‹ Les États-Unis d'Amérique en 1863Chapitre 15 sur 118 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

George Washington. — Guerre coloniale française. — Traité de Paris de 1763. — Conspiration de Pontiac.

La paix fut bientôt rompue. En 1749, le gouvernement de la Virginie concéda , par l’ordre du gouvernement anglais, à la compagnie de l’Ohio, 500000 acres de terre situés entre le Monongohela et le Kanawlia, et sur l’Ohio, dans une région dont la France réclamait la propriété. Ix's concessionnaires tentèrent d’y fonder des établissements, ce qui occasionna immédiatement des dissensions avec les Français postés depuis longtemps sur différents points du pays. Les autorités virginienncs relevèrent la querelle et commencèrent par adresser des plaintes et des remontrances au chef des établissements français de l’Ohio. Ce message fut confié à George Washington, qui n’avait pas alors vingt-deux ans, mais qui, pendant trois ans, avait rempli les fonctions d’adjudant général du district septentrional de la Virginie, et s’était fait remar([uer par sa prudence et son habileté. Il accomplit sa mission avec autant de courage que de jugement, et son rapport décida la Virginie à soutenir ses prétentions par la force. Une expédition, que Washing-

Ion ooinmanda d’abord en second, puis en chef, fut envoyée vers l’Ohio.

Le 28 mai 1754, elle attaqua et mit en pièces un détachement français , dont le chef, Jumonville, fut tué dans le combat. Cette affaire fut le début de la longuelutte connue, en Amérique et en France, sous le nom de guerre indienne, et en Europe sous celui de guerre de Sept ans. Les hostilités, toutefois, commencèrent et se poursuivirent en Amérique, pendant les dix-huit mois qui précédèrent la déclaration de la rupture entre la France et l’Angleterre ; mais (quoiqu’elles fissent profession d’être toujours en paix, les deux nations s’occupaient activement àenvo}crà leurs colonies resjieetives des secours en hommes et en vaisseaux.

Quatre exjK-dilions furent simultanément projetées par les commandants anglais contre la France : la première devait agir contre les postes situés à la baie de Fundy, et chasser les Français de l’Acadie; la seconde, dirigée par sir Williams Johnson , agent indien chez les Mohawks, contre Crown-Point ; la troisième, sous les ordres du gouverneur Shirley du Massachusetts, contre Niagara et Frontenac; 1a dernière, enfin, contre le fort Duquesnes, sur l’Ohio, devait être conduite par le général Braddock, envoyé d’Angleterre comme commandant en chef des forces royales. C’était un officier d’une grande réputation militaire, mais arrogant, suffisant, et qui aifichait pour les Américains le plus stupide mépris.

-4vec une armée combinée de réguliers et de provinciaux, ces derniers guidés par Washington, Braddock s'avança dans le désert avec autant de laisser aller que s’il paradait dans un pays ouvert, sans se préoccuper en aucune façon des précautions que Washington et d'autres Virginiens, familiarisés avec les habitudes de la guerre indienne, le suppliaient de prendre. Il résulta

(le cet oubli des lois de la plus vulgaire prudence qu’à 10 milles environ du fort Duquesnes, le général tomba dans une embuscade, fut battu et mortellement blessé. L’armée fut sauvée par le eourage et l’habileté de Washington et de ses provinciaux^ si dédaignés, qui couvrirent la retraite. Cet échec eut pour effet immédiat et (lermanenl d’ébranler la foi des provinces dans la vaillance des soldats anglais, de leur faire prendre en dégoût la morgue et la suffisance des officiers réguliers, et (l’attirer à jamais sur Washington l’estime et la confiance de la population.

L’expédition dé Sliirley, quoique moins désastreuse que celle de Braddock , ne fut pas plus heureuse. Arrêtée par le mauvais temps et par les maladies, alTaiblie par la désertion de ses alliés Indiens, qui appartenaient aux diverses tribus des Six-Nations, elle finit par être abandonnée sans qu’il eût été rien entrepris.

L’attaque des pwstes français de la baie de Fundy par le général Winslow, un Néo-Anglais, réussit, et, dans la suite, sur l’ordre exprès du gouvernement , le général transporta dans les colonies anglaises les « Français neutres » de l’Acadie.

F^s forces envoyées contre Crown-Point, sous les ordres de sir William Johnson, étaient composées principalement de troupes du Massachusetts, du Connecticut et du New-Hampshire. Elles rencontrèrent l’ennemi à la tête du lac George, et, le même jour (6 septembre 1755), furent battues d’alx>rd et remportèrent ensuite une victoire complète ; le commandant français Diesko , blessé mortellement, fut fait prisonnier. Johnson ne sut pas profiter d’une victoire dont l’honneur appartenait en fait au général provincial [..yman ; il temporisa dans son camp du lac George, et, la saison s’avançant, il devint impossible de marcher sur Crown-Point. J.a campagne de 1755 se termina ainsi; en somme, elle

avait été plus favorable aux Franeais qu’aux Anglais. I^’énergie et les talents militaires du marquis de Montcalm , qui avait remplacé Diesko dans le commandement en chef du Canada, procura, pendant les deux années suivantes, une supériorité plus marquw encore aux armes françaises. Oswego, avec les immenses approvisionnements militaires qu’il renfermait, fut pris en et le fort William-Henry, à la tête du lac

George, fut forcé de se rendre (1757); événement qui laissa un horrible souvenir, par suite du massacre d’une partie de la garnison, après la capitulation, par les Indiens de Montcalm.

Le peuple anglais attribua, avec raison, tous ces dtîsastres à l’ineptie de ses gouvernants et de ses généraux ; ses clameurs obligèrent le roi, malgré ses répugnances, à appeler William Pilt au pouvoir. Le vigoureux génie de cet homme d’État changea la face des événements. 11 demanda des volontaires pour les colonies; cet appel fut si bien entendu j)ar le peuple que le ministre eut bientôt beaucoup plus de soldats qu’il ii’était nécessaire, et 50 000 Anglais ouvrirent la campagne de 1758. Louisburg fut pris, après un siège de cinquante jours, par les généraux Wolfe et Amherst ; le fort Frontenac, sur le lac Ontario, tomba aux mains d’une armée coloniale commandée par le colonel Bradstreet, et le fort Duqucsnes, à celles d’une autre armée qui comptait Washington parmi scs officiers généraux.

Ces avantages, toutefois, furent balancés par l’échec que subit, dans une attaque sur Ticonderoga, une puissante armée commandée par le général Abcrcrombie et lord Hove; ce dernier, que chacun aimait, tomba à la tête de ses troujies, et le premier dirigea le combat avec une incapacité si absolue que, quoique ses forces fussent quatre fois supérieures à celles de Montcalm, il fut obligé de battre en retraite après avoir|>erdu deux mille hommes.

Le général Amherst remplaça Abercromhie ; à son approche, les Français abandonnèrent, sans coup férir, Ticonderoga et Crown Point. Presque en même temps, sir William Johnson prit Niagara et défit un corps de troupes considérable envoyé au secours de la place.

L’exploit culminant de la campagne et de la guerre fut la prise de Québec par l’armée du général'Wolfe, après la sanglante bataille d’Abraham (13 septembre), dans laquelle périrent Wolfe et Montcalm.

(^tte victoire, «■ l’une des plus importantes que signale l’bistoire, dit Bancroft, livra à la langue anglaise et aux institutions saxonnes le Nord et l’Ouest, ces régions inexplorées dont les limites se perdaient dans l’espace.... Un enthousiasme immense gonfla l’Amérique ; les cités s’illuminèrent splendidement ; les montagnes s’enflammèrent; les chambres législatives, les temples sacrés, la presse, retentirent de cris d’allégresse; toutes les provinces, toutes les familles adressèrent à Dieu de ferventes actions de grâces. L’Angleterre aussi , qui avait partagé le désespoir de Wolfe, triompha de sa victoire et pleura sa mort. Sur tous les visages on lisait la joie, la douleur, la curiosité et la stupéfaction. « La reddition de Québec termina virtuellement la lutte en Amérique; mais on continua à se battre en Europe et sur l’Océan Jusqu’au traité de Paris (17G3) qui donna à la Grande-Bretagne le Canada et toutes ses dépendances, comprenant diverses stations sur les grands lacs, et quelques petits comptoirs, entre les lacs et l’Ohio, et dans la vallée de cette rivière.

I.C8 manières des Français étaient amicales et conciliatrices, celles des Anglais hostiles et dominatrices ; aussi le changement de propriété ne tarda-t-il pas à produire chez les Indiens de ces régions une grande surexcitation. Peu de temps après la fin de la guerre, Pontiac, officier de courage et de talent, suscita, chez les Ottawas,

les Miamies, les Wyandots, les Cliippewas, les Potawaloinies, les Shawnees, les Renards, les Winnebagoes et d’autres tribus algonquines, une conspiration contre les conquérants, laquelle éclata en juin 1763. En deux semaines, les Indiens s’emparèrent de tous les forts situés à l’ouest de l'Oswego, sauf Niagara, Pittsburg et Détroit. Les garnisons furent presque toutes massacrées, plus de cent commerçants assassinés, et au moins cinq cents familles mises à mort avec des raffinements de cruauté inouïs, ou enlevées. Détroit fut Idoqué pendant six mois, au bout desquels les Indiens furent contraints de lever le siège et d’implorer la paix. Pontiac, seul, refusa de se soumettre; errant du côté du Mississipi , il continua de soulever contre les .Anglais les tribus de l’Ouest, et périt assassiné en 1769.

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