CHAPITRE IV
Guerre des colons avec les Indiens. — Guerres du roi Guillaume, de la reine Anne, du roi George.
Dans le principe, les Indiens reçurent les blancs comme des amis. .Mais les empiétements systématiques des colons sur les terrains de chasse des indigènes, les mille causes de querelles nées du contact de races aussi difféienles, conduisirent bien vite à des actes de violence réciproques, et enfin à une guerre ouverte. Quelques rares tribus restèrent seules fidèles à l’amitié des Européens. Dans l’enfance des colonies, ces conflits avec les tribus guerrières furent souvent sanglants et périlleux. Mais à mesure que grandirent les établissements, le nombre des Européens, leur discipline, leur supériorité militaire, leur assurèrent inévitablement la victoire chaque fois qu’ils s’armaient, soit pour se défendre, soit pour attaquer.
Li première rencontre sérieuse eut lieu, en 1622, après la mort de Powliatan, le fidèle allié des colons. Une conspiration générale des Indiens de la Virginie se résolut en un affreux massacre où, dans l’espace d’une heure, trois cent cinquante Anglais tombèrent sous le tomaliawk. La victoire, dans ce conflit, resta aux co-
Ions, qui furent aussi heureux, en 1644-46, lors du dernier effort fait par les tribus virginiennes pour défendre leur indépendance; leur chef Opechaneanough fut fait prisonnier et renfermé dans une prison où il resta jusqu’à sa mort. Depuis cette époque, la Virginie ne fut que rarement troublée; la race rouge finit par se soumettre paisiblement aux autorités coloniales.
En 1636, la puissante tribu' des Pequots commença, dans le Connecticut, des hostilités qui s’étendirent ra- 'pidement au Massachusetts et devinrent la cause de l’alliance de ces deux colonies. Les forces combinées détruisirent, en 1637, la nation hostile, et imprimèrent une telle terreur aux autres tribus que la paix fut assurée pour quelques années. En 1673, le fameux Metacomet, sacbem des Wampanoags , ou le roi Philippe, comme l’appelaient les .Anglais, suscita contre les colons un soulèvement général des aborigènes. Il s’ensuivit une guerre épouvanUible; pendant quelques mois, la population européenne de la Nouvelle-Angleterre resta sous la menace d’une destruction complète. I.a défaite et la mort du roi Philippe (1676) mit fin aux hostilités.
Quarante ans après, les Carolines devinrent le théâtre de luttes sanglantes avec les Corees et les Tusearoras (1712) et avec les Yemassees (1715). Ixs blancs furent vainqueurs dans ces deux campagnes.
Malgré ces succès et d’autres que nous passons sous silence, pendant un siècle et demi, à dater du premier établissement, presque toutes les provinces eurent à redouter ou à combattre l’explosion de la guerre indienne, avec tous ses horribles accompagnements de violences, de meurtres, de dévastations, car l’aborigène ne respectait ni le sexe ni l’âge.
Vers la fin du dix-septième siècle, les tribus ennemies des frontières septentrionales et occidentales commencèrent à être aidées et encouragées par les Français
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du Canada, qui, chaque fois que leur mère patrie se trouvait en guerre avec l’Angleterre, entamaient des hostilités avec les colonies anglaises, et souvent, accompagnés de leurs sauvages alliés, accomplissaient, dans la Nouvelle-Angleterre et dans la province de New-York, des incursions dévastatrices. Dans une de ces incursions, en 1689, les Abenakis, ou Indiens orientaux, brûlèrent la ville de Douvres, dans le New-Hamspshire, et massacrèrent ou emmenèrent en captivité tous les habitants. La même année, une bande venue de Montréal fit subir un sort semblable à Schenectady, dans le New-York. Quelques années plus tard (1704-1708), Deerfield et Haverhill, dans le Massachusetts, furent mises à sac par des troupes commandées par un officier français nommé Hertel de Rouville.
Ije P. Marquette, Louis Joliet, Robert Cavalier de la Salle, et d’autres missionnaires et hardis aventuriers, avaient porté la croix et le drapeau de la France dans le désert du Saint-Laurent, et des grands lacs au Mississipi et au golfe du Mexique, et jusque dans le Texas. Les établissements anglais sur l’Atlantique se trouvèrent ainsi, peu à peu, flanqués à l’ouest par une chaîne de postes français qui s’élevaient, à laiiii, àplus de soixante, entre Montréal et la Nouvelle-Orléans. Ces positions, choisies très-judicieusement dès le principe, devinrent pour la plupart, dans la suite, d’importantes cités, comme Détroit (1683), Kaskaskia (1684), Vincennes (1690), la Nouvelle-Orléans (1717) et Pittsburg (Fort- Duquesnes (I7,')4).
Ce dangereux établissement des Français en arrière des colonies anglo-américaines excita les susceptibilités de la Grande-Rrelagne, qui, d’après les chartes de Jacques I", prétendait à la souveraineté de la région occidentale s’étendant de l'Atlantique au Pacifique, au sud de la latitude de la rive septentrionale du lac Érie.
Les Français, de leur côté, réclamaient tout le territoire arrosé par le Mississipi et ses tributaires, sous le prétexte plus plausible qu’ils en avaient été les premiers explorateurs et les premiers colons.
Cependant le conflit entre les deux nations, en Amérique, provint, non pas d’une question coloniale, comme on pourrait le croire, mais de la révolution accomplie en Angleterre en 1688, et qui eut pour résultat l’expulsion du roi Jacques II et l'avénemenl delà maison d’Orange. Cette guerre, connue sous le nom de guerre du roi Guillaume, dura sept années, pendant lesquelles les colonies eurent énormément à souffrir des incursions des Français et de leurs alliés. En guise de représailles, les colons tentèrent de s’emparer du Canada, contre lequel, en 1690, deux expéditions furent dirigées, l’une du Massachusetts, sous les ordres de sir William Phipps, l’autre du Connecticut et du ^'ew-York, sous ceux du général Winlhrop. Ces expéditions n’accomplirent aucun fait qui mérite d’être signalé. Le traité de Ryswyk (20 septembre 1697) mit Un à la guerre; mais la paix ne fut pas de longue durée.
La guerre de la succession d’Espagne, entreprise en 1702, alluma, entre les Français et les .Anglais d’Amérique, des hostilités désignées dans la tradition et dans l’histoire sous le nom de guerre de la reine Anne. Les effets s’en firent particulièrement sentir dans la Nouvelle-Angleterre, dont toute la frontière occidentale fut ravagée par les Indiens, à un tel point que les établissements avancés furent presque tous détruits ou abandonnés.
En 1707, le Massachusetts, le New-IIampsbire et le Illiode-lsland unirent leurs forces et attaquèrent, sans succès, les Français de l’Acadie. Trois ans après, toutefois (septembre 1718), une expédition partie de Boston réussit à s’emparer de cette province et à l'annexer.
SOUS le nom de Nouvelle-Écosse, à l’empire britannique. L’année suivante, une armée nombreuse d’.Anglais et de .\éo-.\nglais, sous les ordres de sir Ilovenden Walkcr, essaya vainement de conquérir par mer le Canada. Il en fut de même d’une autre expédition qui, dans le même moment, avait été dirigée d’.Vlbany sur Montréal. Iæs bostilités cessèrent à la paix d’Utrecht (11 avril 1713 \ pour n’être reprises que trente ans après.
En mars 1744, la guerre de la succession d’.Vutriche éclata en Europe, et aussitôt la guerre du roi George commença en Amérique. L’événement marquant de cette guerre fut la prise de Louisburg, la principale place forte des Français en Amérique, emportée, le 2N juin 1745, par les troupes de la Nouvelle-.Vngletcrre commandées par William Pepjierell, ricbe commerçant du Maine. Cet exploit excita en .\ngleterre et dans les colonies un immense enthousiasme, et donna aux Américains une idée de leur force militaire qui eut une grande influence sur l’avenir. La guerre se termina par le traité d’Aix-la-Chapelle 18 octobre 1748 , et, à la grande mortiQcation des colons, I.«ui8burg fut restitué aux Françîiis.