LUTTE ENTRE LES SYSTÈMES DE TRAVAIL LIBRE ET DE TRAVAIL SERVILE
CHAPIÏKK I.
Administration du William Harrison et de John Tyler. Annexion du Texas (18411845).
Le président Harrison fut installé le 4 mars 1841 , et plaea aux affaires étrangères, Daniel Webster, du Massaeliusetts; aux finances, Thomas Ewing, de l’Oliio; à la guerre, John Bell, du Tennessee; à la marine. George K. Badger. de la Caroline du Nord; aux postes, Francis Granger, du New-York; et à la justice, J. J. Crittenden, du Kentucky.
Avant qu’aucune ligne de politique distincte eût pu être prise par la nouvelle administration , le président Harrison mourut, le 4 avril, un mois, jour pour jour, après son installation. Le vice président Tyler, devenu président, conserva le cabinet de son prédécesseur jusqu’au mois de septembre suivant , époque où tous les ministres, sauf celui des affaires étrangères, se retirèrent, en conséquence du développement inattendu de la politique adoptée par le président relativement à une ban-
LKS ÉTATS-UNIS D’AMÉIUQUE.
que nationale, dont il empêcha, par son veto^ le congrès de renouveler le privilège. Cette politique était beaucoup plus conforme aux vues du parti démocrati(]ue, auquel iM. Tyler avait été antérieurement attaché, qu’aux vues des whigs qui l’avaient porté au pouvoir, et qui, pour celte raison, l’accusèrent de les trahir.
Les portefeuilles laissés libres furent conliés à Walter Forward, de la Pennsylvanie i Onances) ; John C. Spencer, du New-York (guerre); Abel P. L'pshur, de la Virginie marine; ; Charles .V. Wickliffe, du Kentucky (postes) ; et Hugues S. Légaré, de la Caroline du Sud (attorney général). M. Webster qui, seul, avait conservé son portefeuille, en donna pour raison l’actualité des négociations avec la Grande-lJretagne au sujet de la limitation des États-Unis au nord-ouest. Mais ces négociations s’étant terminées par un traité conclu entre lui et lord Ashburlon, et ratifié par le sénat, le 20 août 1842, M. Webster donna sa démission (mai 1843), et M. Légaré, l’attorney, devint ministre des affaires étrangères. U mourut en juin suivant; M. üpshurlui succéda et céda le portefeuille de la mai'ine à M. Thomas W. Gilmer, de la Virginie, Ces deux ministres ayant été tués par les éclats d’un canon à bord du steamer de guerre Prin- (elon, le 28 février 1844, John C. Calhoun, de la Caroline du Sud, fut chargé du département des affaires étrangères, et John Y. Mason, de la Virginie, du département de la marine.
Le trait principal de l’administration de M. Tyler fut l’introduction d'une politique nationale relative à l’extension de l’esclavage au moyen de l’annexion du Texas ; cette politique eut pour résultats une guerre avec le Mexique (1846), le renouvellement des discussions sur l’exclusion de l’esclavage des territoires nouveaux 1847-48), et, enfin, la révolte d’une partie des États esclavagistes (I86Ü-6I).
L’esclava^^e avait été aboli au Mexique peu de temps après que ce pays eut conquis son indépendance. Le Texas ne possédait qu’un petit nombre d’esclaves ; par le fait, il y en avait été importé fort peu. Vers 1834, quelques années après cet événement, une émigration tranquille, mais générale et évidemment concertée, venant principalement du Tennessee et d’autres États du sud-ouest, commença à se concentrer au Texas. Les émigrants étaient armés de carabines; beaucoup se trouvaient accompagnés de nègres, et il fut bien entendu qu’ils n’avaient aucunement l’intention de se faire Mexicains, encore moins d’abandonner leurs esclaves. Quand le général Sam Houston quitta l’Arkansas pour le Texas, en 1834-35, le journal de Little-Rock, qui annonça le départ et la destination du général, lança cette phrase significative : « Nous apprendrons bientôt, sans doute, qu’il a arboré son drapeau. »
Au demeurant, les nouveaux colons du Texas ne devaient manquer ni de prétextes ni de provocations pour arriver à ce résultât. Le Mexique était mai gouverné, turbulent, anarchique et despotique. renversement, par Santa-.\nna, de la constitution fédérale fut une des raisons invoquées par les révoltés du Texas. En 1835, cette province se déclara indépendante, et elle assura sa liberté, en 183G, par la bataille décisive de ,San-Jacinlo, où les Texiens défirent les troupes du dictateur du Mexique et s’emparèrent même de sa personne. Cette victoire fut due presque exclusivement aux émigrés américains, une demi-douzaine à peine des habitants indigènes ayant pris part à la révolution. Santa-Anna, prisonnier, cédant à la force et à la crainte, adhéra à un traité ayant pour base l’indépendance du Texas; traité qu’il n’avait ni le pouvoir, ni le désir, peut-être, de rendre exécutoire lorsqu’il aurait recouvré sa liberté. Les Texiens, poursuivant leurs avantages, envahirent à
deux ou trois reprises différentes d'autres provinces mexicaines, — Tamaulipas, Coahuila, etc., — et plantèrent, en signe de défi , leur drapeau à l’étoile unique sur les rives du Rio-Grande del S’orte. Mais ils furent toujours chassés de ces positions, une fois, entre autres, après avoir éprouvé des jiertes sérieuses. Toutefois, en renouvelant sa déclaration d’indépendance, le gouvernement du Texas réclama le Rio-Grande comme limite occidentale, depuis sa source jusqu’à son embouchure, en y comprenant une large portion des provinces de Tamaulipas, Coahuila, Durango, r^ion la plus importante du .Nouveau-Mexique et de beaucoup la plus populeuse. C’est en vertu de cette clause, expressément stipulée dans le traité, que M. Calhoun , ministre des affaires étrangères du président Tyler, négocia le premier projet officiel d’annexion. Ce projet, soumis au sénat dans la session de 1843-44, fut rejeté par un vote décisif, fondé sur ce que l’annexion aurait pour résultat l’extension de l’esclavage à un territoire libre et la guerre avec le Mexique. Quinze sénateurs seulement, appartenant presque tous aux Étals esclavagistes, volèrent pour la confirmation. Un des panégyristes de l’annexion, le général James Ilainilton, de la Caroline du Sud, dit publiquement qu’elle devait * procurer au Sud un Gibraltar; • et cette idée avait suffi pour donner au projet, dans le sud-ouest, une popularité aussi ardente que générale.
C’est sur le terrain de l’annexion du Texas qu’eut lieu la lutte pour l’élection présidentielle prochaine; celte question, soutenue par la généralité des démocrates, avait les whigs pour antagonistes. Le Sud la défendait comme un moyen d’affermir l’intérêt esclavagiste; le Nord l’attaquait pour la môme raison. La convention nationale du parti démocratique, tenue à Rallimore, le 27 mai 1844, rejeta la candidature de M. Van Buren, qui s’était prononcé, sans réserve, contre l’annexion, et
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porta à la présidence James K. Polk, ancien gouverneur du Tennessee, président (speaker) de la chambre des représentants, et, à la vice jirésidence. George M. Dallas, de la Pennsylvanie. I-a convention nationale whig, qui s’était aussi réunie à Baltimore, le 1"^ mai, avait déjà choisi Henry Clay, du New-Jersey, pour président, et Théodore Frelinghuysen , du Kentucky, pour viceprésident ; ce dernier, auteur d’une lettre attaquant violemment la thèse de l’annexion du Texas. Le résultat (le l’élection donna 170 votes à Polk et à Dallas, et 105 aux candidats w'higs. Le règlement de la question du Texas fut alors soumis au congrès; par suite de résolutions adoptées, à la chambre des représentants, le 25 janvier 18'i5, par 120 voix contre 98, et au sénat, le 1" mars, par 27 voix contre 25. le Texas fut annexé aux États-Unis en qualité d’État. Ces actes furent immédiatement contre-signes par le président Tyler,qui, avant de quitter le pouvoir, donna encore sa sanction aux hills admettant dans l’Union la Floride et l’Iowa.