CHAPITRE V
Administration de James Buchanan (18‘j7-1861).
Le président Bucbaiiun euinposa sun cabinet de la manière suivante : affaires étrangères, l^wis Cass, du Michigan; finances, Hovvell Cobb, de Géorgie; guerre, John B. Floyd, de la Virginie; marine, Isaac Toucey, du Connecticut; intérieur, Jacob Thompson, du Mississipi ; postes, Aaron V. Brown, du Tennessee; attorney général, Jérémie S. Black, de la Pennsylvanie.
L’action principale de l’administration de M. Buchanan se concentra sur le différend esclavagiste, encore vivant dans le Kansas, dans le sein des chambres et dans les législatures des Etats libres, les partisans de l’esclavage, dans le Sud, étant décidés à ne jiermettre, sous aucun prétexte, que cette institution fût législativement prohibée dans aucun autre Etat ou territoire. Sous l’influence de l’opinion publique, qui en était arrivée, peu à peu, à suspecter la justice et la constitutionnalité de la loi contre les esclaves, quelques États proposèrent des actes pour en empêcher l’exécution et pour assurer aux esclaves fugitifs le droit de jugement par le jury et l’assistance légale accordée d’habitude aux individus prévenus de crimes, (ies actes l'eçurent com-
muiiément le nom de lois de liberté individuelle; et quoique, dans aucun cas, elles n’aient été mises à exécution, leur existence devint bientôt le sujet de plaintes amères de la part des Etats du Sud contre les États du Nord.
Une constitution pour le Kansas, dont le projet lut dressé à I.Æcompton, en 1857, fut présentée au congrès dans la session de 1857-58. Les républicains la combattirent énergiquement, d’après le motif, parfaitement justifié depuis, qu’elle avait été frauduleusement préparée par le parti esclavagiste, qu’elle ne représentait pas les vœux du peuple du Kansas, et que quelques-uns de ses articles étaient artificieusement conçus de façon à introduire forcément l’esclavage dans le nouvel État, en dépit de la répugnance des habitants, l’ne puissante portion du parti démocratique, ayant à sa tète Stephen A. Douglas, se rangea, dans ce conflit, du côté des républicains, ce qui n’empêcha pas, après une lutte parlementaire d’une violence excessive, le bill Lecompton d’être adopté par le congrès, grâce au vote de la majorité démocratique, conduite, à la chambre, par Alexandre H. Stephens, de la Géorgie, et, au sénat, par Jefferson Davis, du Mississipi, John M. Mason, de la Virginie, et John Slidell,de la Louisiane. Le président pesa, sur l’adoption de ce bill, de toute son influence, prétendant qu’il pacifierait le pays, et n’empécberait pas le Kansas de devenir un État libre, si le peuple désirait l’exclusion de l’esclavage. Ce débat, toutefois, produisit un schisme dans le parti démocratique, et, éventuellement, la division de ce parti en deux sections, dont l’une reconnaissait pour chef M. Douglas, et l’autre portait à la présidence John C. Breckinridge, du Kentucky.
Une tentative faite à Harper’s Ferry (Virginie), en octobre 1859. par John Brown, du Kansas, pour pousser les esclaves à l’insurrection, fait pour lequel Brown
fut pendu pur ordre des autorités Virginiennes, le 2 décembre, causa une sensation profonde dans tout le pays, et suscita une agitation spéciale dans le Sud , où cette tentative passa généralement pour la preuve du dessein bien arrêté, dans le Nord, de détruire l’esclavage.
En 1857 et 1858, la traite africaine reçut une impulsion nouvelle de la protestation qu’éleva l’administration contre le droit exercé, jusqu’alors, par la Grande-Bretagne, de visiter,- quel que fût leur pavillon, les vaisseaux soupçonnés de se livrer à la traite. L’Angleterre se rendit aux remontrances qui lui furent faites, et le résultat immédiat fut une augmentation énorme dans l’importation des esclaves d’Afrique, dont quelques-uns furent débarqués aux États-Unis.
Antérieurement à ce fait, et dans le but d’éloigner de la côte d’.Nfrique l’escadre américaine, M. Slidell, sénateur pour la Louisiane, proposa au congrès de donner immédiatement l’avertissement préalable d’une année, stipulé dans le traité avec la Grande-Bretagne, pour la suppression delà traite; cette motion ne réunit pas le nombre de voix nécessaires et fut, en conséquence, rejetée.
Dans son message au congrès, en 1858, le président Buchanan transcrivit presque textuellement le manifeste d’Ostende, et M. Slidell demanda au sénat, le 10 janvier 1 859, d’allouer au président un crédit de 30 millions de dollars, applicable aux premières négociations pour l’achat de Cuba :
« Attendu, disait M. Slidell, que Cuba possède giiographiquemcnt une influence prépondérante sur le vaste commerce, chaque jour plus considérable, de la vallée du Mississipi ;
» .Vttendu que, dans sa présente condition coloniale, eette île continuera forcément à être une source de dommages et d’ennuis, et à mettre en péril les relations amicales entre l’Espagne et les États-Unis....
« 11 est décrété qu’uue somme de 30 millions de dollars sera mise entre les mains du président, pour être dépensée suivant son jugement... »
En même temps, M. Mason, président du comité des aflaircs étrangères, demandait que l’on conférât au président des pouvoirs discrétionnaires et la faculté d'employer les forces de terre et de mer de l’ Union de telle manière que l’intérêt du pays lui paraîtrait l’exiger, sans avoir besoin d’invoquer l’assentiment préalable du congrès.
Ces mesures ne furent pas adoptées ; mais la discussion qu’elles soulevèrent servit à définir la situation respective de leurs défenseurs et de leurs antagonistes, et à modifier profondément, dans le Nord et dans le Sud, les relations politiques des multitudes.
Dans les premiers temps de l’administration de M. Buchanan, les Mormons de l’ütab s’insurgèrent, refusant de reconnaître les agents locaux nommés par le gouvernement fédéral et de leur obéir. Une armré fut envoyée, à grands frais, au Lac Salé, et, en même temps, on entama des négociations qui empêchèrent l’effusion du sang et rétablirent la tranquillité, mais sans apporter de modifications matérielles aux prétentions des ftlormons.
Le territoire de Minnesota , d’une superficie de 216 245 kilomètres carrés, fut admis dans l’Union, en février 1857.
Deux ans après (février 1859), l’Orégon, avec une superficie de 246 645 kilomètres carrés, fut également érigé en État.
La convention nationale démocratique, pour le choix du successeur de M. Buchanan, se réunit à Charleston, • le 23 avril 1860. Après une session orageuse de dix jours, les délégués du Sud se retirèrent presque tous, sur le refus des délégués du Nord d’accéder, dans touU'
leur teneur, aux prétentions mises en avant par les esclavagistes, et ayant pour but l’introduction de l’esclavage dans les territoires. 1^ convention s’iissembla de nouveau à Baltimore, le 18 juin, sans pouvoir s’entendre, ce qui amena, comme la première fois, la sécession de la majeure partie des délégués du Sud. Elle continua toutefois sa session, et choisit, pour candidats à la présidence et à la vice-présidence, Stephen A. Douglas, de l’Illinois, et Uerschel V. Johnson, de la Géorgie.
Les délégués séparés se réunirent également en convention, le 28 juin, et désignèrent pour président John C. Breckinridge , du Kentucky, et pour vice-président, Joseph Lane, de l’Oregon.
I.C « parti unioniste constitutionnel, » comme il s’ap- ])elait alors, composé principalement du parti américain, tint sa convention nationale à Baltimore, le 9 mai. et nomma pour président John Bell, du Tennessee," et pour viee-président , Édouard Everett, du Massachusetts. Ce parti déclara que « il ne reconnaissait pas de principe politique autre que la constitution du pays, l’union des Etats, et la sanction des lois. »
La convention nationale républicaine se réunit à Chicago, le 16 mai; elle choisit pour président .Abraham Lineoln, de l’Illinois, qui avait pour compétiteurs principaux W. H. Seward, du New-York; Simon Cameron. de la Pennsylvanie; Édouard Baies, du Missouri, et S. P. Chase, de l’Ohio, llannihal Hainlin, du Maine, fut désigné pour la vice-présidence ; les autres candidats étaient Cassius .M. Clay, du Kentucky; N. P. Banks, du Massachusetts; A. H. Reeder, de la Pennsylvanie, et John Hickmaii, également de la Pennsylvanie. Cette convention déclara (|ue « les principes promulgués dans la • déclaration d’indépendanco et compris dans la constitution fédérale, sont essentiels à la sauvegarde des insti-
tulions républicaines, et que la constitution, l’union et les droits des États doivent être et seront maintenus. »
Elle déclara aussi « que le maintien inviolable des droits des États, particulièrement du droit qu’a chaque État d’ordonner et de contrôler ses propres institutions, exclusivement selon ses propres inspirations, est essentiel à l’équilibre des pouvoirs sur lequel sont fondées la perfection et la durée de l’organisation politique du pays. » Elle condamna comme illégale et injustifiable l’invasion de la Virginie par John Brown; déclara que « ce nouveau dogme suivant lequel la constitution, par sa propre force , établit l’esclavage dans un ou dans la totalité des territoires des États-Unis, est une hérésie politique dangereu.se », et elle refusa « au congrès, aux législatures locales, ou aux individus, le pouvoir de donner à l’esclavage une existence légale dans aucun des territoires des États-Unis. »
A l’élection présidentielle de novembre 1860, M. Lincoln obtint les votes électoraux de tous les États libres à l’exception de trois votes du New-Jersey, donnés à .M. Douglas), s’élevant ensemble, à 180, et fut élu. 1^ Virginie, le Kentucky et le Tennessee (39 voix) votèrent pour M. Bell; le Missouri (9 votes) et le New-Jersey (3 votes), pour M. Douglas; les autres États à esclaves ■72 votes J pour .M. Breckinridge. Le vote populaire fut : pour Lincoln, 1 857 010 voix; pour Douglas, environ 1 3G5 976 ; pour Breckinridge, 847 952, et pour Bell, 590 631.
Le 10 novembre, quand ce résultat fut connu, la législature de la Caroline du Sud ordonna l’élection d’une convention chargée de considérer la question de la sécession. Cette convention s’assembla le 17 décembre, et le 20, elle adopta une ordonnance de sécession déclarant que « l’Union existant actuellement entre la Caroline du Sud et les autres États, sous le nom d’États-
Unis d’Amérique, est dès à présent dissoute. » Un exposé des motifs de la sécession fut, en même temps, dressé. Il y était dit : « Nous affirmons que quatorze des États ont formellement refusé, depuis de longues années, de remplir leurs obligations constitutionnelles, et nous en trouvons la preuve dans leurs propres lois.... Dans beaucoup de ces États, l’esclave fugitif est déchargé de son travail, et dans aucun le gouvernement local ne s’est soumis aux stipulations prescrites par
la constitution Ainsi l’union constitutionnelle a été
formellement brisée et méprisée par les États abolitionistes; il suit de là que la Caroline du Sud se trouve dégagée de ses obligations. » Cette déclaration ne fait aucune allusion aux tarifs ou à quelque cause de mécontentement autre que celles mentionnées ci-dessus ; mais elle ajoute à ses griefs « l’élévation à la dignité élevée de président des États-Unis d’un homme dont les opinions et les desseins sont hostiles à l’esclavage. » Dans un discours prononcé à Milledgeville, huit jours, à peine, après l’élection du président Lincoln, M. .Vlcxandre H. Stephens', de la Géorgie, qui fut, pendant longtemps, un des membres du Sud les plus distingués du congrès, définit ainsi les motifs allégués parle Sud pour refuser de reconnaître la nouvelle administration :
« Je ne suis pas de ceux qui croient que l’Union nous a été funeste. Où trouveriez-vous soit en Europe, soit en Asie, ou dans le reste de l’Amérique, un gouvernement qui ait, dans tous les temps, depuis qu’il existe, et dans toutes les circonstances, respecté et protégé plus efficacement les libertés du peuple? Je dirai même qu’à mon avis nous avons trop de liberté, nous avons une trop grande abondance de biens dont nous sommes indignes. « .... Mon ami M. Tombs fait valoir, comme l’un des