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CHAPITRE DOUZIÈME

l'altération des moeurs domestiques et la question des femmes. .

Les colonies devaient à leur éloignement d'avoir été préservées de la corruption morale qui, au dix-septième et au dix-huitième siècles, avait envahi et énervé les hautes classes de la société européenne. Au Sud comme dans la Nouvelle-Angleterre, les mœurs domestiques étaient d'une pureté remarquable, et au commencement de ce siècle, les habitudes austères des familles puritaines que MiS Beecher Stowe a décrites d'une façon si entraînante dans la Fiancée du ministre, subsistaient encore1. Chaque soir les membres de la famille se réunissaient autour du foyer pour prier Dieu ensemble ; la Bible était la lecture quotidienne, et sur les larges marges de ses grandes pages , le père inscrivait les naissances de ses enfants et les principaux événements domestiques. Même aujourd'hui , c'est dans ces vénérables documents que l'on va chercher les preuves authentiques de l'état civil des familles2.

1 V. sur les mœurs domestiques des États-Unis à la fin du siècle dernier, les Lettres d'un cultivateur américain, par M. de Crèvecoeur, 1785. 2 vol. in-8°, trad. franc.

2 La loi du Minnesota, comme celle de beaucoup d'autres États, énumère la Bible de famille en tête des objets mobiliers qui ne peuvent être l'objet d'une saisie. On chercherait vainement une disposition semblable dans nos codes.

L'autorité paternelle était très-respectée1. La pratique de l'institution testamentaire d'un héritier était universelle, et, comme dans tous les pays où la jeune fille ne reçoit pas de dot, les mariages étaient précoces et se contractaient dans les meilleures conditions d'attrait mutuel et de moralité. Les unions ainsi formées étaient généralement fécondes et stables : on peut juger de la rareté des divorces par ce fait, que, dans beaucoup d'États, il n'y avait point de juridiction organisée pour les prononcer : il fallait s'adresser à la législature qui statuait par un bill spécial.

Les mœurs tenaient la femme américaine beaucoup plus loin du mouvement des affaires publiques qu'en France à l'époque correspondante. Pendant son ambassade à Paris , Jefferson avait été frappé de ce contraste, et en 1830, M. de Tocqueville le constatait également2. Renfermées dans le cercle des occupations domestiques, les femmes étaient profondément respectées et ne paraissaient nullement se plaindre de la situation légale qui leur était faite au point de vue civil. La Common-law d'Angleterre, qui place la femme mariée dans un état d'incapacité légale perpétuelle 3, était acceptée sans réclama-

1 En 1812, au moment de la guerre avec l'Angleterre, un bill autorisait les engagements des mineurs et apprentis sans le consentement de leurs parents et patrons. Josiah Quincy dénonça cette disposition comme attentatoire à l'autorité paternelle et à la discipline domestique et la fit rejeter. Life, p. 272-276. Remarquez, que l'on mettait alors sur la même ligne l'autorité du maître sur ses apprentis et celle du père sur ses enfants. C'est toute une révélation sur le régime du travail !

2 Mélanges politiques de Jefferson, par Conseil, t. I, p. 332; Delà démocratie en Amérique, t. III, ch. xii.

* D'après la Common-law, la femme mariée n'a pas de personnalité civile distincte de celle de son mari : ses biens, meubles et immeubles, passent sous son nom, à moins que, par contrat de ma-

tion. L'auteur de la Démocratie en Amérique, très-bien inspiré sur ce point, a montré comment cette apparente infériorité légale se conciliait avec un profond respect de la mère et de l'épouse, et une influence sociale d'autant plus efficace qu'elle se concentrait au foyer de la famille K

Ces principes inspirent encore de nombreuses familles dans toutes les parties de l'Union (§ 8), mais en regardant l'ensemble de la nation, on constate qu'ils sont généralement abandonnés. «Aux États-Unis, disait M. de Tocqueville , on ne loue guère les femmes, mais on montre chaque jour qu'on les estime. » C'est tout le contraire qui se passe aujourd'hui : on exalte bruyamment les femmes , partout il est question de leurs droits, et, comme la république romaine dans sa décadence, l'Amérique a aujourd'hui sa question des femmes; mais tous ces hommages affectés et toutes ces thèses excessives cachent un oubli profond du véritable respect qui leur est dû.

Les idées courantes sont tellement perverties que M. Seaman, le grave écrivain que nous aimons à interroger, s'est cru obligé de consacrer de longues pages à éta-

riage, des trustées n'aient été institués. Non-seulement le mari a la jouissance exclusive de ses biens, mais il peut les aliéner, et ils deviennent le gage de ses créanciers. La femme ne peut faire aucun contrat valide, si ce n'est comme agent de son mari. Tout ce qu'elle acquiert devient la propriété de celui-ci. Enfin elle ne peut tester. Ce régime, qui rappelle la manus du droit romain, est en rapport avec un état social où les filles ne reçoivent que des dots peu considérables.

1 Cpr. M. Le Play, la Réforme sociale, chap. xxvi, § 1 à 9.

blir scientifiquement la différence fondamentale des aptitudes des deux sexes et, par conséquent, la nécessité de l'autorité maritale et d'une inégale répartition des droits civils et politiques entre les époux. La revendication des droits de la femme est d'autant plus injuste que la Common-law a été, à partir de 18^9, amendée dans presque tous les États par des statuts spéciaux , d'après lesquels les femmes mariées non-seulement ne sont plus exposées à voir leur fortune personnelle compromise par la mauvaise administration de leurs maris, mais même jouissent de leurs revenus propres à peu près comme sous notre régime de la séparation de biens conventionnelle.

a Malgré cela, dit M. Seaman, nous avons maintenant une classe de femmes qui , non contentes de la protection et de la jouissance de tous leurs droits civils, agitent l'opinion publique pour obtenir les droits politiques , le droit électoral et l'éligibilité à toutes les fonctions. Les femmes monopolisent maintenant à peu près tout le soin de l'enseignement des enfants et de la jeunesse; elles sont devenues un grand pouvoir social du pays, comme elles doivent l'être., et cependant quelques-unes ne sont pas encore satisfaites, parce qu'elles n'exercent pas le pouvoir politique. Elles deviennent ambitieuses d'occuper des fonctions et de tenir la balance du pouvoir entre les deux grands partis politiques. »

Cette tbèse n'est pas seulement soulevée par des femmes plus ou moins émancipées, elle est préconisée par des publicistes en renom et a été adoptée par le parti radicaL Le territoire de Wyoming a admis les femmes au droit de suffrage pour l'Assemblée législative. En 1874, la législature de l'État d'Iowa adopta un amendement constitutionnel en ce sens et nous ne savons s'il a été ratifié par le vote populaire. Deux ans auparavant, dans la

législature du Massachussetts, une proposition semblable n'avait échoué que grâce à la voix prépondérante du président1.

La ligue des droits des femmes a été plus heureuse sur des points plus limités. L'illinois et la Pennsylvanie ont posé en principe l'éligibilité des femmes aux fonctions des lourds of schools, et beaucoup d'États semblent disposés à entrer dans cette voie à cause du nombre considérable de femmes qui remplissent les fonctions d'instituteurs.

Il faut convenir que le suffrage universel étant admis comme l'expression de la souveraineté sociale de chaque individu , il n'y a logiquement aucune bonne raison pour le refuser aux femmes. Aussi M. Seaman, frappé des conséquences morales déplorables de ces innovations, estil amené à faire le procès du suffrage universel et à montrer que le droit de vote n'appartient légitimement qu'aux chefs de famille, non pas dans leur intérêt propre, mais comme représentant du groupe primordial d'intérêts formé par la famille2. Heureuse, la société américaine, si l'extravagance même des novateurs modernes la forçait à revenir aux véritables principes !

1 En 1873, le Sénat a repoussé une proposition donnant le droit de vote aux femmes dans tous les territoires soumis à l'autorité des États-Unis.

2 M. Seaman ajoute avec beaucoup de raison : « Si quelques classes de femmes ont droit au pouvoir et aux privilèges politiques* ce sont les veuves qui sont chefs de ménage et agissent avec la capacité représentative comme chefs de famille ayant des enfants mineurs soumis à leurs soins et à leur protection , dont il est de leur devoir de surveiller et de protéger les droits et les intérêts.» (p. 272.) A l'appui de cette opinion, l'éminent écrivain américain aurait pu citer les coutumes de plusieurs localités européennes au moyen âge. Mais il est peu probable que cette citation eût été accueillie avec faveur par les lecteurs américains. (V. chap. xxv, § 5.)

Le droit d'élire et d'être élues aux fonctions publiques n'est encore qu'une partie des revendications des femmes. On attaque en leur nom l'inégale répartition des fonctions sociales entre les deux sexes. Sans parler de l'école qui arbore le drapeau du free-lowe (ch. xix, § 2), on voit d'honnêtes gens soutenir que les femmes doivent, comme les hommes, être avocats, médecins, ministres du culte, diriger les entreprises industrielles et commerciales. La législation des différents États cède peu à peu devant ces prétentions, et les femmes commencent à être admises à plaider devant les tribunaux ainsi qu'à exercer la médecine. Sauf pour cette dernière fonction où elles peuvent rendre des services spéciaux dans les maladies des femmes et des enfants, et où il ne s'agit que de développer l'institution des accoucheuses, ces innovations aboutissent seulement à mettre en évidence certaines individualités excentriques et dévergondées ; mais le partage que la nature a fait des fonctions de la vie se retrouve toujours, et l'on voit même en Amérique beaucoup moins de femmes à la tête des établissements de négoce qu'en France et en Angleterre.

En dépit de toutes les déclamations de la littérature, de la presse et même de la chaire , la situation des ouvrières dans les grandes villes n'a reçu aucune amélioration , et c'est cependant là une des plaies les plus douloureuses de la civilisation américaine (V. Document annexé, id. III).

Sans donc produire de résultats pratiques, cette agitation trouble profondément le moral des femmes. Sous l'influence de ces idées, beaucoup de localités font élever

en Commun les jeunes filles et les jeunes garçons; on verra plus loin les résultats moraux déplorables de ce système. (Ghap. xx, § 6.)

Là même où cette promiscuité des sexes n'est pas éta-> blie, on fait suivre de plus en plus aux jeunes filles, dans les écoles publiques et dans les écoles privées, les mêmes études et les mêmes méthodes d'éducation qu'aux garçons. Sous prétexte que l'intelligence des femmes vaut celle des hommes, on leur fait étudier le grec, l'algèbre, la mécanique et les hautes sciences. Le résultat de ces études est absolument nul : pas plus que par le passé on ne voit de femmes se distinguer réellement dans ces études réservées jusqu'à présent aux hommes. Elles y gagnent encore moins comme culture générale, et les esprits indépendants reconnaissent que , dans la société d'aujourd'hui, on trouve beaucoup moins de ces femmes instruites et spirituelles qui formaient le charme de la génération précédente1.

Nul sous le rapport de la culture intellectuelle, le résultat du système d'entraînement scolaire auquel les jeunes filles sont soumises est désastreux au point de vue de leur développement moral et physique. Une des sommités médicales de Boston vient, dans un livre qui a produit une profonde sensation, de signaler ce système comme altérant gravement l'organisme des femmes de la Nouvelle-Angleterre. « On surmène leurs forces physiques ; elles sont incapables d'être mères, et si cela continue encore un demi-siècle comme depuis cinquante ans, il faudra importer des femmes des familles transatlantiques1. »

' Voir, entre autres, un article éditorial du Courrier-Journal de Louisville du 5 avril 1875, et Journal associai science, n. V, 1873, p. 42.

Sex in éducation or a fair chance for the girls by Ed-

Le fruit de cette éducation et de ces idées, répandues par une littérature banale, est de dégoûter profondement les femmes des soins du foyer domestique et des fonctions pour lesquelles la nature les a créées. Ce mal est surtout sensible dans les États de l'Est.

« Aujourd'hui, dit le voyageur anglais Hepworth Dixon, la femme, son intelligence, ses principes et ses mœurs sont affectés profondément. L'Américain voit sa jeune sœur se préoccuper de ses propres pouvoirs et de ses droits, sa femme tomber dans une sorte d'hystérie ambitieuse, sa fille se livrer à des recherches archéologiques sur la place de la femme dans la création. La société anglo-américaine est bouleversée par une foule de maladies féminines : tables tournantes, sociétés anticonjugales, phalanstères d'amour libre, liberté des affections et même clubs antimaternels i. »

Le désordre des mœurs suit celui des intelligences, et il faut aujourd'hui beaucoup rabattre de la moralité américaine, jadis justement vantée. La société des États-Unis présente toujours un aspect différent de la nôtre, en ce que l'opinion continue à flétrir l'adultère et ne permet pas aux hommes de se vanter de leurs bonnes fortunes ; ils y perdraient infailliblement leur crédit commmercial ou politique. Malheureusement* sous cette apparence extérieure

WardH. CLARkE,M. D., member ofthe Massachussetts médical Society, late professor of materia medica in Harward collège, etc. (Boston, Osgood, 1874). La population de la Nouvelle-Angleterre est particulièrement décimée par la phthisie.

1 La Nouvelle-Amérique, voir les chapitres intitulés : la Politique des femmes; Maris et femmes; la Loi domestique; Révolte des femmes en Amérique; le Congrès des femmes; la Pantagamie.

dedécence, la prostitution déborde dans les grandes villes; les drames domestiques, assassinats, enlèvements se multiplient d'une façon effrayante; les stations d'eaux sont pour les classes riches une foire permanente ouverte aux vices les plus honteux. Enfin, et c'est un signe du changement qui s'opère dans les mœurs, la littérature à scandale commence à envahir l'Amérique. La publicité donnée pendant quatre mois par les journaux les plus sérieux aux débats judiciaires du procès Tilton-Beecher aurait, il y a encore peu d'années, soulevé l'opinion publique. Aujourd'hui de pareils récits sont réclamés avidement par les lecteurs de toute classe.

Du reste, les notions de mariage, de foi conjugale et d'adultère n'auront bientôt plus de signification pratique, tant le divorce est communément pratiqué. Fait remarquable, c'est dans les États Puritains que tout d'un coup, dans les premières années de ce siècle , la famille a été livrée à une sorte d'épidémie de divorces. Dès 1816, le président d'Yale-College, Dwight, constatait avec effroi ses progrès dans, le Connecticut. Gela coïncidait avec la corruption religieuse de la plupart des Congrégations (chap. xvn, § 8). Les choses n'ont fait qu'empirer. Dans ces dernières années il y a eu en moyenne dans le Connecticut un divorce sur huit mariages ; dans le Rhode- Island, un sur quatorze; à peu près autant dans le Maine ! Les États de l'Ouest , qui d'ailleurs donnent toute facilité au divorce, vantent leur moralité en disant que dans l'Ohio il n'y a qu'un divorce sur vingt-quatre mariages ! Il n'est pas rare de voir des hommes épouser successivement quatre ou cinq femmes.

1 Voir VAmerican educational M onthly de 1871, le Catholic World, octobre 1866, Divorce législation in Connecticut, et mars 1873, Marriage in the 19» Centurie.

Les lois ouvrent la porte toute large au divorce. Dans les statuts des États, il n'y a pas moins de seize causes admises généralement : 1° la bigamie ; 2° l'adultère de la femme ; 3° la désertion volontaire pendant un, deux, trois ou cinq ans ; k° l'absence prolongée pendant cinq ans ; 5° l'état de folie ou d'imbécillité ; 6° la cohabitation du mari avec une femme de couleur ; 7° l'état de vagabondage ; 8° les sévices et violences ; 9° les injures graves; 10° un état habituel d'ivrognerie ou l'abus de l'opium ; 11° un emprisonnement pour crimes déterminés par les statuts de l'État; 12° l'impuissance ; 13° le refus du mari de donner à sa femme des moyens d'existence ; \k° le refus de la femme de suivre son mari ; 15° les désordres de conduite de l'un des époux; 16° l'adhésion de l'un d'eux à la secte des Shakers qui pratiquent la continence (chap. xix, § 1). Un État, le Kentucky, est allé jusqu'à rendre une loi portant que quand un mari aurait annoncé dans les journaux l'intention de ne pas payer les dettes de sa femme, il y aurait pour celle-ci une cause suffisante de divorce ! Quelques États ont simplifié les choses, en laissant aux cours de justice le droit de prononcer le divorce d'après leur discrétion1.

Avec cette législation-là, il s'est établi des hommes de loi dont la spécialité est d'obtenir les divorces. A la première page des journaux on lit des annonces ainsi conçues :

« Divorces définitifs obtenus dans les différents États. — Désertion du domicile conjugal, etc., etc. (suit l'énumération ci-dessus), causes suffisantes. — Sans publicité. — Pas de frais jusqu'à l'obtention du divorce. — Affranchir. — X... atlorney. — Broadway. 2 »

1 La séparation de corps n'est admise que dans un très-petit nombre d'États, et encore y est-elle peu pratiquée. ? Le Massachussetts a dû édicter une loi pour punir les ma-

Certains États obligent le conjoint contre lequel a été obtenu le divorce à ne pas se remarier d'un certain temps. Dans l'Ouest cette dernière précaution n'existe pas et les époux libérés qui veulent convoler au plus vite échappent à cette interdiction en partant pour un État plus indulgent. Un voyage dans l'Ouest suffit pour arriver au divorce. Aussi cette fraction de l'Union présente une sorte de promiscuité révoltante. Le juge Test de l'Indiana, en 1858, donnant son opinion dans une affaire de divorce , disait « que les avocats de V amour libre (freelowe) ne pouvaient demander un statut plus favorable à leurs vues que la loi du divorce de l'Indiana et que la polygamie des Mormons était préférable, car elle obligeait au moins les maris à pourvoir à l'existence et à la protection de leurs femmes1. » Ce mot n'est pas aussi paradoxal qu'il en a l'air. A ceux qui croient que le mariage indissoluble est oppressif pour la femme, nous recommandons les tableaux de mœurs du charmant romancier californien Bret-Harte, qui a dépeint sans parti pris et même sans aucune idée philosophique , les mœurs de l'Ouest. On y verra l'état de douleur et d'humiliation des malheureuses créatures qui passent d'un mariage à l'autre sans avoir un foyer stable et sans conserver leurs enfants. Que gagne la femme à être l'objet, dans les wagons de chemins de fer et autres lieux publics, des témoignages d'un respect banal et affecté ? Que gagne-t-elle à jouir dès sa jeunesse d'une liberté complète d'aller et de venir? Si les

nœuvres frauduleuses employées pour obtenir le divorce (juin 1874).

1 Cité par Carlier, Du mariage aux États-Unis, p. 172. Voir dans la Vie et les aventures du rév. Taylor, missionnaire en Californie, chap. xi, de nombreux exemples de l'abandon où de mal heureuses femmes tombent par suite de la faeilité avec laquelle le divorce est obtenu.

hommes se dégagent de leurs devoirs envers elle, n'estelle pas en réalité opprimée bien plus durement que dans e vieux monde?

Un sceptique , parlant de la famille française , disait que les enfants y étaient un inconvénient. On dit encumbrances dans les familles de la Nouvelle-Angleterre. Là aussi un mal caché et profond corrompt le foyer, stérilise la race et menace de détruire rapidement la vieille nationalité.

Ce mal, qui était inconnu autrefois, soulève tout à coup, à partir de 1850, le cri d'alarme des médecins, des publicistes, des législateurs. En 185/*, un des principaux professeurs de l'École de médecine de Philadelphie le stygmatisait en ces termes dans une séance publique de rentrée :

« Nous rougissons en rappelant le fait que dans ce pays, dans nos villages, dans nos autres centres de population, dans cette ville même où la littérature, la science, la moralité, le christianisme sont supposés avoir tant d'influence, où toutes les vertus sociales et domestiques sont, dit- on, dans leur plein exercice, même ici, dis-je, il se trouve des hommes et des femmes qui trempent continuellement leurs mains et leur conscience dans le sang d'enfants qui n'ont pas encore vu le jour. Le sens moral de la communauté est descendu si bas , il y a tant d'ignorance répandue parmi les individus à ce sujet, que les mères dans beaucoup d'occasions non-seulement n'éprouvent aucune répulsion pour un tel crime, mais même le commettent

volontiers Les femmes mariées elles-mêmes se portent

à ces extrémités pour se débarrasser du souci des dépenses et des tracas de la famille, ou pour tout autre motif léger et dégradant Cette basse appréciation de la situation n'est point

limitée aux gens ignorants des classes inférieures ; le mal a gagné les femmes des classes élevées qui ont reçu de l'éduca-

tion, dont les manières sont raffinées et qui appartiennent à la fashion. La contagion a gagné aussi les mères dont la moralité à d'autres égards est sans reproche , dont le dévouement et l'affection sont pleins d'abnégation pour les enfants qui déjà composent leur famille *. »

M. Hepworth Dixon a été effrayé de cette horreur pour les enfants que manifestent les femmes du meilleur monde , surtout dans les États renommés pour leur moralité et leurs lumières. C'est dans la société puritaine du Massachussetts, du Vermont, du Maine, du New-Hampshire, c'est dans le monde poli de Philadelphie et de Providence que ces sentiments contre nature se développent, tandis que les populations rurales de l'Ouest plus rudes et plus grossières y échappent.

La directeur du dernier recensement, M. F. A. Walker, constatait ainsi ce fait dans un mémoire lu en 1873 devant Y American social science association :

« Les habitudes auxquelles je fais allusion, ce sont d'une part le retard apporté au mariage, et de l'autre le soin avec lequel on évite d'augmenter la famille. Que ces habitudes se répandent rapidement, quoique sans progression régulière, parmi tous les États du Nord-Est et du Centre ainsi que parmi les villes commerciales et industrielles de l'Ouest, cela n'a pas besoin d'être démontré par des rapprochements statistiques. Le fait est patent, palpable et se passe de preuve. »

Un peu auparavant, deux des principaux journaux de New- York jetaient un jour sinistre sur les crimes qu'engendrent ces funestes habitudes :

« Nous appelons l'attention publique sur l'infanticide, qui est le grand crime de notre époque. C'est à ce genre d'assas-

1 On criminal abortion by H. L. B. Philadelphia, 1854. M. Carlier, op. cit., rapporte beaucoup d'autres témoignages non moins expressifs se rapportant à la même époque.

sinat qu'il faut attribuer la diminution de la population américaine dans plusieurs États, tels que le Maine et le Massachussetts. La différence entre les enfants existant aujourd'hui dans ces États et ceux qui existaient il y a vingt ans est si énorme, que nous n'osons la publier. Ce fait est assez alarmant par lui-même, soit que les mères refusent de mettre au monde des enfants dans la crainte de les voir malheureux, soit qu'elles aient embrassé les principes de Malthus. Des investigations faites récemment établissent que le nombre de ces crimes qui se commettent au milieu de nous est vraiment prodigieux. Des médecins expérimentés et de haute distinction qui s'occupent de porter un remède à cette calamité, nous ont affirmé qu'il y a dans New-York plus de soixante misérables créatures qui gagnent leur pain et s'enrichissent même en ravissant la vie aux petits enfants. Nous avons entendu dire que le nombre de ces vampires est six fois plus élevé.

j> Nous disparaissons, nous, indigènes américains Le

nombre des mariages a considérablement diminué depuis dix ans, et en même temps l'infanticide progresse d'une façon

effrayante. Le crime devient à la mode les économistes

nous disent que la diminution des mariages et des naissances provient des dépenses excessives qu'exige la tenue d'une

maison L'état de la maternité est devenu depuis quelque

temps tout à fait contraire à la fashion, et cette opinion, toute triviale qu'elle puisse paraître, produit le meurtre d'une foule d'innocentes créatures lj »

Le partage forcé, qui pousse tant de familles françaises dans ces odieuses pratiques, n'existe pas aux États-Unis. Si la stérilité systématique s'y propage avec une si effrayante intensité, il y faut reconnaître d'abord l'in-

1 New-York Express 6 février 1869, New-York Daily Times, 7 février. 1869. En somme, les crimes de ce genre sont beaucoup plus nombreux dans cette partie des États-Unis qu'en France. Cela prouve que la décadence éprouvée en ce moment par notre pays ne doit pas être attribuée à une infériorité de la race, puisque, dans certaines conditions morales identiques, elle se produit égale-* ment chez les races saxonnes et protestantes.

fluence du luxe qui a envahi aujourd'hui L utes les classes de la société , et puis un esprit de suicide qui caractérise certaines situations morales et religieuses che les peuples comme chez les individus; or, la famiF méricaine est aujourd'hui affectée au plus haut degré par ces deux causes. Les résultats de ces mœurs nouvelles commencent à effrayer les hommes d'État. Le rapport de la commission sanitaire de New-York, pour 1870, établit les faits suivants : Les Américains d'origine étant dans cette ville vis-à-vis des étrangers, dans la proportion de 55 1/2 pour 100 contre kh 1/2, les décès des natifs américains atteignaient la proportion de 64 pour 100 contre 36 pour 100 de décès d'étrangers, et la différence provenait surtout de la mortalité beaucoup plus grande des enfants nés de parents américains. Dans la même année , sur 1^,524 naissances enregistrées, 9,282 enfants avaient des étrangers pour parents, 2,553 seulement étaient nés de parents indigènes, les 2,298 restant étaient lefruitde l'union d'Américains et d'étrangers. En résumé, dans cette année, la population indigène a diminué d'environ 7,000 individus , tandis que la population étrangère s'est accrue d'environ 8,870 âmes par la seule supériorité du chiffre des naissances sur celui des décès. Le dernier recensement a montré que dans les États de l'Est, la population ne s'accroissait plus que dans les grandes villes et les districts manufacturiers, là où affluent les immigrants. Dans les districts purement ruraux, elle reste stationnaire ou diminue. Le dernier rapport sur la population du Rhode-Island établit que dans cet État, cent Américains ont en moyenne, seulement deux enfants par an, tandis que cent immigrés en ont six1. Si ces désordres continuent,

1 Le Journal officiel de la république française du 7 février 1873 reproduit en détail les chiffres de la commission sanitaire de

— et ils continueront à moins d'une profonde réforme religieuse et morale, — avant cinquante ans il n'y aura plus dans les États du Nord un seul descendant de la vieille race anglo-saxonne. La Nouvelle-Angleterre, la Pennsylvanie et le New- York appartiendront exclusivement aux descendants de ces Irlandais et de ces Allemands si méprisés. Depuis quelques années les législatures se sont émues des désordres que nous venons de signaler et ont compris qu'elles ne pouvaient plus compter pour leur répression sur les autorités municipales (chap. xvi, § 8), placées trop au milieu des influences corruptrices pour pouvoir efficacement entrer en lutte avec elles. En 1872 et 1873, les États de New-York et de l'Illinois ont édicté des peines pour réprimer l'avortement et frapper les auteurs d'avis publics ayant pour objet d'en faciliter la pratique. Le Congrès lui-même a dû voter un acte pour punir, dans tous les territoires soumis à sa juridiction, la vente , le colportage et l'annonce de toute drogue destinée à prévenir la conception ou à provoquer l'avortement ainsi que des objets d'un usage immoral. Mais dépareilles lois n'atteignent que la moindre partie des actes d'immoralité et elles constatent le mal plus qu'elles n'y portent remède !

A ces symptômes de la profonde corruption des mœurs domestiques, viennent s'en joindre d'autres qui sont à la

New- York. Voir l'excellent travail de M. Maurice Block : les Résultats du dernier recensement aux États-Unis (Journal des Economistes, Mars, 1875), et dans V Atlantic Monthhj,<\éc. 1873: Our population in 1900; janv. 1875, the Americanzed European, on y verra combien la diminution et la dégénérescence de leur race dans les États de l'Atlantique préoccupent les Américains,

fois des causes et des effets du mal. L'émancipation précoce des jeunes gens et le peu de réserve des jeunes filles frappent, non-seulement les voyageurs européens, mais tous les Américains sérieux que n'aveugle pas le préjugé national.

Le système d'éducation publique suivi depuis un quart de siècle tend à développer chez les jeunes gens des deux sexes une indépendance précoce (chap. xx, § 7). Le but poursuivi a été si bien atteint que l'on peut dire que l'autorité paternelle n'existe plus du tout aux États-Unis.

Jadis les lois de la Nouvelle-Angleterre mettaient à l'amende celui qui faisait la cour à une jeune fille sans en avoir obtenu la permission de ses parents. Aujourd'hui , les jeunes filles se dispensent même de consulter leur mère avant de s'engager. Les parents sont les premiers à renoncer à leur autorité ainsi qu'à leurs devoirs de tutelle et de protection sur leurs enfants. Les jeunes gens des deux sexes forment entre eux des sociétés séparées où règne cette recherche toute particulière aux mœurs américaines qu'on appelle la flirtation* Si les sages lois sur la répression de la séduction préviennent les abus les plus graves (chap. xv, § 2), ces habitudes n'en sont pas moins une fâcheuse préparation aux devoirs sérieux de la vie. Les jeunes filles y contractent des goûts de luxe et une frivolité qui font que les jeunes gens hésitent à s'engager dans les liens du mariage. Aussi, dans les villes américaines, les mariages deviennent maintenant presque aussi tardifs qu'en France.

Des mœurs étranges naissent de cet oubli des pratiques des bonnes races. La répugnance des femmes à s'occuper

des soins du ménage et la difficulté de trouver des serviteurs poussent beaucoup de familles à aller vivre, moyennant un prix fait, dans les grands hôtels qui s'élèvent sur l'emplacement des petites maisons entourées d'un jardin où jadis demeuraient les familles de la Nouvelle-Angleterre et les knicker-bokers de New- York l. Elles sont imitées par les ménages de condition médiocre qui s'établissent dans des loarding-houses (pensions bourgeoises), où ils occupent des chambres particulières mais prennent leur repas et se réunissent dans des salons communs. Dix, douze, quinze familles vivent ainsi réunies au hasard sous le même toit. 11 n'est pas besoin d'insister sur les désordres qui naissent d'une pareille promiscuité. Pour que des familles l'acceptent, il faut qu'elles aient déjà perdu avec le respect du foyer la notion des délicatesses de la vie conjugale et des devoirs de la paternité. Et cependant, ces habitudes vont de plus en plus en se généralisant dans les villes du Nord et de l'Ouest.

Dans ces conditions-là, la famille n'existe plus à proprement parler. Cet amour filial, cette tendresse réciproque des frères, que M. de Tocqueville célébrait comme un des effets du régime démocratique, et opposait aux duretés des régimes aristocratique, sont précisément remplacés par une froideur glaciale. Sauf les exceptions, bien entendu, les frères, après la mort de leurs parents, deviennent complètement étrangers les uns aux autres; encore moins entretient-on, à des degrés plus éloignés, ces cordiales relations de parenté qui font la force et le charme des bonnes familles européennes.

1 Voir dans la Vie de Josiah Quincy, p. 36, une intéressante description de Boston au commencement de ce siècle. Quelque chose de ces bonnes habitudes d'autrefois s'est conservé dans certains quartiers retirés.

On ne peut pas accuser les lois de cette altération des mœurs domestiques, et de cette destruction de l'esprit de famille. La séduction continue à être punie et les parents sont armés d'un droit de tester absolu. Malheureusement l'opinion publique ne sanctionne plus l'exercice du pouvoir paternel ; les idées d'indépendance et d'émancipation individuelle ont tellement pénétré la nation qu'entre les pères et les enfants l'opinion, ce tout-puissant et insaisissable souverain, se prononce toujours en faveur des derniers.

vin

Nous n'irons pas, prenant le contre-pied des thèses de M. de ïocqueville, mettre au compte de la république cette défaillance des mœurs. L'exemple de beaucoup de nations européennes au moyen âge, celui même de la Nouvelle-Angleterre à l'époque coloniale , montrent qu'une forte organisation de la famille s'harmonise parfaitement avec une très-grande somme de liberté politique.

Les véritables causes de cette destruction de la famille sont l'instabilité qui s'est emparée de la société américaine et qui est provoquée par une soif de l'or effrénée (chap xi, § 1, et chap. xiv, § 6.); puis la fausse direction donnée à l'éducation de la jeunesse (chap. xxv , § 7 ) ; enfin et surtout, l'absence d'une forte autorité religieuse, qui inculque à tous le sentiment et l'habitude du respect.

On a vu dans des époques profondément troublées les femmes résister énergiquement à la corruption, en défendre le foyer, et par là régénérer peu à peu la société entière. Or, malheureusement pour l'Amérique, c'est la femme qui a été la première et la plus profon-

218 LES ÉTATS-UNIS CONTEiMPORÀINS.

dément atteinte. Déjà M. de Tocqueville et surtout M. de Beaumont avaient été frappés de la sécheresse de cœur et de la tristesse secrète des femmes américaines. Ce qui nous manque, a dit de nos jours M. Ward-Beecher, c'est la milderfulness. Cette redoutable crise morale n'a fait que s'accentuer. Les cultes protestants sont en effet d'une sécheresse désespérante pour l'âme, et en même temps ils excitent vivement l'imagination. Non-seulement ils convient les femmes comme les chefs de famille à un libre examen incessant, et à tous les appels de la lumière intérieure (innerlight) , mais les plus répandus d'entre eux ont recours à des pratiques dangereuses pour des organisations physiques peu vigoureuses. Chez les congrégationalistes, les femmes comme les hommes sont appelées à faire part à l'Église assemblée de leurs expériences spirituelles. Chez les quakers , les méthodistes , les Baptistes une part encore plus large est faite aux inspirations individuelles, et les femmes s'exaltent très-facilement dans les réunions de ce genre (chap. xvm, § 8).

L'année dernière (1876), les États du Nord et du centre, furent témoins de scènes étranges. Sous l'inspiration d'ardents prédicateurs méthodistes, les femmes avaient entrepris une croisade contre l'ivrognerie, ce vice national qui tue tant d'intelligences et brise tant de bras avant l'heure. Elles parcouraient les rues, chantant des hymnes pieux, et entouraient jour et nuit les débits de boissons, suppliant les propriétaires de ces maisons de renoncer à leur industrie coupable, et adjurant les malheureux qui y entraient de quitter leurs honteuses habitudes. Assurément, la pensée première de ce mouvement était fort louable; mais les scènes auxquelles il donnait lieu l'étaient beaucoup moins, et l'exaltation des pauvres femmes qui s'y livraient le fit promptement tomber dans

le ridicule, sans autre résultat que d'avoir encore plus surexcité les têtes féminines et de les avoir transportées dans une sphère bien éloignée des modestes occupations domestiques. Beaucoup de confessions protestantes appellent les femmes aux fonctions du ministère , et ce ne sont pas seulement quelques sectes excentriques : le fait s'est produit dans plusieurs congrégations presbytériennes1. L'état du Maine, que l'on trouve toujours disposé à sanctionner toute espèce d'innovation , vient de reconnaître officiellement aux femmes-ministres le pouvoir de célébrer des mariages.

En raison de leurs délicates fonctions d'épouse et de mère, les femmes ont un besoin encore plus intense que les hommes de la certitude pour l'intelligence, et des consolations pour le cœur, que peut seul donner un Dieu vivant et réellement présent au milieu de l'humanité. Les suaves harmonies du christianisme complet, tel qu'il existe dans l'Église catholique , peuvent seules guérir ces douloureuses maladies féminines que signalait l'écrivain anglais. Dans un de ses derniers écrits, madame Beecher- Stowe, qui, après avoir prêché l'émancipation des noirs, revendique aujourd'hui les droits de la femme, sans cependant donner dans tous les excès des réformateurs antichrétiens, madame Beecher-Stowe , disons-nous, finit par demander que le culte de Marie , vierge et mère , reprenne sa place dans la vie religieuse du pays* et fasse sentir son influence sur les institutions sociales 2. On ne

1 La dernière assemblée générale des presbytériens, qui s'est tenue à Sainl-Louis en mai 1&7 5, n'a pu s'accorder pour trancher d'une façon générale la question du droit des femmes à prêcher et à enseigner dans les Églises. Elle a laissé les pasteurs et les elders de chaque congrégation libres de suivre la pratique qu'ils voudraient.

3 My wife and r, or Barry Enderson's history (1872).

pouvait mieux indiquer de quel côté se trouve le remède qui guérira les maux dont souffre la société américaine.

En traçant ce tableau de l'altération des mœurs domestiques , nous avons dû signaler les faits saillants qui se produisent sous les yeux de tous; mais, encore une fois, il faut bien se garder de les trop généraliser. Il y a dans toutes les parties de l'Union un nombre considérable de bonnes familles qui ont conservé les fortes mœurs des temps passés1. Les femmes du Sud, notamment, se font remarquer par leur haute moralité et se sont complètement préservéesdes entraînements et des excentricités qui ont altéré le caractère de la femme chez les Yankees. Sans doute l'esclavage et la présence d'une population de couleur étaient la source de profonds désordres moraux; mais ces désordres n'atteignaient pas les femmes. Or, là où la femme est restée pure et chrétienne, l'avenir n'est jamais perdu, et les peuples, en mettant à profit de douloureuses épreuves , peuvent se relever plus forts et plus féconds (ch. xxv, § 6).

Les campagnes du Nord et de l'Ouest renferment aussi beaucoup de familles qui , vivant loin des villes , n'en ressentent pas la corruption2. Le jour où la société amé-

1 Le Catholic World, dans un des articles cités pins haut, signale avec une loyale satisfaction les efforts faits par le clergé de la confession anglicane pour lutter contre le divorce. Elle est malheureusement la seule. Les autres sectes sont généralement favorables à tout ce qui rend le mariage plus libre.

5 Le tableau suivant, communiqué par M. Francis Walker à Y American social science association, donne le rapport numérique qui, en 1870, existait dans chaque État entre les enfants au-dessous de un an et le nombre total des habitants de tout âge. Même en

ricaine sera consolidée, si l'on peut ainsi parler, et où, la colonisation de l'Ouest étant achevée, l'instabilité actuelle des familles cessera , ces foyers modèles pourront reprendre leur légitime influence sur les mœurs publiques. Mais il faut pour cela que les institutions publiques et surtout l'enseignement d'État ne deviennent pas de nouveaux foyers de perversion intellectuelle et de corruption morale (chap. xx, § 6).

tenant compte des causes diverses résultant du climat qui peuvent affecter la composition d'une population sous le rapport des âges, il est évident que la fécondité et la stérilité se répartissent presque par régions distinctes, et l'on peut par là préjuger quels sont les États qui dans vingt ans se seront le plus accrus par la vitalité de leur population (indépendamment de l'immigration) :

II y a un enfant au-dessous de un an dans le New-Hampshire sur 55,45 habitants; dans le Maine sur 48,06; dans le Vermont sur 46.37 ; dans le Connecticut sur 44,79 ; dans le Massachussetts et le Rhode-Island sur 44,18; dans le New-York sur 42,19; dans le New-Jersey sur 36,41; dans le Delaware sur 36,30; dans la Pennsylvanie sur 35,48.

Il y a un enfant au-dessous d'un an dans le Michigan sur 36,29 habitants; dans l'Ohio sur 35,23; dans le Wisconsin sur 34; dans l'Indiana sur 32,91; dans l'Illinois sur 32,02; dans le Missouri sur 31,73; dans le Minnesota sur 31,55; dans l'Iowa sur 30,64, dans le Nebraska sur 29,85: dans le Kansas sur 28,17.

Il y a un enfant au-dessous de un an dans la Caroline du Sud sur 35,46 habitants; dans le Maryland sur 35,46; dans la Floride sur 34,91; dans la Caroline du Nord sur 34,85; dans la Virginie sur 34,22; dans la Louisiane sur 32,88; dans l'Alàbama sur 32,83; dans le Texas sur 32,23; dans la Géorgie sur 32,10 ; dans le Tennessee sur 31,93; dans le Kentucky sur 31,44; dans la West-Virginia sur 30,79; dans le Mississipi sur 29,61; dans l'Arkansas sur 28,42. Journal of social science, n. V (New-York, 1873), Some results of the Census.

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