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CHAPITRE III

Administration de Taylor et de Fillmore (1849-1853).

Le président Taylor tut installé le lundi 5 mars 1849, et choisit pour ministres : John M. Clayton, du Delaware (affaires étrangères); William M. Meredith, de la Pennsylvanie (finances); George W. Crawford, de la Géorgie (guerre); William B. Preston, du Kentucky (marine); Thomas Ewing, de l’Ohio (intérieur; département créé par le congrès deux jours avant l’inauguration du nouveau président, le 3 mars 1849); Jacob Collamore, du Vermont (postes); et Reverdy Johnson, du Maryland (attorney général).

L’une des premières et des plus difficiles questions qu’eut à résoudre la nouvelle administration fut l’organisation des territoires récemment acquis, la Californie et le Nouveau-Mexique.

En février 1 848 , on commença à trouver de l’or en Californie en grande quantité, et la nouvelle de eette découverte produisit aux États-Unis une telle agitation, qu’en peu de temps des milliers d’individus étaient en route pour l’Eldorado par terre ou par mer, et que leur nombre fut bientôt suffisant pour constituer un État. Ils

tinrent une convention à Monterey, et le 1" septembre 1849, cidoptèrent une constitution renfermant une clause pour l’exclusion de l’esclavage.

Lorsque le congrès s’assembla, en décembre, la question de l’admission de ce territoire dans l’Union, en qualité d’État, avec la restriction antiesclavagiste introduite dans sa constitution, souleva un débat animé, dans lequel plusieurs membres du Sud se laissèrent emporter à des menaces de sécession et de guerre civile, au cas où l’institution de l’esclavage serait exclue des nouveaux territoires. Une grande efTervescence régnait dans tout le pays, surtout dans les États du golfe du Mexique, où le parti de la désunion avait acquis une extrême popularité. Une adresse au peuple du Sud, signée * par la plupart des memlnes du congrès appartenant aux États de cette partie de l’Union, fut publiée dans des termes qui n’étaient rien moins que conciliants. Les législatures de la Caroline du Sud et du Mississipi firent un appel tendant à la réunion d’un congrès méridional chargé de dresser un gouvernement pour « des États- Unis du Sud. » Une convention désunioniste de délégués des États du Sud s’assembla aussitôt à Nasbville.

Dans le Nord s’agitaient des sentiments tout contraires : là, on n’attaquait pas l’Union, on la défendait; et de grandes assemblées eurent lieu dans les princi[)ales villes pour protester contre toute immixtion ultérieure dans la question de l’esclavage. Dans un message au sénat, en date du 21 janvier 1850, le président Taylor constata qu’il avait lui-même conseillé au peuple de Californie de préparer une constitution, et invita le congrès à recevoir et à accueillir favorablement sa demande d’admission dans l’Union. Le Sud, toutefois, continua à s’opposer .à cette mesure : il en résulta une lutte parlementaire, la plus longue et la plus violente dont l’histoire des États-Unis fasse mention. Le parti ultra-esclavagiste,

conduit par M. Calhoun, demanda non-seulement le rejet de la Californie, mais encore, entre autres concessions, un amendement à la constitution destiné à équilibrer le pouvoir politique des Étals libres et des États à esclaves. Ce but parut pouvoir être atteint par la nomination de deux présidents, l’un des États libres, l’autre des États à esclaves, qui devaient approuver tous les actes avant que ces derniers devinssent dca lois.

La question se compliqua encore par la demande d’admission formée par le Nouveau-Mexique, et par la réclamation, faite par le Texas, d’une ligne de frontière occidentale devant englober une large portion du Nouveau-Mexique.

Enfin, un compromis proposé, dans le sénat, par Henry Clay, pour régler définitivement la question de l’esclavage, ne fut adopté qu’après une longue et orageuse discussion. Ce compromis, qui semblait devoir trancher toutes les difficultés, se formula au moyen de lois distinctes, pourvoyant :

1“ A l’admission de la Californie comme État libre;

2" Au gouvernement des territoires du Nouveau-Mexique et d’Utab, sans exclusion ou admission d’esclavage décision laissée à la population locale;

3“ Au règlement de la question des frontières du Texas ;

4" A l'abolition de la traite dans le district de Columbia ;

5" A l’arrestation et à l’extradition des esclaves fugitifs.

Dix des sénateurs du Sud, parmi lesquels MM. Mason et Hunter. de la Virginie, Soulé, de la Louisiane, et Jefferson Davis, du Mississipi, lancèrent, après le vote, une protestation finale conlrtf l'admission de la Californie. De son côté, le parti du sol libre du Nord déclara que les concessions faites au Texas et le refus d’interdire

l’esclavage clans le Nouveau-Mexique et TUtah, étaien des actes aussi injustes qu’imprévoyants; que la loi relative aux esclaves fugitifs était cruelle, immorale, et même inconstitutionnelle, en ce sens que la constitution ne donne pas au congrès le pouvoir de régler législativement cette matière, abandonnée exclusivement à la responsabilité des États particuliers.

Toutefois, la grande majorité du peuple, dans le Nord et le Sud, acquiesça au compromis comme mettant fin à un dangereux conflit. Quant à la loi des esclaves fugitifs, elle rencontra bien quelquefois de la résistance dans la population, mais elle fut pratiquement appliquée par les autorités des États où elle trouva lieu de s’exercer.

Tandis que le congrès discutait encore les lois du compromis, le président Taylor mourut après quelques jours de maladie (9 juillet 1850); fatalité singulière qui atteignit les deux seuls présidents faits par le parti wbig. 11 laissa la présidence à M. Fillmore, le vice-président, qui modifia son cabinet de la manière suivante : Daniel Webster, du Massachusetts (affaires étrangères); Thomas Corwin, de l’Obio (finances); Charles M. Conrad, de la Louisiane (guerre); Alexandre H. H. Stuart, de la Pennsylvanie (intérieur); William A. Grabam, de la Caroline du Nord (marine) ; Nathan K. Hall, du New-York (postes) ; et John J. Crittenden, du Kentucky (attorney général).

M. Fillmore signa les bills du compromis, le 9 septembre, et depuis lors, toute l’énergie de son administration fut consacrée à les soutenir et, spécialement, à mettre en vigueur la loi sur les esclaves fugitifs.

Les événements les plus importants accomplis pendant la dunie du mandat de M. Fillmore, sont ; l’invasion de Cuba, en août 1851, par une bande de « flibustiers Il de la Nouvelle-Orléans, conduits par le général Lopez, lequel fut bientôt battu, pris et exécuté avec bon nombre de ses compagnons ; la visite aux États-Unis,

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en décembre 1851, de Louis Kossuth venant réclamer pour la république hongroise des secours en argent et en hommes; une discussion avec l’Angleterre (1852), au sujet des pêcheries, discussion bientôt terminée, grâce .à des concessions réciproques; enfin le traité conclu avec le Japon par le commodore Perry, commandant une flotte américaine, et qui promettait d’ouvrir au monde le commerce de cet empire.

A l’approche de l’élection présidentielle de 1850, il devint évident que, quoique la masse du peuple eût donné une apparente approbation au compromis de 1850, la question de l’esclavage continuerait à être une source d’agitation politique. Les démocrates du Sud se divisaient en « partisans de rUnion » et « partisans des droits du Sud, » ces derniers soutenant qu’un État avait la faculté de se retirer de l’Union lorsque ses droits se trouvaient violés par le gouvernement général. D’un autre côté, les whigs du Sud, presque tous attachés à l’Union, se montraient satisfaits des mesures conciliatrices adoptées par le congrès ; tandis que les whigs du Nord, pour la majorité, au moins, combattaient la loi contre les esclaves fugitifs, tout en ne s’opposant pas à son exécution, et désiraient toujours faire, de la prohibition de l’extension de l’esclavage, l’objet de lois nationales.

La convention nationale démocratique se réunit à Baltimore, le l" juin 1852; après quatre jours de scrutin, et au quarante-neuvième tour, elle choisit pour candidat à la présidence le général Franklin Pierce, ancien sénateur des'États-Unis, qui avait commandé une brigade pendant la guerre du Mexique et qui, comme on s’en aperçut, dans la suite, entretenait des opinions favorables au Sud, relativement à l’esclavage. Les scrutins précédents avaient produit les noms de Lewis Cass et de James Buchanan ; un grand nombre de votes

lÆS ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.

s’étaient egalement portés sur William L. Marcy et Stephen A. Douglas. \Villiam R. King, de l’Alabama, fut choisi pour la vice -présidence. Dans un manifeste énonçant ses principes, la convention déclara qu’elle résisterait à toutes tentatives faites au congrès ou en dehors du congrès pour renouveler la discussion de la question de l’esclavage, sous quelque forme et sous quelque nuance que ce fût ; et qu’elle « ferait en sorte d’obtenir la fidèle exécution des mesures conservatrices adoptées par le dernier congrès, y compris l’acte relatif à l’extradition des esclaves fugitifs. »

I.a convention nationale whig se réunit à Baltimore, le 16 juin, et, au cinquante-troisième tour de scrutin, choisit pour la prtfsidence le général Winlield Scott. Les autres candidats étaient Millard Fillmore et Daniel Webster; le premier recueillit, presque jusqu’à la fin de l’élection, les suffrages de la plupart des délégués du Sud, tandis que Scott et Webster furent principalement soutenus par les délégués du Nord. A la vice-présidence, la convention porta William R. Graham. Ijsl convention déclare « que la série des actes du trente-deuxième congrès, y compris celui désigné sous le nom de loi contre les esclaves fugitifs, est acceptée parle parti whig comme réglant, en principe et en substance, de graves et orageuses questions; qu’elle repousse toute discussion

nouvelle de la question ainsi résolue, comme dangereuse pour la paix ; qu’elle fera tous ses efforts pour empêcher la continuité ou le renouvellement de cette discussion, en quelque lieu, de quelque façon et par quelque individu que ce soit. »

M. Webster et ses amis particuliers n’acceptèrent pas cordialement la candidature du général Scott, et, en divers lieux, on essaya de mettre en avant M. Webster comme candidat indépendant à la présidence, surtout les whigs, qui ne croyaient pas le général Scott et ses

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