CHAPITRE IV
Adniinistiation rt(> Franklin Piercn (1853-IS57).
Iæ président Pierce fut installé le 4 mars 1853 et plaça aux affaires étrangères, William L. Marcy, du New- York ; aux finances , James Guthrie, du Kentucky ; à la guerre, Jefferson Davis, du Mississipi; à l'intérieur, Robert Mac Clelland, du Michigan; aux Postes, James Campl)ell,de la Pennsylvanie;àlajustice,Caleb Cushing, du ^lassachusetts. Il nomma M. James Buchanaii , de la Pennsylvanie, ministre en Angleterre; M. John Y. Mason, de la Virginie, ministre en France; M. Pierre Soulé, ancien réfugié français, alors sénateur pour la l.ouisiane, ministre en Espagne.
L’une des premières questions dont la nouvelle administration eut à s’occuper, fut un débat avec le Mexique, à propos de limites : il s’agissait d’un territoire situé entre le Nouveau-Mexique et la province de Chihuahua, lequel, par suite des négociations, fut définitivement acquis par les États-Unis, dont il devint partje intégrante, sous le nom de Arizona. Le Sud ambitionnait ce territoire, parce qu’il devait fournir un tracé méridional pour le chemin de fer du Pacifique, dont on commençait alors à s’occuper. En effet, en 1853, d’après les
ordres de Jefferson Davis, ministre de la guerre, diverses expéditions se rendirent sur les lieux pour étudier les projets de tracé d’un chemin de fer du Mississipi au Pacifique.
Le congrès s’assembla en décembre 1853. En janvier 1854, M. Douglas, président du comiU! des territoires au sénat, et aspirant dès lors à la présidence, proposa un bill pour l’organisation de deux nouveaux territoires, le Kansas et le Nebraska, situés à l’ouest du Missouri et au nord de la latitude 30“ 30'. Cebill, rapportantle compromis du Missouri de 1820, permit à l’esclavage de pénétrer dans une région d’où il avait été formellement et àjamais exclu. (À'ite mesure, chaudement soutenue par l’administration et par les chefs du parti démocratique, fut non moins chaudement attaquée, dans un débat d’une longueur et d’un intérêt sans précédent, par ChaseetWade, del’Ohio, Everettet Sumner, du Massachusetts; Seward, du New- Y^ork; Fessenden, du Maine; liouston, du Texas, et Bell, du Tennessee, tous membres du sénat, où, néanmoins, la loi passa par un vote de 37 voix contre 1 4. Dans la chambre, le même bill eut, entre autres antagonistes, M. Thomas H. Benton, du Missouri, qui, sénateur pendant trente ans, était actuellement devenu représentant; il passa également par cent treize voix contre cent, et devait avoir force de loi à partir du dernier jour de mai.
L’adoption de ce bill causa, dans les États libres, une violente indignation ; on l’y accusa d’être un manque de foi flagrant, et sa mise en vigueur augmenta de beaucoup la force du parti esclavagiste.
Ces Étals ressentaient également une vive contrariété de la conférence tenue à Ostende, entre les ministres des États-Unis en Angleterre, en France et en Espagne, Buchanan, Mason et Soulé; la circulaire émanant de cette conférence proposait d’acheter Cuba à l’Espagne pour 120 millions de dollars (GOO millions de francs), et, si
cela était nécessaire, de s’en emparer de vive force. Il y était dit en propres termes ; « 11 est parfaitement clair pour tout homme qui réfléchit, que, par sa position géographique, Cuba nous appartient naturellement Si
l’Espagne, sourde à la voix de son propre intérêt et poussée par un orgueil aveugle et un faux sentiment d’honneur, refuse de vendre l’île de Cuba aux États- Unis, alors, par toutes les lois humaines et divines, nous aurons le droit de l’arracher à l’Espagne, si nous en avons le pouvoir. »
Dans le Nord, cette tentative pour obtenir Cuba parut suscitée, comme le rappel du compromis du Missouri, surtout dans le but d’étendre et de fortifier l’influence esclavagiste aux Etats-Unis. Il en fut de même de l’expédition contre le Nicaragua, organisée, par William Walker, dans les ports du Sud, aussit»)t patronée, encouragée, aidée par les chefs politiques du Sud. Walker réussit, pendant un temps, à établir au Nicaragua une sorte de gouvernement militaire, et envoya à Washington un ministre plénipotentiaire nommé Vijil, lequel fut formellement reconnu en cette qualité par le président Pierce. On crut généralement que l’objet de Walker et de ceux qui l’appuyaient était la possession d’un port méridional où ils pussent réunir et équiper une flotte destinée à envahir Cuba, projet impraticable, l’expérience l’avait prouvé, dans un port, quel qu’il fût, des États- Unis. Mais Walker finit par être chassé par les Nicaragiiiens, après avoir perdu la plus grande partie de ses compagnons d’aventure.
Comme, aux termes de la loi relative au Kansas et au Nebraska, le peuple de ces territoires était laissé libre de décider lui-même si l’esclavage y serait ou non introduit, un conflit s’éleva bientôt dans le Kansas vers lequel se portait surtout le courant de l’émigration. Après de nombreux actes de violence et une longue pé-
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riode de révoltes qui faillirenl amener une. guerre civile, le conflit se termina par l’adoption, dans le Kansas, d’une constitution excluant l’esclavage. Dans le cours des débats sur la question du Kansas, M. Sumner, du Massachusetts, prononça, dans le sénat, le 20 mai 1856, un discours contenant une attaque violente contre la Caroline du Sud, et en particulier contre l’un des représentants de cet État, le sénateur Butler. Deux jours après, dans la salle même des séances, M. Sumner fut assailli par M. Preston S. Brooks, membre du congrès pour la Caroline du Sud, et si cruellement maltraité qu’il lui fut impossible de reprendre son siège au sénat pendant la fin de cette session et pendant l’autre session tout entière.
Ce dernier événement, le rappel du compromis du Missouri , le vote de la loi contre les esclaves fugitifs, l’acquisition de l’Arizona, le projet relatif à l’acquisition de Cuba, co;itrairement aux principes de la morale et du droit des gens, la sanction donnée aux actes de piraterie de Walker, la conférence d’Ostende, tous ces faits démontrèrent à la population du Nord, ce qu’elle soupçonnait depuis longtemps, d’ailleurs, que le gouvernement se trouvait aux mains d’un parti déterminé à étendre, à tous risques, l’esclavage, et que tous autres intérêts seraient sacrifiés à la poursuite de ce résultat. Cette conviction, on le conçoit, surexcita les sentiments abolitionistes du Nord, et quand arriva l’époque de l’électioii présidentielle, en 1856, un parti anti-esclavagiste plus formidable que jamais se présenta dans l’arène. Ce parti prit le nom de républicain ; il absorba le parti du sol libre tout entier, la presque totalité du parti whig et un grand nombre de démocrates.
La première preuve qu’il donna de sa force fut l’élection, au congrès de 1855-56. de N. P. Banks, ancien démocrate, comme président (speaker) de la chambre
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des l'epréseiitants. Le parti de l’administration résista désespérément à cette élection, un grand nombre de membres du Sud menaçant, si elle s’accomplissait, de quitter la chambre et de briser l’Union. Les scrutins (ils dépassèrent cent) occupèrent exclusivement la chambre pendant plus de deux mois avant que la majorité des voix fût acquise à M. Banks, et que les travaux législatifs interrompus, pussent être repris.
Vers cette époque, le parti whig disparut, les membres de ce parti ennemi des mesures abolitionistes s’étant fondus, en particulier dans le Sud, dans une organisation secrète désignée d’abord sous le nom de « parti Know-Notbing » (de know, connaître, et nolliing, rien), et connue alors sous le nom de parti américain, à cause de son opposition à l'intrusion, dans les affaires politiques des États-Unis, de l’influence étrangère et surtout de celle des catholiques romains. Ce parti tint une convention nutionale à Philadelphie, en février 185G; après avoir virtuellement admis les principes de la lui kansasnebraska et approuvé la loi contre les esclaves fugitifs, il choisit Millard Fillmore pour candidat à la présidence.
La Convention nationale démocratique se réunit à Cincinnati, le 2 juin. Elle ciflirma de nouveau les principes adopU'^s à Baltimore en 1852, avec l’adjonction de résolutions condamnant les tendances du parti américain, reconnaissant la loi kansas-nebraska comme la seule solution raisonnable de 1a question de l’esclavage, établissant le devoir de soutenir les droits des Etats et l’Union, et donnant un assentiment général aux doctrines du manifeste d’Ostende. Les candidats pour la présidence étaient Franklin Pierce, James Buchanan, Stephen A. Douglas et Lewis Cass, Au dix-septième scrutin, M. James Buchanan, de la Pensylvanie, fut choisi à l'unanimité, et John C. Breckinridge, du Ken-
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tucky, fut désigné, à l’ unanimité également, pour la vice-présidence.
La Convention nationale républicaine se réunit à Philadelphie, le 17 juin. Elle déclara que les principes promulgués dans la déclaration d’indépendance et introduits dans la constitution fédérale sont essentiels à la sauvegarde des institutions républicaines du pays; que la constitution fédérale, les droits et l’union des États doivent être maintenus ; que la constitution confère au congrès un souverain pouvoir pour le gouvernement des territoires des États-Unis, et que l’exercice de ce pouvoir comprend le droit et le devoir de prohiber, dans les territoires, ces deux derniers vestiges de la barbarie, la polygamie et l’esclavage. John C. Fremont fut choisi pour la présidence par 359 suffrages, contre 196 donnés à John Mac Lean; le vice-président désigné fut William L. Dayton du New-Jersey.
Après un débat des plus animés, l’élection générale eut pour résultat la nomination de Buchanan et de Breckinridge, par 174 votes électoraux, contre 114 recueillis par Fremont et 8 par Fillmore. Quant au vote populaire, il se répartit comme il suit : Buchanan , 1 838 169 voix; Fremont, 1 341 264; Fillmore, 87453-'i. Ce dernier obtint les suffrages d’un seul État (État à esclaves), le Maryland; les autres États à esclaves, ainsi que le New-Jersey, la Pennsylvanie, l’Indiana, l’Illinois et la Californie, votèrent pour Buchanan ; les onze autres États libres, pour Fremont.
M. Pierce, comme ses prédécesseurs, Fillmore, Polk et Tylcr, ne fut pas soutenu par une réélection, et pour la même raison. Ces trois présidents s’étaient tellement identifiés avec les partisans de l’esclavage, que la confiance des États du Nord leur faisait complètement défaut, et qu’ils n’étaient plus possibles comme candidats.
.M. Buchanan, ministre en Angleterre, était absent
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cl’Ainériquü pendant le diflereiul du Kansas ; il avait participé aux triomphes politiques d’une ancienne génération de démocrates dont la mémoire était chère encore au Nord, et on supposa, avec raison, que l’appui qu’il trouverait dans les Étals libres, joint au vote compacte des États à esclaves, assurerait son élection. Il ne fut cependant admis comme candidat que lorsque des amis intimes eurent, dans la Convention, pris, en son nom, l’engagement d’appliquer toutes les forces du gouvernement fédéral en faveur des États libres, en cas de rupture entre les deux grandes divisions de la nation. Le discours dans lequel fut pris cet engagement se terminait par les touchantes paroles de Ruth à Noémi : « Où tu iras, j’irai; j’habiterai où lu habiteras; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » Cet engagement, JVI. Buchanan, croit-on, l’a fidèlement tenu.