‹ Les États-Unis d'Amérique en 1863Chapitre 28 sur 118 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Administration de James K. Polk (18<i5-18ié9). Amendement Wilmot.

cabinet du président Polk se composait de James Buchanan, delà Pennsylvanie affaires étrangères) ; Robert J. Walker, du Mississipi (finances); William 1.. Marcy, du New-York (guerre); George Bancroft, du Massacliusetls ('marine) ; Cave Johnson, du Tennessee (postes); et John Y. Mason , de la Virginie aüormw général).

Conformément à toutes les prévisions, le nouveau président, en arrivant au pouvoir, trouva le pays engagé, avec le Mexitjue, dans des discussions ayant pour origine l’annexion du Texas aux Klats-l'nis. Le général Zachary Taylor, avec une petite armée, fut chargé d’occuper la région siliuH* entre le Nueces et le Rio-Grande. que les Etats-l'nis prétendaient appartenir au Texas, tandis que les .Mexicains aflirmaicnt que le Texas ne s’é*tait jamais étendu an delà du Nueces.

En avril ISVtl, une légère collision eut lieu, sur le Rio-Grande, entre les troupes du général Taylor et celles du général mexicain Arista. Dès que la nouvelle en fut parvenue à Washington, le président adressa au sénat

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'10 mai) un message déclarant que • la guerre existait par suite de l’acte du gouvernement de Mexico » et demandant des hommes et de l’argent pour conduire les hostilités. Le congrès, par un vote de 142 voix contre 14, dans la chamhrc des représentants, et de 40 voix contre 2 dans le sénat , accorda immédiatement 10 millions de dollars (f>0 millions de francs) et autorisa l’enrôlement de 50 000 volontaires. Pendant ce temps , Taylor avait battu les Mexicains à Palo-Alto (8 mai) et à Resaca de la Palma (9 mai). Dès qu’il eut reçu des renforts, il poursuivit activement le cours de ses succès et remporta les brillantes victoires de Monterey, en septembre, et de Buena-Vista , le 22 février 1847; après quoi, il céda la poursuite des hostilités, avec le commandement en chef, au général Scott. Les forces américaines, de terre et de mer, furent concentrées dans le golfe du Mexique et, le 9 mars 1847, Scott débarqua près de Vera-Cruz avec environ 12 000 hommes. I.a ville, immédiatement assiégée, capitula le 29 mars. Scott marcha alors sur .Mexico, où il entra triomphalement , le 1 4 septembre , après une série de rudes combats qui furent autant de victoires.

Tandis que Taylor accomplissait sa glorieuse campagne, le général Stephen W. Kearny, à la tète d’une petite armée, quittait le fort lA'avenworth, traversait les grandes plaines de Santa-Fé et s’emparait du Nouveau- Mexique août 1846). .\près avoir institué dans cette province un gouvernement américain, il reprit sa marche vers la Californie, où le colonel Fremont et le commodore Stockton avaient déjà planté la bannière des États-Unis. A son arrivée à Monterey, le général Kearny assuma la charge de gouverneur et, le 8 février 1847, décréta l’annexion de la Californie aux États-Unis.

Pendant que Kearny descendait en (Californie, le colonel Doniphan , avec 1000 volontaires du Missouri,

avait accompli une marche prodigieuse à travers les prairies, et pris Chihuahua, après avoir mis en déroute, à 29 kilomètres de cette ville, 4000 Mexicains qui prétendaient lui barrer le passage (28 février).

I>e général Scott occupa Mexico jusqu’après la ratification du traité de paix, qui fut signé, le 2 février 1848, à Guadalupe-Hidalgo, par Nicolas P. Trist, au nom des États-Unis. Par ce traité, le Mexique abandonnait à l’Union, comme limite, la ligne duRio-Grande, et cédait le Nouveau-Mexique et la Californie. De leur côté, les États-Unis s’engageaient à payer au Mexique lô millions de dollars (75 millions de francs), et à prendre à leur compte, pour une somme n’excédant pas 3750000 dollars (18750000 francs), les dettes du Mexique envers divers citoyens américains.

Au moment où la guerre du Mexique commença, des négociations se trouvaient entamées, entre les États- Unis et la Grande-Bretagne, au sujet de l’Orégon, que la dernière avait longtemps considéré comme lui appartenant. « La totalité de l’Orégon jusqu’au 54' 40' » était devenue un des mots d’ordre du parti démocratique pendant la dernière lutte électorale, et, dans son discours d’inauguration, M. Polk avait déclaré « clairs et incontestables les droits de l’Union sur l’Orégon. » Grande-Bretagne, toutefois, sous divers prétextes, prétendait au pays tout entier. Pour mettre fin à des pourparlers qui menaçaient de se prolonger indéfiniment, le président proposa un compromis amiable fixant la limite à la parallèle du 49' degré, et abandonnant à l’.4ngleterre la totalité de l’île de Vancouver, l^es termes de ce traité furent acceptés par la Grande-Bretagne.

Un autre acte important de l’administration de M. Polk fut la modification de la loi des tarifs de 1846, modification qui adoucissait les tendances protectionnistes. Ce résultat ne fut toutefois obtenu qu’après un

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long et remarquable débat parlementaire, auquel le parti wbig, rangé dans l’opposition, prit une part active, et le bill ne fut emporté que par le vote du vice-président (M. Dallas), qui est ex officio président du sénat.

nécessité de pourvoir tant aux dépenses résultant de l’annexion du Texas et de la guerre du Mexique, qu’au gouvernement provisoire des nouveaux territoires récemment acquis, amena de nouveau devant le congrès la question de la restriction de l’esclavage et produisit une classification de partis entièrement nouvelle. Pour faire comprendre comment ce fait s’accomplit, il est nécessaire de revenir sur nos pas d’un quart de siècle et de retracer quelques incidents de l’iiistoirc de l’agitation esclavagiste qui n’ont pu trouver place dans ce récit.

A partir du moment où se calma l’agitation du Missouri, en 1821, on s’occupa fort peu de l’esclavage jusqu’à la fondation à Boston, par William Llyod Garrison, du Journal « le Libérateur, >> dont le premier numéro parut le l" janvier 1831, et jusqu’à la formation dans les États libres, par Arthur Tappan et autres, de sociétés antiesclavagistes, en 1832-33. Pour la propagande émancipatrice, les sociétés ne se reposaient que sur des influences morales et religieuses; elles repoussaient l’action politique, affirmaient que le congrès n’avait aucunement le droit de se mêler de l’esclavage dans les États, quoiqu’elles lui demandassent d’abolir cette institution dans les territoires, dans le district de Columbia, partout, en un mot, où s’étendait la juridiction du gouvernement fédéral. Elles déclaraient que leurs principes leur ordonnaient « de rejeter et d’engager les opprimés à rejeter, pour se délivrer de leurs fers, l’usage des armes matérielles. » Leurs prédications, leurs journaux, leurs assemblées publiques, leurs pétitions au congrès, leur attirèrent rapidement des prosélytes, et surexcité- *

rent partout les esprits. Ia^s antagonistes de l’cmancipation firent, en 1834 et dans les années suivantes, tous leurs efforts pour détruire cette agitation ; et des émeutes sérieuses, accompagnées, en quelques circonstances, de meurtres et de pillage, éclatèrent à New-York, Boston, Philadelphie, Cincinnati,. Alton, et dans d’autres villes du Nord.

Dans le Sud, les législatures de la Virginie, de la Ca^ roline du Nord, de la Caroline du Sud, de la Géorgie, de l’Alahama, et de quelques autres Étals, adoptèrent des résolutions à l’adresse des États du Nord, leur demandant de mettre fin à l’agitation au moyen de lois pénales , et de prohiber la publication d’écrits antiesclavagistes.

Dans son message annuel de décembre 1835, le président Jackson recommanda au congrès le Vole d’une loi défendant la circulation, par la voie de la poste, des publications antiesclavagisles. Un projet, dressé en conséquence de celte proposition, eut au sénat les honneurs d’une troisième lecture et fut finalement rejeté. Dans la même année, la chambre des représentants adopta comme règle, « que tous mémoires, pétitions, résolutions et propositions touchant, en quoi que ce soit, le sujet de l’esclavage, seront, sans que l’impression ou le renvoi à un comité en soient ordonnés, déposés sur le bureau, et (|u’on ne s’en occupera plus autrement. » Celte décision, itérativement rapportée et rétablie, occasionna de longs et orageux débats sur le droit de pétition, droit très-éloquemment défendu f>ar l’ex-président John Quincy Adams, alors représentant du Massachusetts. Elle fut définitivement abrogée en décembre 1845.

En 184Ü, un dissentiment entre les abolitionnistes amena leur séparation en deux fractions, dont l’une, qui reconnaissait pour chef M. Garrison, déclara, en

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1844, que les compromis de la constitution au sujet de l’esclavage étaient immoraux; qu’en conséquence, tant qu’elle serait maintenue, c’était commettre un péché que de jurer de la soutenir, d’accepter un emploi, ou de voter; enfin, que .l’Union des États n’était que « une convention avec l’enfer, une alliance avec la mort, » qui devrait être dissoute immédiatement. Cette fraction de parti, bien que soutenue par le zèle, l’énergie et l’éloquence de M. Garrison, de M. Wendell Phillips, et de quelques autres de ses chefs , n’eut sur les affaires publiques qu’une influence médiocre ou indirecte. Cela tenait au petit nombre de ses adhérents (ils étaient au plus quelques centaines), à son abstention de toute action politique, et à l’impopularité de ses opinions, nonseulement en ce qui concernait l’Union et la constitution, mais encore sur les droits de la femme , la condition des Églises et d’autres questions.

La seconde fraction des abolitionnistes, de Iteaucoup la plus nombreuse, et avec laquelle on confondit souvent à tort les membres de la fraction Garrison, adhérait à rUnion et à la constitution. Convaincue que les démocrates et les whigs se trouvaient sous le contrôle absolu des esclavagistes, elle fonda, en 1840, le parti de « la Liberté, » lequel, dans la convention d’Albany, porta pour la présidence James G. Birney, et pour la viceprésidence Thomas Éarle. Le nombre des votes de ce parti, à l’élection de 1840, s’éleva à 7G09.

A l’élection suivante (1844), M. Birney fut de nouveau porté à la présidence, avec Thomas Morris pour vice-président; ils obtinrent tous deux 62300 suffrages. Ce chiffre, toutefois, ne représente qu’imparfaitement le nombre des antagonistes de l’esclavage, qui, pour la plupart, avaient conservé leurs liens avec les deux grands partis, sur l’action desquels ils eurent une telle influence que, tandis que La question du Texas était en-

core pendante, quatorze États du Nord protestèrent, par la voie de leurs législatures, et quelques-uns au moyen d’un vote unanime, contre toute extension des terrains esclavagistes.

En I84G, pendant la guerre du Mexique, lors de la présentation au congrès d’un bill autorisant le président à employer aux négociations de la paix une somme de 2 millions de dollars (10 millions de francs), M. David Wilinot , représentant démocrate de la Pennsylvanie, proposa comme amendement la célèbre clause additionnelle de Jefferson : « Il n’y aura jamais ni esclavage, ni servitude involontaire dans aucun territoire ou continent d’Amérique qui pourra être, à partir de ce jour, acquis par les États-Unis ou annexé à l’Union en vertu de la présente provision, sauf dans le cas de crimes desquels les coupables seront dûment convaincus. » Cet amendement fut adopté par la chambre à une grande majorité, presque tous les membres aj)partenant aux États libres ayant voté pour ; mais il échoua au sénat, faute de temps.

A la session suivante, 1846-47, un bill semblable affectant 3 millions de dollars (15 millions de francs) fut voté avec l’adjonction de l’amendement Wilmot, par 115 voix contre 106. Le sénat ne l’ayant pas accepté (31 voix contre 21 , il revint à la chambre, où l’amendement fut rejeté par un vote de 102 voix contre 97.

A la fin de la guerre, la question pratique contenue dans l’amendement Wilmot : «L’introduction de l’esclavage sera-t-elle permise ou défendue dans les territoires nouvellement acquis du Mexique? » devint d’un intérêt capital.

Ce conflit de l’opinion publique atteignait son plus haut degré d’intensité lorsque arriva l’époque de la nomination des candidats à la présidence. Sous le prétexte que, lorsqu’il avait été nommé, en 184'i, le président

LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRigUE.

Polk s’était engagé à ne pas se présenter une seconde fois à l’élection, son nom ne parut pas sur la liste des candidats. Cet engagement, au reste, n’eùl pas existé, que le résultat n’en eût pas moins, sans doute, été le même, à cause de l’intérêt intense manifesté par M. Polk pour les tendances esclavagistes du Sud, ce qui lui avait naturellement aliéné le Nord et l’y avait rendu impossible comme candidat. Les démocrates esclavagistes portèrent Lewis Cass qui avait, tout récemment, écrit une lettre en opposition avec l’amendement Wilmot, se ménageant ainsi les sympathies de ce parti. Les démocrates du Nord étaient divisés, quoiqu’ils fussent pour la plupart bivorables à la réélection de Martin Van Buren. D’un autre côté. Van Buren avait perdu la confiance des États esclavagistes en se déclarant publiquement l’antagoniste de l’annexion du Texas, et en permettant à ses amis de participer aux tentatives faites pour adjoindre l’amendement Wilmot aux bills pour le gouvernement des territoires. C’est pour(juoi, dans le but d’emjiêcher sa nomination par la convention nationale démocratique réunie à Baltimore en mai 1848, aux délégués réguliers de l’État de New -York, tous favorables à M. Van Buren, s’opposa un nombre égal de délégués sans mandat, mais se prétendant élus par la démocratie de New-York, et qui venaient combattre le candidat. Le comité chargé d’examiner les droits que pouvaient respectivement avoir les deux délégations pour siéger à la convention, décida que la délégation favorable à la candidature de M. Van Buren ayant approuvé l’amendement Wilmot ne (louvait plus être considérée comme démocratique et, par conséquent, n’avait aucun droit de siéger dans une convention de démocrates. En conséquence, les antagonistes de. Van Buren furent seuls reconnus comme constituant régulièrement la convention, et ils choisirent pour candidat à la présidence Lewis Cass, et à la vice-présidence

W. 0. Butler, du Kentucky. C’est la première fois qu’un sentiment de partialité pour l’esclavage fut invoqué comme preuve de démocratie, et ce fait contribua principalement à précipiter la crise esclavagiste aux Etats- Unis.

La guerre du Mexique avait donné au général Taylor une grande popularité. Comme il n’avait jusqu’ici pris part à aucun conflit politique, les sympathies publiques lui étaient restées invariablement attachées, et les whigs, profitant de ce sentiment populaire, le choisirent pour leur candidat à la présidence, avec Millard Fillmore pour vice-président. Mais le même élément de discorde qui avait divisé la convention démocratique vint opérer une scission dans la convention whig.

11 y avait, dans cette convention, plusieurs délégués l

des États du Nord qui représentaient ce qu’on appela l’opinion du sol libre , c’est-à-dire l’opinion hostile à l’extension de l’esclavage dans les nouveaux territoires.

Après la nomination des candidats, ces délégués présentèrent, comme amendement à la déclaration générale de principes adoptée par la convention, la résolution suivante : M Bien qu’aux termes de la constitution, le Congrès n’ait pas le pouvoir do s’immiscer, de quelque façon que ce soit, dans l’institution de l’esclavage telle qu’elle est établie dans les divers États de l’Union, il est cependant dans ses attributions et dans ses devoirs de détendre l’introduction ou l’existence de l’esclavage dans 1

les territoires possédés actuellement, ou qui pourront, - j

par la suite, être acquis par les États Unis. »

Cette motion ayant été rejetée, quelques-uns des délégués du sol libre se retirèrent immédiatement de la convention et, comme conséquence, du parti whig. Ils formèrent, avec ceux qu’on ap[jelail les démocrates du sol libre, une coalition qui résolut de lutter, en faveur du travail libre, contre les deux autres candidats. Dans

une convention convoquée à BufTalo pour le 9 août 1848, et où se rendirent des délégués de tous les États libres, ainsi que du Delaware, du Maryland, de la Virginie et du district de Columbia, fut constitué le parti du sol libre ou démocratique libre; l’ex-président Martin Vau Buren y fut choisi comme candidat à la présidence, et Charles Francis Adams, fils et petit-fils de présidents, comme candidat à la vice-présidence. La convention fit ainsi connaître sa déclaration de principes :

Il Ce parti est formé pour sauvegarder les droits du travail libre contre les agressions de la puissance esclavagiste, et assurer un sol libre à un peuple libre;

Il L’esclavage, dans les divers États de l’Union qui reconnaissent son existence, relève uniquement des lois locales, que le gouvernement généjal n’a pas le pouvoir de rapporter ou de modifier, et dont il n’assume pas la responsabilité; nous demandons, en conséquence, que le congrès n’intervienne, en aucune façon, dans la question de l’esclavage telle qu’elle se comporte dans les limites de chaque État;

Il Le seul moyen certain de prévenir l’extension de l’esclavage aux territoires actuellement libres est de prohiber, par un acte du congrès, ladite extension;

« Nous acceptons les conséquences de la voie que la puissance esclavagiste nous a forcés de prendre; et à la demande de nouveaux États esclavagistes et de nouveaux territoires esclavagistes, nous répondons tranquillement, mais d’une manière aussi formelle qu’absolue : Plus d’États à esclaves, plus de territoires à esclaves. »

Van Buren et Adams obtinrent, lors de l’élection présidentielle, 291 263 suffrages populaires; mais la majorité électorale leur fit défaut. Les candidats démocrates, Cass et Butler, obtinrent 127 votes électoraux ; les

candidats whigs, Taylor et Fillmore, en ayant réuni 163, furent conséquemment élus.

Ia» 29 mars 1848, le congrès admit le Wisconsin dans l’Union, comme trentième État, avec une conslituliou antiesclaragiste.

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