CHAPITRE II
Premiers visiteurs du continent nord américain. — Colonisation par les Italiens, les Kspagnols, les Français, les Anglais, les Hollandais, les Allemands et les Scandinaves. — Première implantation en Amérique do l’esclavage et du coton. — Débuts du gouvernement représentatif.
D’après les Sagas Scandinaves, un Norvégien du nom de Ix*if, parti, en 10ü2, de l'Islande pour le Groenland, fut poussé par les vents dans la direction du sud et atterrit sur une plage qu’il appela Vinland , à cause des vignes sauvages qu’il y trouva. D’autres aventuriers Scandinaves y abordèrent plus tard et y fondèrent des établissements qui disparurent presque aussitôt.
Quoique beaucoup d’auteurs jirétendent que cette Vinland n’est autre que le Rhode-lsland , ou quelque autre point de la cote de la Nouvelle-Angleterre , sa véritable position n’est rien moins que connue. Les légendes septentrionales sont trop vagues pour qu’il soit j)crmis de les considérer comme des documents historiques; et il faut se contenter de faire remonter la première visite des Euroj)éens au pays composant maintenant les Étalsl'nis, à cinq anné-es environ après la découverte des Indes occidentales par Christophe Colomb.
En 1407, le Vénitien Jean Cabot partit de Bristol avec
un vaisseau dont Henri VII lui avait donné le commandement. Le 24 juin, il découvrit une terre qu’il longea, dans la direction de l’ouest, sur uije étendue de 1000 milles, accostant sur divers points pour y hisser les pavillons d’Angleterre et de Venise. L’année suivante, son fils, Sébastien Cabot, quitta également Bristol avec deux voiles pour chercher, au nord-ouest, un passage vers la Chine. Les glaces lui opposant une infranchissable barrière, il navigua au sud et s’avança jusqu’à la baie de Chesapeake.
Quelques années après, en 1513, l’Espagnol Ponce de Léon découvrit la Floride et prit possession du sol même auprès duquel se trouve actuellement Saint -Augustin. Il essaya d’y fonder une colonie, mais il fut repoussé et mortellement blessé par les naturels.
Vers la lin de 1 523, le roideFrance, FrançoisI", chargea le Florentin Jean Verrazani d’explorer la côte Nord-Américaine. Après une orageuse traversée de cinquante jours, Verrazani atterrit près de ’W’ilmington (Caroline du Nord); il n’y trouva aucun havre favorable, malgré des recherches poussées à 150 milles au sud. En revenant vers le nord, il s’avança jusqu’à la Nouvelle-Écosse, et s’arrêta quelque temps dans les havres de New-York et de New- Port, qu’il décrit tous deux dans la narration de son voyage.
Vint ensuite la fameuse expédition de l’Espagnol De Solo qui, en 1539, débarqua, avec quelques centaines d’aventuriers, à la baie de .Tampa, sur la côte occidentale de la Floride, et mit deux années, marquées par une série non interrompue de combats avec les indigènes, à se frayer un chemin dans la région qui forme aujourd’hui les États de Géorgie, d’Alabama , du Mississipi et de la Louisiane, jusqu’au Mississipi. Il s’avança même jusqu’à 200 milles au delà de ce fleuve, sur les bords duquel il revint mourir, dans le courant de la troisième
minée de son excursion. Les compagnons de De Sotn, découragés par la mort de leur chef, descendirent le fleuve sur des bateaux, traversèrent le golfe et gagnèrent les établissements espagnols du Mexique.
Pendant un long espace de temps, les Espagnols abandonnèrent tout essai de colonisation dans la Floride. Mais en 15G2, les réformés français, d’après les conseils de l’amiral Coligny, tentèrent d’y fonder une eolonie qui pût devenir pour eux un lieu de refuge en cas de persécution. Muni d’une charte libérale octroyée par Charles JX, Jean Ribault s’établit à Port-Royal , dans la Caroline du Sud, et donna au pays le nom de Caroline, en l’honneur de son souverain. Cette colonie fut bientôt abandonnée, et une autre bande de protestants se fixa sur les rives du fleuve Saint-Jean, en Floride. L-i ville naissante fut surprise, en 15G5, par les Espagnols, qui la détruisirent, massacrèrent les colons, et, la même année, fondèrent Saint-Augustin, la plus ancienne des cités américaines subsistant encore, le premier établissement permanent créé aux États-Unis,
En conséquence des découvertes de Jean et de Sébastien Cabot, l’Angleterre entretenait des prétentions sur l’Amérique du Nord. Ces prétentions couvèrent pendant près d’un siècle, sans être jamais abandonnées, et elles suscitèrent, sous le règne d’Élisabeth, des essais de colonisation sur une grande échelle. En 1585, une expédition envoyée par sir Walter Raleigh, fonda, dans l’île de Roanoke (Caroline du Nord), un établissement qui réussit si peu, qu’au bout de quelques années il n’en restait plus de traces, les colons survivants ayant été enlevés et réduits à la servitude par les Indiens.
Jacques I", en 1G0G, divisa le territoire américain que réclamait l’Angleterre en deux parties : Virginie méridionale, du cap Fear au Potomac, et Virginie septentrionale, de l’embouchure de l’Hudson à Terre-Neuve.
Deux compagnies se constituèrent, en même temps, pour la colonisation de l’Amérique : la compagnie de Londres, à laquelle fut concédée la Virginie méridionale, et la compagnie de Plymouth, qui obtint la Virginie septentrionale. Il fut stipulé que la région comprise entre le Potomac et l’Hudson resterait un terrain neutre sur lequel l’une ou l’autre compagnie pourrait créer des établissements.
compagnie de Londres se mit à l’œuvre sans retard; en 1607, elle expédia trois navires et cent cinq émigrants, qui entrèrent dans la baie de Chesapeake et fondèrent, le 13 mai, la colonie de la Virginie, en posant la première pierre de Jamestown, sur la rivière James, ville et cours d’eau ainsi nommés en l’iionneur du roi Jacques (en Anglais Jomes). L’expédition avait été placée sous le commandement du capitaine Newport ; mais son véritable chef, l’âme de l’entreprise, était le célèbre capitaine John Smith, dont la prudence, le courage et l’énergie sauvèrent la colonie naissante des dangers qui auraient infailliblement amené sa perte. 11 eut, en effet, à lutter contre la mauvaise nature du plus grand nombre des colons, qui étaient, comme le dit Smith lui-même, " ou des hommes ne connaissant aucun frein et expédiés par leurs amis dans le but de les garantir de la mauvaise destinée qui, dans la mère patrie, aurait été leur partage; ou des gentilshommes pauvres, des commerçants ruinés , de pauvres diables , tous gens mieux faits pour ruiner et détruire leur communauté que pour en édifier une et la soutenir. » D’un autre côté, il eut à se garantir des hostilités des naturels* quoique ces derniers, par suite du mariage de Pocahontas, fille de leur roi ou principal chef Powhatan , avec un .Anglais (161 4), fussent devenus les amis, pour quelques années , au moins, des émigrants.
F-e gouvernement de Ja Virginie fut d’abord exercé.
au nom du roi, par des conseils dont les membres adevaient uniquement de la couronne qui les nommait. Mais avec le temps et après diverses modifications, le pouvoir tomba constitutionnellement entre les mains d’une assemblée de notables choisis par le peuple. Cette assemblée tint sa première séance le 19 juin 1619.
Ce début du gouvernement représentatif en Amérique fut presque immédiatement suivi d’un double événement, qui sembla, à cette époque, d’une légère importance, mais qui devait être, pour la future République, la source, à la fols, d’une grande prospérité et de malheurs incalculables. En août 1619, un vaisseau de guerre hollandais remonta la rivière James et vendit aux colons vingt nègres d’Afrique, introduisant ainsi l’esclavage en .Vmérique. Deux ans après, en 1621, la culture du colon comment.