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CHAPITRE III

Arrivée des Pèlerins. — Fondation des colonies septentrionales.

Le capitaine John Smith, qui était retourne en Angleterre en 1C09, revint en Amérique en 1614; et après avoir soigneusement étudié la côte, depuis Penobscüt jusqu’au cap Cod, il donna au pays le nom de Nouvelle- Angleterre. Antérieurement, en 1607, deux vaisseaux, commandés par Raleigh et Gilbert, avaient amené une compagnie de quarante-cinq émigrants. Ces derniers, sous la direction de George Popham leur chef, formèrent, près de l’emboiichure du Kennebec, l’établissement de Saint-Georges, qu’ils abandonnèrent l’année suivante.

A son retour dans sa patrie, Smitb publia une carte et une description de la Nouvelle-Angleterre, Cette publication, et ses explications verbales sur les avantages de l’émigration, excitèrent en Angleterre un immense enthousiasme pour la colonisation de l’Amérique, et une compagnie nouvelle obtint du roi des lettres patentes qui, sous la dénomination de Conseil établi à PlymoutA, dans le romlé de Devon, pour le défrichement, la réglementation, l'ordonnancement et le gouvernement de la Nouvelle-Angleterre en Amérique, conféraient aux

LES ÉTATS-UNIS D'AMÉRiyUE.

plauteurs la propriété absolue de tout le pays s’étciidaiil, en longueur, du 40' au 48' degré de latitude nord, et, en largeur, de l’Atlantique au Pacifl(jue. Elles leur attribuaient, en même temps, une juridiction illimitée, le droit de législation, la faculté de choisir la forme de gouvernement qui leur conviendrait et de désigner leurs autorités.

Le territoire, ainsi concédé, comprenait plus de 1 G09 000 kilomètres carrés, c’est-à-dire, la Nouvelle- Écosse, le Nouveau-Brunswick, les Canadas, la Nouvelle-Angleterre, le New- York, la Pennsylvanie, près de la moitié du New-Jersey, et toute la région situé.e immédiatement à l’ouest de ces États.

Toutefois, la première colonie anglaise, fondée sur ce territoire, fut créée à l’insu de la compagnie et sans l’assistance du roi Jacques, par les « Pères pèlerins de la Nouvelle-Angleterre. » C’était une société de Puritains qui, sous la conduite de John Carver, William Brewster, William Bradford, Édouard Winslow et Miles Slandisli, quitta l’Angleterre, le 6 septembre 1620, sur le Mayflotœr, bâtiment de 1 80 tonneaux, et débarqua le 21 décembre (11 décembre, V. S.), au nombre d’environ cent hommes, femmes et enfants, dans un havre de la baie de Massachusetts. Ils y construisirent une ville qu’ils nommèrent Plymouth, en mémoire de l’hospitalité que leur avait donnée le port d’.Vngleterre d’où ils avaient mis à la voile. « La postérité reconnaissante, dit Bancroft, a marqué le rocher qui reçut la première empreinte de leurs pas. I^s conséquences de ce jour heureux se développent de jour en jour. Ce fut l’origine de la Nouvelle-Angleterre; ce fut l’implantation de ses institutions. Les historiens sérieux se sont plu à rechercher et à retracer toutes les traditions des pèlerins; les plus nobles poètes ont célébré leurs vertus; c’est aux plus grands génies qu’a été réservé l’honneur

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(le faire ressortir leurs mérites et de dire quelles furent les conséquences de leur audacieuse entreprise.... Au moment où les pèlerins débarquèrent, leurs institutions avaient déjà atteint la plénitude de leur perfection. De prime-saut l’Amérique se trouva gratifiée de la liberté démocratique et du culte chrétien indépendant. «

Le gouvernement de la colonie était républicain, dans la stricte acception du mot. Le peuple élisait le gouverneur, dont un conseil, composé d’abord de cinq membres, puis de sept, contrôlait les actes. La législation comprenait dans le principe la totalité du peuple; on n’adopta le système représentatif que lorsque l’accroissement de la population rendit cette modification nécessaire.

I.a fondation de la colonie de Flymoutli fut suivie de celle de Massaebusetts-Bay; John Endicott y édifia la ville de Salem, en 1628. Deux ans après (1630) une flottille amena huit cent quarante nouveaux émigrants; ils avaient pour gouverneur Jobn Winthrop, que ses austères vertus avaient rendu célèbre, et pour vice-gouverneur Thomas Dudley. Au mois de septembre de la meme année, ils fondèrent Boston, qui emprunta son nom à la ville anglaise d’où venait leur ministre le Rév. Jobn Cotton. En 1692, la colonie de Plymouth se fondit avec le Massachusetts.

Tandis que progressaient ces établissements dans le Massachusetts, sir Ferdinando Gorges et John Mason obtenaient la concession d’un territoire appelé Laconia, compris entre l’Atlantique et le Saint -Laurent, d’une part, le Merrimac et le Kennebec, de l’autre; ils y fondèrent Portsmoutb et Douvres, dans le New-Hampshire, en 1623.

Dans le Maine, une colonie framjaise avait occupé, dès 1613, nie de Mont-Désert; mais cette colonie ftit bientôt détruite par une expédition venue de Virginie. I.CS premiers établissements anglais permanents, dans

le Maine, se constituèrent à Saco et dans l’île de Monhegan, en 1622 ou 1G23. Ces établissements, toutefois, tombèrent, dans la suite, sous la juridiction du Massachusetts, et, Jusqu’en 1820, le Maine resta annexé à cette République.

IjG Connecticut fut colonisé, en 1635, par des émigrants du Massachusetts, qui construisirent Hartford , Windsor et Wetbersfield, bien que quelques huttes eussent été dressées sur l’emplacement de cette dernière ville, une année ou deux auparavant, et que les Hollandais, qui élevaient des prétentions sur ce territoire, eussent, en 1633, construit un fort et élevé un comptoir à Hartford.

Le Rhode-lsland fut d’abord colonisé, à Providence, en 1636, par Roger Williams, exilé du Massachusetts, à cause de ses opinions religieuses et politiques en désaccord avec celles des fondateurs de la colonie.

Ij6 premier homme blanc qui ait jamais mis le pied sur le sol de New-York est Samuel Champlain, navigateur français qui, en 1609, découvrit le lac qui porte son nom, et livra, sur ses rives, bataille à une bande de Mohawks qu’il défit, allumant ainsi contre les Français la haine vivace de la puissante confédération des six nations. Vers la fin de la même année, le 6 septembre, un Anglais, Henri Hudson, engagé au service de la Compagnie hollandaise des Indes-Orientales, entra dans la baie de New-York et découvrit le fleuve qui lui doit son nom et qu’il remonta jusqu’à l’endroit où se trouve aujourd’hui Albany. I^e pays ainsi découvert, réclamé par les Hollandais, fut appelé Nouveaux-Pays- Bas. Quelques années après, des comptoirs s’élevaient au Fort-Orange , actuellement Albany, et sur l’île de Manhattan. En 1623, dix-huit familles s’établirent au Fort-Orange, et trente familles àla Nouvelle-.\msterdam, dans nie de Manhattan, sur l’emplacement qu’occupe maintenant New-York. Les Hollandais s’étendirent gra-

üuellement en amont du fleuve, à l'est, jusqu’à la rivière Connecticut, à l’ouest et au sud, jusqu’à la rivière Delaware. Sur cette dernière, ils se heurtèrent contre les Suédois, établis, depuis 1638, sur les deux rives, dans le Delaware et la Pennsylvanie, à peu près sur l’emplacement de Philadelphie , nommé par eux Nouvelle- Suède. En 1G55, une armée hollandaise chassa les Suédois. Mais les .\nglais prétendaient au pays tout entier, en vertu des découvertes de Cabot. Il en résulta des notes diplomatiques qui s’échangèrent d’un pays à l’autre pendant près d’un demi-siècle. Rien n’aboutissait. Les Anglais mirent fin au débat, en 1664, en s’emparant de la Nouvelle -Amsterdam, puis de tous les Nouveaux-Pays-Bas. I>a même année, Charles II donna cette province à son frère le duc d’York et d’Albany ; la Nouvelle-Amsterdam fut baptisée New-York, nom qui fut appliqué à toute la province, et le Fort-Orange devint Albany.

Le New-Jersey reçut, à cette époque , son nom générique de sir George Carteret, ancien gouverneur de l’ile de Jersey. Lié d’intérêts avec lord Berkeley, il avait acheté ce territoire au duc d’York pour le constituer en colonie spéciale.

En 1681, la région située à l’ouest de la Delaware fut concédée à William Penn, qUi la peupla principalement d’amis ou quakers, et fonda Philadelphie (1682).

La Pennsylvanie devint rapidement l’une des plus florissantes colonies; elle se distingua surtout par la douceur, la bienveillance et l’équité dont elle usait envers les naturels, ce qui, pendant près d’un siècle, l’affranchit des horreurs des incursions indiennes. Vers 17'Jü, un large courant d’émigration allemande se dirigea vers la Pennsylvanie, en peupla plusieurs comtés et imprima à la population de la province un caractère tout particulier.

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Iæ pays situé entre la limite méridionale de la Pennsylvanie et le Potomac fut, dès l’origine, appelé Maryland , en l’honneur d’Henriette-Marie, femme de Charles P’, L' premier établissement y fut fondé, en 1031, par le capitaine William Clayhorne et une compagnie de colons virginiens, sur l’île de Kent, dans la baie de Chesapeake. En 1632, Charles I" octroya la province à Cécilius Calvert, lord Baltimore. Ce dernier y 'envoya, en 1633, deux cent une personnes, presque toutes appartenant à la religion catholique romaine, avec leurs serviteurs, sous la conduite du frère du lord propriétaire, I.éonard Calvert, premier gouverneur de la province. Ils traversèrent l’Atlantique sur deux navires, l'Arc et la Tourlprelle, et débarquèrent à l’île Saint-Clément, le 25 mars 1634. Deux jours après, ils commencèrent l’établissement de Sainte-Marie, sur le continent. la première législature se réunit en 1639. En 1649, l’assemblée passa l’acte mémorable qui assurait aux chrétiens de toutes les sectes le libre exercice de leur culte, et permettait ainsi à chacun d’adorer Dieu selon les lois de sa j)ropre conscience.

Le territoire situé au sud de la Virginie fut colonisé, en 1670, par des Anglais, débarqués d’abord à Port- Royal , et qui s’établirent ensuite sur l’emplacement actuel de Charleston. La Caroline fut régie conformément aux termes d’une constitution dressée par le philosophe John Locke, jusqu’en 1727, époque à laquelle le roi se rendit acquéreur de toutes les propriétés et divisa la colonie en deux parties respectivement nommées Caroline du Nord et Caroline du Sud.

L’État actuel de Géorgie faisait originairement partie de la Caroline. En 1732, George 11, dont on lui donna le nom, concéda le territoire à la Compagnie des « Administrateurs de la colonisation de la Géorgie, » et, la même année, cent vingt émigrants se rendirent dans la

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nouvelle province sous la conduite du fameux général James Ogielhorpe.

De ce qui précède il résulte que, dans l’intervalle d’un peu plus d’un siècle, à dater de la fondation de Jamestown, treize colonies avaient été crt'^s par les Anglais sur le territoire actuel des États-Unis. Ixs Espagnols s’y étaient également établis en Floride et au Nouveau-Mexique, et les Français, dans l’Illinois , l’Indiana, et dans la Louisiane près de l’embouchure du Mississipi . Quoique le courant de l’émigration dans les colonies anglaises provînt de l’Angleterre elle-même, que la langue, les lois et les coutumes anglaises y dominassent partout, l’Écosse, l’Irlande, l’Allemagne, la Hollande, la France et les Éltats Scandinaves apportèrent chacune son contingent, fort ou faible, à la population du nouveau Monde. Presque tous les cultes chrétiens s’y trouvaient représentés ; le calvinisme dominait dans la Nouvelle-Antjleterre, le quakerisme en Pennsylvanie, le catholicisme romain dans le .Maryland, la foi anglicane dans la province de New-York et dans le Sud. Grâce à la héuignité du climat et à la fertilité du sol, les mœurs éUiient plus douces, la vie plus facile, dans les colonies méridionales, où le travail s’accomplissait par les esclaves africains, que sur la terre glaciale et relativement stérile des puritains. Et cependant, au fur et à mesure do l’accroissement de la population, l’économie et l’industrie des Yankees ('corruption indienne du mot Anglais), nom donné aux colons de la Nouvelle-.Vngleterre parleurs voisins du Sud, produisirent leurs effets ordinaires et développèrent chez ces mêmes puritains une large source de richesse, de bien-être et de civilisation mondaine.

1^8 colons s’étaient particulièrement adonnés à l’agriculture; mais ils ne négligeaient pour cela ni la fabrication ni le commerce. Ua prospérité des colonies prenait son essor; la jalouse mère patrie s’en émut.

et, (lès 1 C60, elle commenc^a à mettre des entraves à leur commerce par des lois maritimes rendues dans le but égoïste de faire passer par les mains des Anglais tout le commerce des Américains. En 1719, la cliambre des communes déclara « qu’en érigeant dans leur sein des manufactures , les colonies s’habitueraient à ne plus compter sur la Grande-Bretagne » ; et elle s’empressa de passer des lois pour y défendre la fabrication du fer et de l’acier, et pour restreindre les autres branches d’industrie. 11 fut défendu, sous peine de forfaiture, de transporter ailleurs que dans les pays appartenant à la couronne d’Angleterre, le sucre, le tabac, le gingembre, l’indigo, le coton, le bois de teinture. L’importation, dans les colonies, de denrées européennes devait être faite à bord de bâtiments anglais, partant d’un port d’Angleterre; ainsi les colonies étaient obligées d’acheter en Angleterre non-seulement tous les produits anglais, mais encore les produits des autres pays dont elles pouvaient avoir besoin. Les colons ne pouvaient vendre aux étrangers que ce que l’Angleterre ne voulait pas prendre, et cela pour acquérir le moyen de payer les articles que leur imposait la méitropole. Comme ils étaient obligés de s’adresser à la mère patrie pour le petit nombre de denrées europiîennes et les denrées asiatiques qui leur étaient indispcmsables. le négociant anglais ('coulait ses marchandises à un prix supérieur à leur valeur; et comme, en m(ïmo temps, il était le seul ac(juéreur légal des denrt'îes coloniales, il obtenait ces d(Mir(H's à vil prix. En d(^pit de tous ces obstacles, et grâce à leur énergie et à leur industrie, h's colons parvinrent à constituer un commerce parfait('inent viable et même à créer des manufactures; celles du Massachu- .setts, en particulier, produisaient du papier, des lainages, du chanvre, du fer, et chaque famille fabriquait un drap grossier pour son propre usage.

Malgré leur état général de dénûment, malgré les difficultés d’existence inhérentes à une population largement éparpillée et forcée, pour défricher un désert, de résister aux attaques incessantes des tribus sauvages, les colons, surtout ceux de la Nouvelle-Angleterre , ne lardèrent pas à donner à l’éducation une attention toute spéciale. Des écoles s’élevèrent en Virginie, dès 1621, et le collège de Guillaume et Marie fut fondé à Williamshurg, en 1602. L’école de la Nouvelle-Amsterdam date de 1633, le collège d’Harvard, dans le Miissachusetts, de 1637, celui de Yale, dans le Connecticut, de 1701, celui de New-Jersey, de 1738, et celui du Roi (maintenant collège de Columbia), dans l’État de New-York, de 1734. Dans les colonies de la Nouvelle-Angleterre, presque dès la date de leur fondation, des lois pourvurent à un système libéral d’éducation communale, grâce auquel l’intelligence du peuple se développa rapidement, système suivi avec persévérance jusqu’à ce jour et constamment perfectionné.

Les treize colonies ainsi constituées, en un peu moins d’un siècle, depuis la formation de Jamestown, étaient le New-Hampshire, le Massachusetts, le Rhode-lsland, le Connecticut, le New-York, le New-Jersey, la Pennsylvanie, le Delaware, le Maryland, la Virginie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud et la Géorgie.

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