuf fois plus forte qu'il y a trente ans et la consommation plus de trois fois et demie supérieure. Au point de vue du commerce extérieur, l'excédent des importations sur les exportations s'est réduit pour le coton et la laine, il est resté constant pour la soie ; le mécanisme de cette réduction n'a pas été le même pour les deux industrie?; qu'elle a affectées. Insignifiantes sur toute la ligne en

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1870, les exportations le sont restées en ce qui concerne la laine et la soie, tandis qu'elles ont pris une sérieuse importance pour le coton. Quant aux importations, elles se sont accrues sur la soie, grâce au colossal développement de la consommation ; elles ont fort diminué sur la laine ; elles ont augmenté pour le coton ; mais cet accroissement porte sur des articles spéciaux, de luxe ou de demi-luxe, broderies, dentelles et autres. Si l'on joint aux trois industries précédentes la bonneterie, on voit que la consommation américaine de ces articles textiles est de 8^95 millions de dollars, dont l'importation — il s'agit ici de l'importation brute sans défalquer les exportations — ne représente que 9,2 p. 100. Somme toute, en dehors de quelques rares branches spéciales et de luxe, l'industrie textile américaine est arrivée à suffire aux besoins indigènes et commence à exporter. Les années prochaines la verront sans doute concurrencer l'Europe sur les marchés extérieurs.

Les diverses branches de l'industrie textile, tout en ayant des caractères communs, présentent entre elles trop de différences pour pouvoir être complètement étudiées ensemble. Nous allons donc maintenant les examiner séparément en commençant par la plus importante d'entre elles, celle du coton. C'est la plus ancienne des grandes industries américaines : la première filature mécanique établie aux États-Unis date de 1790 ; elle n'avait que 72 broches ! Lors du premier essor manufacturier, qui suivit la guerre de 1812 avec la Grande-Bretagne, il se fonda un assez grand nombre de manufactures de coton en Nouvelle- Angleterre, autour de Boston et de Providence, dans une région riche en chutes d'eau de moyenne importance, qui fournissaient une force motrice facile a capter. Depuis lors, et jusqu'à nos jours, les États de

Massachusetts, de Rhode-Island, de Connecticut et le sud du New-Hampshire sont demeurés la terre d'élection de cette industrie qui, remarque le Census américain, est essentiellement « grégaire » et a tendu, dès l'origine, à se concentrer dans de très grands établissements ou dans des groupes très denses d'établissements moyens. La raison en est que la préparation, la filature et le tissage du coton à la main exigent tant de travail que même les communautés les plus pauvres ne peuvent s'y livrer avantageusement, dès lors que le moindre procédé mécanique vient les concurrencer. « En conséquence, toute l'industrie du coton est abandonnée au capital. D'ailleurs, le perfectionnement des machines ayant diminué les frais de fabrication à un degré vraiment merveilleux, il est devenu de plus en plus difficile pour des novices de s'engager dans cette industrie avec succès. D'où une tendance de sa part à grandement se concentrer, à se développer dans les régions où elle existe déjà,, à rester négligée ou à languir dans celles où l'on cherche à l'introduire nouvellement, sauf lorsqu'elle y est favorisée par des avantages spéciaux. » La situation d'ensemble de l'industrie cotonnière, filature et tissage compris, mais sans y faire entrer la teinture, ni la confection, ni bien entendu les industries préparatoires, telles que l'égrenage du coton était caractérisée, d'après le dernier Census, par les chiffres que voici:

Nombre des établissements . . . 1.005 905 1.055

Capital (millions de dollars) . . . 219.5 354 467.2

Nombre des ouvriers 185.472 218.876 302.861

Salaires (millions de dollars). . . 45.6 66 86.7 Valeur des matériaux (millions de

dollars) 113.8 154.9 176.6

Valeur des produits (millions de

dollars) 211 268 339.2

Le progrès de l'industrie cotonnière peut se mesurei' de deux façons : par celui de la consommation de coton brut et par celui du nombre des broches employées à le filer. Il est intéressant de comparer la rapidité de ce progrès aux Etats-Unis et dans les autres pays. C'est ce que permettent de faire les deux tableaux suivants, extraits du rapport sur le Census de 1900 et que nous complétons, pour l'année 1903, par les renseignements que fournit le New-York Commercial and Financial Chronicle.

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