CHAPITRE VI
Administration d’Abraham Lincoln (1861-1863).
I.e président élu quitta sa résidence de Springfleld JIlinois), dans les premiers jours de février, afin d’arriver à Washington à temps pour son installation, le 4 mars, après avoir fait de courtes visites aux principales villes placées sur sa route. Quand il arriva à Philadelphie, il recul l’avis d’un complot formé pour l’assassiner, à son passage par Baltimore, et, sur le conseil du général Scott et du sénateur Seward, il résolut de ne se rendre qu’à deux des invitations qu’il avait acceptées, l’une desquelles avait pour objet d’arborer un drapeau sur Independance-Hall, à Philadelphie', cérémonie qu’il voulut accomplir, quand bien môme, dit-il, cela devrait lui coûter la vie.
11 partit ensuite pour Ilarrisburg, où la législature de la Pennsylvanie le reçut officiellement. A six heures du soir, il monta secrètement dans une voilure qui le conduisit à l’einbarcadère, où l’attendait un train spécial, et retourna à Philadelpliie. Dès (jue le train se mit en route, les fils télégraphiques furent coupés, afin que le
1. C’est dans ce monument que fut signée la déclaration d’indépendance, en 1776.
LES ÉTATS-UNIS D'AMÉHIüüE.
départ du président, quand il serait connu, ne pût être divulgué au loin. A Philadelphie, le 'président et le marsball Lanion, de Washington, son seul compagnon, montèrent dans un wagon-salon du train pour W ashington, et ils arrivèrent dans la capitale fédérale, le lendemain 23 février, à six heures du matin.
Une foule immense s’etait portée à la station de Baltimore, et sa conduite, lorsque passa le train dans lequel, croyait-on, se trouvait le président, ne laissa aucun doute sur ses intentions et justifia les précautions prises par M. Lincoln pour atteindre Washington. Q’tte preuve manifeste des projets désespérés formés j)ar les ennemis de la nouvelle administration rendit nécessaire la présence, dans la capitale, d’une certaine force militaire, pour prévenir les troubles de même nature, lors des cérémonies de l’inauguration. Mais tout se passa tranquillement, le 4 mars, au Capitole, suivant l’usiige.
Dans le discours qu’il prononça à cette occasion, le président déclara que l’entrée au pouvoir d’une administration républicaine ne donnait aux États du Sud aucun motif de craindre une attaque contre leurs droits.
« Loin de moi, dit-il, l’idt« de m’immiscer, directement ou indirectement, dans l’institution de l’esclavage dans les États où elle est en vigueur. Je pense n’avoir pas ce droit, et je n’ai pas l’intention d’agir ainsi. Ceux qui m’ont choisi et élu savaient parfaitement que j’avais maintes fois fait une semblable déclaration, et que jamais je ne m’étais rétracté. » Il chercha ensuite à prouver qu’aucun État, de son propre mouvement, n’a le droit de se retirer légalement de l’Union ; que toutes les résolutions ou ordonnances qui concourent à cette fin, sont légalement nulles ; et que tous actes de violences, commis par un ou plusieurs États contre l’autorité des États-Unis, constituent, suivant le cas, rinsurreclion ou la révolution. « Je pense donc, ajoula-t-il, qu’en ce
qui concerne la constitution et les lois, TUnion n’est pas dissoute; et, dans la limite de mes pouvoirs, je veillerai , comme la constitution me l’ordonne expressément, à ce que les lois de TUnion soient fidèlement exécutées dans tous les États. »
■M. Lincoln choisit pour ministres William H. Seward, du New- York i affaires étrangères); Salmon P. Chase, de l’Ohio (finances); Simon Cameron, de la Pennsylvanie (guerre); Gidéon Welles, du Connecticut (marine); Caleh B. Smith, de l'Indiana (intérieur); Edouard Rates, du Missouri (attorney général); et Montgomery Blair, du Maryland (postes).
Les États séparés s’efforcaient énergiquement, de leur côté, d’organiser un gouvernement et de trouver les moyens de le soutenir. Le 4 février 1861, un congrès composé de délégués de la Caroline du Sud, de la Géorgie, de la Floride, de l’.Mahama, du Mississipi et de la Louisiane, se réunit à Montgomery (.\labama) et choisit Ilowell Cobb pour président. Le congrès adopta, pour le gouvernement provisoire des « États confédérés d’.\mérique, » une constitution dont les traits généraux étaient identiques à celle des États-Unis. I.a constitution définitive et permanente fut adoptée, peu après, le 1 I mars. Ce dernier document, dans presque toutes ses parties, imite servilement les termes et la disposition delà constitution des États-Unis. Ijis divergences principales sont comprises dans les clauses suivantes : a Le congrès peut, par une loi, accorder au premier agent de chacun des départements de l’exécutif, un sit^e dans les deux chambres, avec le droit de discussion sur les mesures relatives à son département. >i
« Aucunes primes ne seront accordées par le trésor, aucunes taxes, aucuns droits sur l'importation ne seront établis pour encourager ou protéger quelque branche d'industrie que ce soit. «
LES ÉTATS-UNIS n’AMÉRIQUE.
« Ivcs citoyens de chaque État.... auront le droit de transit et de séjour dans tout État de la confédération, avec leurs esclaves, leurs meubles ou immeubles; et jamais il ne sera porté atteinte au droit de propriété sur lesdits esclaves. »
0 l^s esclaves ou les individus contraints au service ou au travail dens tout État ou territoire de la confédération, d’après les lois locales en vigueur, qui se seront enfuis ou auront été légalement conduits dans un autre État, ne pourront, en conséquence des lois et règlements existant dans ledit État, être déchargés de leur service ou travail, mais seront rendus sur la réclamation des propriétaires desdits esclaves ou de ceux à qui sont dus lesdits service et travail. »
Il Les États confédérés peuvent acquérir de nouveaux territoires Dans ces territoires, l’institution de l’es-
clavage africain, telle qu’elle existe actuellement dans les Etats confédérés, sera reconnue et proU'gée par le congrès et par le gouvernement territorial; et les habitants des divers États confédérés et territoires auront le droit de conduire, dans les territoires acquis, les esclaves qu’ils possi'dent légalement dans un des États ou territoires de la confédération. »
I.a constitution défend au gouvernement confédéré toute modification intérieure; les retraits d’emploi, à l’oxeeption des charges ministérielles, doivent être justifiés et soumis au sénat avec un exposé de motifs; enfin, le mandat du jirésident et du vice-président se prolonge pendant six années, le président n’étant pas rééligihle.
I.e congrès élut, à l’imanimité, pour président Jefferson Davis, et pour vice-président .Mexandre H. Stephens, fous deux furent installés le 1S février. Robert Toomhs, de la Géorgie, fut chargé du portefeuille des affaires étrangères; Charles G. Meinminger, de la ('.aroline du Sud, de celui des finances; L. Pope Walker, de celui de
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la guerre, et John H. Reagan, du Texas, de celui des postes. Le cabinet se modifia, dans la suite, par la substitution de R. M. T. Hunter, de la Virginie, à Robert Toombs, au département des affaires étrangères, par la nomination, à la marine, de Stephen R. Mallory, de la Floride, et par celle de Judab P. Benjamin, de la Louisiane, aux fonctions d’attorney général.
Dans un discours prononcé àSavannab, M. Stephens expliqua ainsi les principes sur lesquels était fondé le nouveau gouvernement.
Il La nouvelle constitution a apaisé pour jamais tous les ferments de discorde inhérents à nos institutions, — l’esclavage africain tel (ju’il existe actuellement parmi nous, le status particulier du nègi'c dans notre forme lie civilisation, (^e fut la cause immédiate de la dernière rupture et de la présente révolution. Jefferson, dans sa sagesse, avait prévu que ce serait la pierre d’achoppement
contre laquelle trébucherait la vieille Union Il avait
la conviction, et les chefs jtoliti(jues du temps de la formation de l’ancienne constitution la partageaient , que la réduction à l’esclavage de l’Africain était une violation flagrante des lois naturelles; que cet acte était une faute, en princi|ie et aux points de vue social, moral et politique Notre nouveau gouvernement a pour
base des idées diamétralement opposées ; ses fondements sont établis, sa pierre angulaire repose sur cette grande vériu'“ que le nègn* n’est pjis l’égal dublanc, et que l’esclavage, sujétion à une race siqx'rieure, est la condition normale et naturelle du nègre. Notre gouvernement est le premier, dans I histoire du monde, qui ait pris pour principe fondamental ce fait incontestablement vrai, physiquement, philosophi<piement et moralement. »
Une armée confédérée fut organisée; on mil à sa tète des officiers sortis de l’armée des Ûtals-Unis par suite de la sécession des États auxquels ils appartenaient par
droit de naissance ou à titre de citoyens. 1æ d mars, on chargea un de ces ofliciers, le général P. G. T. Beauregard, ancien major de l’armée régulière, d’aller prendre, à Charleslon, le commandement des forces confédérées. peu près à la même époque, des commissaires furent envoyés en Angleterre, en France, en Russie et en Belgique, pour y poursuivre la reconnaissance des Etats confédérés en qualité de puissance indépendante. Trois autres commissaires partirent pour Washington. Ils y arrivèrent le 5 mars, mais ils ne furent ni reçus, ni reconnus officiellement.
Iaj 8 avril, le gouvernement deWashington, en conséquence d’un accord antérieur, notifia au général B*\turegard son intention de ravitailler le fort Sumter; de leur côté, les autorités confédérées ordonnèrent au général d’essayer d’emporter cet ouvrage. 1æ feu fut ouvert le 12; après un bombardement de trente- quatre heures, le major Anderson capitula avec tous les honneurs de la guerre, et s’embarqua, en destination de New- York, avec toute la garnison.
1/' jour suivant (15 avril}, le président Lincoln lança une proclamation demandant aux gouverneurs des différents États de fournir, pour un service de trois mois, 75 000 hommes destinés à contribuer à la réoccupation des forts, arsenaux et autres propriétés fédérales capturés par les séparatistes. \j& Nord tout entier se leva comme un seul homme. I>a première compagnie quitta Boston le jour même, et le 0'' régiment de milice du Massachusetts partit pour Washington le lendemain.
Les gouverneurs de la Virginie, de la Caroline du Nonl, du Tennesset', du Kentucky et du Missouri refusèrent de fournir leur contingent ; mais cette lacune fut plus que comblée par les autres États, 77 000 hommes se trouvant réunis sous le drapeau dans un espace de temps incroyahlement court.
LES ^rrAÏS-L'iNlS D'AMÉRiyUE.
Le Sud, affectant de considérer cette concentration cüinuie une déclaration de guerre, commença à diriger des troupes sur la Virginie, sans aucun doute, dans le Inil de s’emparer de Washington et d’assurer à la confédération l’adhésion indécise des États frontières ( Border States). Mais la capitale se trouva bientôt couverte par une force trop considérable pour être entama, et une insurrection projetée dans le Maryland fut étouffée dans son germe par la promptitude d’action du général B. F. Butler, du Massachusetts; il courut à Baltimore, avec les troupes du Nord stationnées à Annapolis, et occupa Federal-IIill qui, avec le fort Mac Henry placé dans la rade, commande complètement la ville. Mais aiif)aravant, deux régiments, l’un du Massachusetts, l’autre de la Pennsylvanie, avaient été, à leur passage dans Baltimoi'e, assaillis par la foule (19 avril), et il en était résulté quelques morts.
l.a convention d’État de la Virginie, alors en séance, rendit une ordonnance de sécession, (}ui devait avoir son effet après ratification par le peuple; mais avant même que cette ratification eût pu être donnée, l’État et toute sa milice furent placés sous le contrôle du gouvernement confédéré. Ix Tennessee adopta une mesure identique; et cependant, dans l’un et l’autre de ces État.s, rUnion comptait des sympathies aussi ardentes que nombreuses; le Tennessee oriental et la Virginie occidentale avaient, presque unanimement, conservé leur loyauté, et la dernière demanda, dans la suite, son admission dans l’Union, comme État distinct.
Le gouverneur du Maryland , après avoir d’abord conseillé à l’État de garder la neutralité, finit par appeler le contingent que réclamait de lui le président.
1/ Arkansas se sépara le fi mai, et la (iaroline du Nord le ‘21 . Ijd Missouri et le Kentucky adoptèrent la neutra-
litfi. Le nombre des États séparés, à celte époque, s’élevait à onze, chiffre qui ne fut jamais dépassé.
Le congrès confédéré s'ajourna, à Montgomery, le 21 mai, en décidant qu’il se réunirait à Richmond, le 20 juin. Antérieurement à cet ajournement, une constitution permanente avait été dressée et ratifiée par les États, en remplacement de la constitution provisoire précédemment adoptœ. Dans le même temps, les confédérés continuèrent à saisir tous les postes militaires sur lesquels ils pouvaient mettre la main. L’arsenal de Harper’s Ferry, en Virginie, tomba en leur |>ouvoir, le 18 avril, la garnison ayant, au préalable, mis le feu aux constructions et détruit la plus grande partie des armes. Ils firent également des préparatifs pour s’empare'r de l’arsenal maritime de Gosport, près de Norfolk (Virginie), où se trouvaient alors, outre quelques navires hors de service, la frégate à vapeur Merrimac^ le transport à trois ponts Pennaylvania, les sloops de guerre Germanlown, Plymoulh et Cumberland^ et le brick Dolphin. 1a?s officiers commandants, désespérant de pouvoir défendre cet arsenal, mirent le feu au Penns;ilvania (20 avril), et sabordèrent tous les autres navires, à l’exception du Cumberland, qu’ils réussirent à faire sortir de la rade. 1^8 constructions de l’arsenal furent en partie incendiées, mais l’artillerie et lesmunilions, qui s’y trouvaient accumulées en quantités considérables, tombèrent aux mains des confédérés. Le Merrimac aussi avait relativement peu souffert; il fut relevé, cemvert d’une armature de fer, et devint par la suite une formidable machine de guerre.
Ix! gouvernement fédéral se trouvait .dors dans une position extrêmement critique. Il ne manquait pas de soldats, mais les armes lui faisaient piesque absolument défaut. Depuis la prise de llarper’s Ferry, il ne lui restait plus qu’un seul arsenal de construction, celui de
Springfield (Massachusetts); sa marine était disséminée dans les diverses parties du monde; presque tous les officiers des armées de terre et de mer, nés dans le Sud, avaient donné leur démission, et les départements ministériels regorgeaient de personnes d’une loyauté au moins douteuse. Le gouvernement fit immédiatement acheter des armes à l’étranger; les manufactures particulières des États du Nord fabriquèrent sans relâche; les navires en mission furent rappelés, et le ministre de la marine s’occupa activement à acheter ou commissionner des bâtiments de commerce et à les équiper en navires de guerre.
Le 19 avril, le président proclama le blocus de tous les ports des États séparés. Le 3 mai, il fit un appel de 42 000 volontaires, pour un service de trois années, ou pour toute la durée de la guerre , augmenta de 22 7 1 4 hommes les cadres de l’armée de terre, et de 18000 matelots ceux de la marine. Les individus convaincus ou soupçonnés de trahison furent arrêtés par ordre du ministre des affaires étrangères et renfermés dans les forts nationaux, et les agents militaires reçurent l’ordre de méconnaître tout rescrit A'Iw.beas corpus ayant pour objet l’élargissement de ces prisonniers.
24 mai, les foi-ces nationales entrèrent en Virginie et s’emparèrent des hauteurs d’Arlington et d’Alexandria, sur le Potomac, en face de Washington. Peu après, Mac Clellan, avec les troupes de l’Ohio et de l’Indiana, envahit la Virginie occidentale.
Le gou vernemen t confédéré déli vra des lettres de marque et de représailles, et, pour obliger les nations étrangères à lever le blocus, il prohiba l’exportation du coton par tous autres ports que ceux du Sud. Les troiqx's disponibles furent, pour la plus grande partie, poussées en avant, et placées sur une ligne traversant la Virginie, de llarper’s Ferry a Norfolk. lA*ur position la plus solide-
ment établie se trouvait à Manassas Junction, sur la route directe de Washington à Richmond, où le sié.ge du gouvernement avait été établi en juillet, le vote du peuple de la Virginie ayant, le 23 mai, ratifié l’ordonnance de sécession. En même temps, des batteries furent élevées le long de la rive droite du Potomac, ce qui obligea le gouvernement fédéral à conserver sur le fleuve, jusqu’au printemps de l’année suivante, une force navale considérable.
En juin, et dans les premiers jours de juillet, plusieurs engagements sans importance eurent lieu dans la Virginie orientale, généralement à l’avantage des fédéraux; tandis que, dans la Virginie occidentale, les victoires de Mac Clellan, de Kelley de Dumont, de Rosencrans et de 'Lânder à Pbilippi, Rich-Mountain et autre.s lieux, rendirent les fédéraux maîtres absolus de cette portion de l’État. Vers le milieu de juillet, les troupes jtostées dans et autour de Washington et s’élevant à 40 000 hommes, sous le commandement du général Irvin Mac Dowell, commencèrent à se mouvoir dans la direction de Manassas Jonction, où le général Beauregard s’était retranché avec 27 000 hommes. En môme temps, le général Patterson avait été placé à Winchester, à 80 kilomètres nord-ouest de Manassas, avec ordre de tenir en échec le général Joseph E. Johnston, stationné dans cet endroit avec IG 000 hommes. Le corps d’armée de Mac Dowell se trouva tellement réduit par la nécessité de tenir ouvertes ses lignes de communication, par le départ des engagés pour trois mois et par d’autres causes, qu’en arrivant à Bull Run, petit ruisseau près de Manassas, il n’avait plus que 18 000 hommes.
C’est là que se livra la sanglante bataille du 21 juin. La victoire resta aux fédéraux jusqu’à la fin de l’aprèsmidi, moment où le général Johnston ayant éludé la surveillance de Patterson , et opéré sa jonction avec
Beauregard, une terreur panique s’empara de l’armée nationale, qui fut mise dans une déroute complète. Les pertes des fédéraux s’élevèrent à 481 tués, 1011 blessés, 1200 prisonniers, 27 pièces de canon et 4000 fusils; celles des confédérés, suivant le rapport officiel, à 2G0 tués et 1483 blessés. Le jour suivant, le général .Alac Clellan fut placé à la tète de l’armée du Potomac; il passa tranquillement le reste de l’été et tout l’hiver à léorganiser et à discipliner son armée.
Immédiatement apiès la bataille de üull’s Run, le congrès réuni en session spéciale, le 4 juillet, vota l’appel de 500 000 bommes, pour trois années, et les États loyaux répondirent à cet appel avec plus d’enthousiasme encore qu’après la chute du fort Sumler.
Le IG août, le président lança une proclamation défendant toutes relations avec les États séparés. Le même Jour, le général Wool prit le cominandenient du fort Monroe, où une force considérable, composée de soldats (lu Nord, se concentrait depuis quehpie temps, sous les ordres du général Butler.
Peu après la bataille de Bull's Run, l’armée du Sud avança ses lignes jusqu’à une portée de canon de Washington, l’arinée fédérale restant campée, partie sur les hauteurs d’Arlington, partie sur la rive septentrionale du Potomac, en amont et en aval de Washington.
Les opérations militaires s’accomplissaient avec des fortunes diverses, dans d’autres parties du pays. Les 28 et 29 août, les forts llatteras et Clark, dans le goulet d’Hatteras, la principale issue du détroit de Painlico. sur la côte de la Caroline du Nord, furent bombardés et pris par une expédition navale sous les ordres du commodore Striugliam; et le jour suivant, les confédérés évacuèrent le fort Morgan, dans le gctulel d’Ocracoke, autre issue des mêmes eaux. Une autre expédition navale, sous les ordres du capitaine Samuel F. üupont, eonsisUint en
84 navires et transports, et portant 20 000 hommes de débarquement commandés par le général T. VV. Sherman, mit à la voile d’Hampton-Roads, le 29 octobre, pour Port-Royal, près de Beaufoi t ('Caroline du Sud), et le 7 novembre, attaqua les forts Walker et Beauregard, à l’entrée de la rade. L’attaque faite par IG bâtiments rangés en ellipse entre les deux forts, et faisant alternativement feu sur l’un et sur l’autre, eut, après un combat de trois heures, pour résultat la fuite précipitée d(-s garnisons confédérées, qui abandonnèrent aux vainqueurs de 40 à 50 canons. La plus belle rade des côtes du Sud devint ainsi un point de ralliement pour la flotte de blocus, et une base favorable pour les opérations futures.
Pendant que s’accomplissaient ces événements, le Missouri était tornl)é dans un état presque anarchique. Malgré la neutralité que Llïtat s’était décidé à conserver, le gouverneur, Claiborne F. Jackson, et la majorité di* la législature, agissaient dans l’intérêt de la Conft'nJération du Sud. A l’approche des troupes fédérales, .lackson et les membres dissidents de la législature quittèrent précijiitamment Jefferson City, le siège du gouvernement, et furent déf)osés par une convention d’État (30 juillet), qui nomma Ilamilton R. Gamble gouverneur provisoire. Jackson se rendit dans l’Arkansas où se concentraient, sous le général Mac Cullocb, des troupes confédérées destinées à envahir le Missouri. Ix* 5 juillet, un détacbement de ces troupes, sous les ordres du général Rains, fut défait à Carthage, dans la partie sud-ouest du Missouri, par le colonel (maintenant général) Sigel; et, le 10, dans la même partie de l’Etat, à Wilson’s Creek, ou Diig Sj)iing, près de Springfield, eut lieu un autre combat où fut tué le général fédéral Lyon. Uï colonel Sigel, aiupiel incomba alors le commandement, recula vers Holla, près du centre de l’Etat, et toute la partie
sud du Missouri, avec ses riches mines de plomb, fut ainsi entière abandonna à rennemi.
Pendant ce temps, le général ï'remont avait été investi du commandement du département militaire de l’Ouest (9 juillet), et, le 31 août, il mit en état de siège toute la portion du Missouri occujié*e par l’armée nationale. Un des incidents les plus mémorables du conflit dans le Missouri fut la défense de lAîxington, sur la rivière Missouri, dans l’ouest de l’État, où 270Ü hommes, sous les ordres du colonel James B. Mulligan, tinrent pendant trois jours contre les 20 000 hommes du général Sterling Price et ne se rendirent (20 septembre) qu’après avoir souffert, pendant deux jours entiers, du manque absolu d’eau, leurs communications avec la rivière ayant été coupées. Un mois plus tard, Fremont entra en campagne, après avoir, avec des difficultés extraordinaires, organisé son armikî; mais avant qu’il eût entrepris aucune opération décisive, il fut remplacé (2 novembre) par le général Hunter, et l’armée de l’Union recula de nouveau vers Saint-Louis, suivie pas à jias par les forces du général Sterling Price. I.e 18, le général llalleck prit le commandement du département, et à la lin de décembre, Price, en pleine retraite, se dirigeait sur l’Arkansas, après avoir jierdu, en quelques jours, 2500 prisonniers et une grande quantité d’approvisionnements.
Vers le 1" octobre, l’armée confédéré^} stationna devant Washington commença à se replier, et les lignes nationales furent jioussées en avant. Le 21, une portion du corps d’armée du général Stone ayant passé le Potomac à Ball’s Bluff ou Edward’s Ferry, à mi-chemin, à peu jirès, entre Harper’s Ferry et Washington, fut désastreusement battue par le général confédéré Evans, et perdit 900 hommes sur un effectif de 2l00. I.e colonel E. D. Baker, sénateur des États-Unis pour l’Orégon , resta parmi les morts.
Ia* 1" novembre, le général Scoll, commandant en chef des armées des États-Unis, sc retira du service actif et fut remplacé par le général George B. Mac Clellan.
Vers ce temps les unionistes du Tennessee oriental qui, jusque-là, avaient été tenus en respect par les séparatistes, commencèrent à donner des marques de loyauté envers l’Union en détruisant un certain nombre de ponts qui servaient de communications entre les divers corps confédérés.
IjC 6 novembre eut lieu, dans les États du Sud, sous l’empire de leur constitution définitive, l’élection du président et du vice-président. Davis conserva la présidence et Stephens la vice-présidence pour six années. Ils furent installés au mois de février suivant.
I>e 8 novembre, le capitaine Charles Wilkcs, commandant la frégate SanJacinlo. en donnant la chasseàdes corsaires dans les Indes occidentales, intercepta lesteamerposteaiiglais Trenl. parti delà Havane pour Southamptou, et, sur sa propre responsabilité enleva, de force, pour les transporter à son bord, MM. Mason et Slidell, commissaires des États confédérés en Angleterre et en France. Ce fait, considéré par la Grande-Bretagne comme une insulte à son pavillon, souleva contre les États-Unis l’opinion publique, et la guerre avec l’Angleterre parut, un instant, imminente. Mais le président décida que les commissaires seraient rendus au ministre d’.Angleterre, déclarant que ces commissaires étaient bien réellement itontrebande de guerre, conformément aux principes que le gouvernement anglais avait récemment maintenus et jamais ouvertement rétractés; mais que, eu égard aux prescriptions du droit des gens auxquelles les États- Unis s’étaient toujours scrupuleusement conformés, le capitaine Wilkes n’avait le droit d’enlever les commissaires qu’en saisissant également le navire qui les por-
tait et en le conduisant au port où la capture en aurait été ratifiée par une cour des prises.
I>c 20 décembre, le brigadier général Ord défit les confédérés à Dranesville, sur la route de Washington à Leesburg, en leur faisant subir des pertes considérables.
A la fin de l'année, les Etats-Unis avaient enrôlé environ 040 000 hommes, non compris les 77 000 hommes de milice appelés en avril et qui avaient été congédiés après leurs trois mois de service; dans ce chiffre ne figure pas non plus l’armée régulière qui, à ce moment, s’élevait à 20 000 hommes. En juillet, suivant les rapports officiels, l’armée confédérée comptait 21 0 000 hommes, et le président Davis avait reçu l’autorisation de faire un nouvel appel de 400 000 volontaires.
Ives hostilités s’étaient étendues sur la totalité de la ligne frontière séparant les Étals loyaux des États séj)arés , et des deux côtés on se préparait à disputer vigoureusement la possession du fleuVe Mississipi. I^s troupes fédérales avaient pris pour base de leurs opérations le Caire (Illinois), au confluent de l’Ohio et du .Mississipi, et, d’après les ordres du ministère de la guerre, équipaient sur ce point une flotte formidable de canonnières. Les confédérés étaient maîtres de tout le coui’s du fleuve, depuis son embouchure jusqu’à quelques kilomètres du Caire, en aval.
Ixs deux armées avaient jusqu’ici respecté la neutralité du Kentucky; mais, vers le septembre, l’évêque Polk, de la Louisiane, commissionné major général dans l’armée confédérée, occupa Hickman et Colombus, sur le Mississipi, et s’y retrancha. Le général Grant, commandant les forces fédérales au Caire, répondit immédiatement à cette violation de territoire en s’emparant de Paducah, ville située sur l’Ohio, un peu au-dessous du confluent du Tennessee. Le général Zollicoffer, qui
avait coiuluil des troupes confédérées du Tennessee dans le sud-est du Kentucky, fut battu, le 21 octobre, à (^anip-Wild-Cîit , par un petit corps de fédéraux sous les ordres du général Schoepf. De leur côté, les confédérés, sous le général Buckner, occupèrent Bowling- Green, place naturellement très-forte, à l'intersection du chemin de fer de Memphis et de Nashville àLouisville.
Camp-NVild-Cat et Bowling -Green faisaient partie d’une ligne de positions commençant au Mississipi, traversant le Kentucky méridional et le Tennessee septentrional, et aboutissant à Cumberland-Gap , important défilé fies monts Cumberland, près du point où la frontière occidentale de la Virginie louche la limite qui sépare le Tennessee du Kentucky. Ia>s principales positions milihiircs de cette ligne étaient Columbus sur le Mississipi , le fort Henry sur le Tennessee , le fort Donelson sur le Cumberland, Bowling-Green et Mill- Spring dans le Kentucky méridional.
Le 17 décembre, le combat de Mumfordvillc, sur le Green River, pre.sque au centre du Kentucky, se termina à l'avantage des fédéraux; et, le 19 janvier 1 802, h* général Thomas remporta une victoire encore plus décisive, à Mill-Spring ou Somerset, sur l'armée de Zollicollér, commandée alors en clicf par le général George B. Crittenden. Zollicolfer fut tué dans le comhal.
Ix 20 janvier, Simon Cameron donna sa démission de, ministre de la guerre et fut remjdacépar Ldwin M. Stanton, de la Pennsylvanie.
Le 6 février, le capitaine Foole, avec une flotte de canonnières, s’empara du fort Henry, et lit j)rlsonniers de guerre le général Tilghman, son état-major et environ 00 soldats.
Ixî 15, les forces confédérées évacuèrent Iktwling- Green et se retirèivnt au fort Donelson. Attaqué le même jour, le fort se rendit, le 10, au général Grant, avec le
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fîéiiérai Burkncr et toute son armée, composée de 1 6 000 hommes.
Ces succès eurent pour conséquence l’évacuation de Nashvillc (Tennessee) le 25 février, et de Columbus le 1 "mars. Les fédéraux devinrent ainsi maîtres de la totalité du Kentucky et d’une partie du Tennessee. La législature et les membres de l’exécutif du Tennessee, s’enfuirent de Nashville à Memphis, et le sénateur Andrew Johnson, du Tennessee, fut nommé, par le président Lincoln, gouverneur militaire de l’État, avec le rang de brigadier général. Les comtés de l’Ouest du Tennessee, aussi bien que ceux de l’Est, manifestèrent pour TUnion des sympathies d’une vivacité tout à fait inattendue; la municipalité de Nashville pria le maire d’arborer le drapeau des Etats-Unis sur tous les bâtiments pidilics (14 .avril), et un grand nombre des principaux citoyens réclamèrent (4 mai) une assendilée publique qui serait chargée de prendre des mesures pour la restauration de l’autorité fédérale dans le Tennessee.
Pendant que s’accomplissaient ces événements, une autre expédition navale et militaire fut organisée et placée sous les ordres du général Burnside. Elle mit à la voile, à llampton-Roads, le 12 janvier, entra dans le détroit de Pamlico par le goulet d'IIatleras, et attaqua l’île de Roanoke, qui sépare les détroits de Pamlico et d’Alhemarle, et que les confédérés avaient fortifiée d’une manière formidale. Iæ feu fut ouvert, le 7 février, par la flottille de canonnières du commodore Goldsborough. Pendant le bombardement les troupes débarquèrent, assaillirent les retranchements et obligèrent 2500 ennemis à déposer les !irmes. I>e8, la flottille remonta ledétroitjusqu’à Elizabeth City (Caroline du N’ord); sur les sept canonnières composant la flottille confédérée, elle en prit une et en coula quatre, et s’empara de différentes villes de la Caroline du Nord. I>e 14 mars, le général Burnside prit
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f.ES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE.
Newbeni (Caroline du Nord), après uii vif combat, cl s’empara de 200 prisonniers et de 64 canons. Immédiatement après, il se dirigea vers Beaufort, le meilleur port de l’État. La ville ne fit aucune résistance; mais le fort Maçon, qui défend l’entrée de la rade, tint jusqu’au 25 avril.
Des expéditions, dirigées de Port-Royal sur la cûte de la Floride, sous les ordres du capitaine Dupont, occupèrent, presque sans résistance, les principaux ports de cet État. I .es fédéraux marchèrent ensuite sur Savannab. Le fort Pulaski , sur la rivière Savannah, la plus forte défense de la ville, fut pris le 1 1 avril; mais les troupes fédérales bornèrent leur mouvement offensif à la prise de ce fort.
Le 13 février, l’aile droite de l’armée du Potomac, sous le général Banks, traversa le fleuve, à Harper’s Ferry, et s’avança vers Cliarlestown.
Le 6 mars, le général Mae Clellan commença son mouvement sur Riebmond ; l’eimemi, reculant devant lui, établit le long des rives du Rappahaimock une nouvelle ligne de défense. Centreville fut occupé le 11, et Manassas, immédiatement ajjrès. Tandis que .Mac Clellan installait sou quartier général à Fairfax-tiourt-House, près d(> Manassas, son arrière-garde s’emliarquait tranquillement à .Alexandria pour le fort Monroe. Mais l’ennemi, bientôt avisé de ce mouvement, prit des mesures pour s’y opposer. Du fort Monroe il se porta à Yorktown (4 avril) qu’il fortifia et fit o(;cuper par la division du général Alagruder.
Des modifications importantes furent alors introduites dans l’organisation de l’armée. Mac Clellan étant entré en campagne, le gouvernement le releva du commandement des autres départements militaires, et en créa de nouveaux. Il nomma le général Halleck commandant du département de l’Ouest; le général Hunier,
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de celui du Sud, conipreimnl lu Caroline du Sud, la Gcor'îie et la Floride ; le général Butler, de celui du Golfe ; le général Freniont, de celui des MonUignes, dans la Virginie occidentale et le Tennessee oriental ; le général Banks, de celui de la Shenandoah ; le général Mac Dowell, de celui du Ra])])aliannock; et le général MacClellan, du département du Potomac.
F,ji frégate Merrimac , tranformée par les confédérés en batterie flottante cuirassée et éperonnée, attaqua, le 8 mars, les navires des États-Unis mouillés dans les eaux de Hamplon. Ia?s navires à voiles Congres et Cumherlaml fii-ent, sans eflét, feu de toutes leurs bordws, les boulets rebondissant comme de la grêle sur l’armature de fer. Le Merrimac s’élança d’abord sur le Cumberland qu’il coula, après un feu court, mais terrible; puis il attaqua le Congrhs, qui, en une demi-heure, fut jeté contre le rivage, et obligé de baisser son pavillon; après quoi , il fut incendié. La firgate Minnesota, venue à toute vapeur pour prendre part à l’action , ne put se placer à bonne portée. Pendant la nuit, qui suspendit le combat , le Monilor, batterie cuirassée nouvellement construite par le capitaine Ericson, arriva de .New-York, et , le lendemain matin , assaillit le Merrimac, au moment où ce dernier allait attafjuer le Minnesota. Ix; combat dura cinq heures, les deux batteries se heurtant plusieurs fois l’une contre l’autre, et leur feu respectif ne produisait pas d’effet apparent. Enfin , le Metrimnc, ayant reçu un boulet qui, entré par l’un de ses sabords, lui causa un dommage considérable, fut forcé d’abandonner la lutte. Iæ seul dégât qu’éprouva le Monitor fut occasionné par un boulet qui frappa la chambre du pilote et blessa le commandant, le lieutenant Worden. La cuirasse elle-même avait reçu, sans aucun effet, plus de ‘iO projectiles.
La flottille confédérée de Norfolk, qui comprenait.
outre le Merrimac, les steamers cuirassés Jamestown el Yorkloicn^ n’elTectua plus d’autre mouvement qu’une attaque dirigée contre des bâtiments de commerce désarmés.
Dans l’Ouest, les opérations militaires n’avaient rien perdu de leur importance. Les forces nationales, sous le général Carter, remportèrent une victoire décisive, à Pea Ridge {Arkansas), les 6, 7 et 8 mars, sui' l’armée des généi’aux Van Dorn, Price et Mac Culloch, (jui venaient d’ètro chassés du Missouri.
Après l’évacuation de Columbus et de Nasliville, les confédérés occupèrent deux fortes positions : l’une à Aew-Madrid Missouri), sur.lc Mississipi, el à l’île n" 10, sur le lleuve, à 10 kilomètres en amont de A’ew-Madrid ; l’autre à Corinth, dans le coude nord-est du Mississipi , près de la rivière Tennessee. New-Madrid fut prise par le général Pope, le 17 mars, el la flottille de canonnières du commodore Foote attaqua l’île n" 10, le 1(i. Les ouvrages de défense étaient plus forts qu’.on ne s’y allen-' dait. I>es canonnières, toutes placées en amont de l’îlc, el, par conséquent, à l’endroit où le courant était le plus rapide, ne pouvaient attaquer les batteries dans la position la plus convenable pour un tir à courte portée, c’est-à-dire, d»; front. Le généi’al Pope était incapable d’appuyer, par terre, l’attaque de la flotte; il était retenu à New-.Madrid par l'inondation qui, couvrant le pays, l’empêcliail de conduire scs troupes au-dessus de l’île, dans le voisinage de la flottille; à New-Madrid même, il n’avait aucun moyen de traverser le fleuve pour abordi'r sur la rive kentuckienne, où un corj)s oonfédéré se tenait en observation. On surmonta la dilliculté en creusant un canal de 11) kilomètres à travers la langue de terre embrassée par un coude du fleuve, en face di- l’île, ce qui permit à jilusicurs transports de la flottille de Foolc de gagner New-Madrid. Deux des canonnières dé- .
passcruiil les batteries jKîiidanl la nuit, et couvrirent le .débarquement des troupes. L’île capitula dans la nuit du 7 au 8 avril; les fédéraux firent COOO prisonniers, et s’emparèrent de 124 canons et d’une grande quantité d’approvisionnements.
En même temps, le corps principal de l’armée de l’Ouest, sous les ordres du général Grant, s’avança contre la position confédérée de Corinth. Le G, son avantgarde fut attaquée, à Shiloli, près de Piltsburg-l>anding, sur le Tennessee, à (juelques kilomètres de Corintli, par •\lbert Sydney Johnston et Beauregard. La bataille se poursuivit avec une rage égale de part et d’autre, depuis deux heures du matin jusqu’aux approches de la nuit, moiiK'iit où les fédéraux furent ramenés Jus(jue sur le bord de la rivière, où ils s’arrêtèrent sous le feu de leurs canonnières. Ix général Johnston se trouvait parmi les morts. Pendant la nuit, les adversaires reçurent respectivement des renforts, et la haUiilIc recommençaà sept heupes du matin. Après une lutte de huit heures, une charge brillante accomplie par le général Grant en personne, avec six régiments, rompit l’armée confédérée qui se retira sur Corinth, poursuivie de fort près par la cav.ilerie. Des ouvrages formidables défendaient Corinth et scs abords; les confédérés s’y enfermèrent et restèrent deux mois sans être inquiétés, l’armée nationale, grossie de renforts importants et commandée alors par le général llalleck, ne s’avançant qu’avec lenteur.
Dans le même temps, le général O. M. .Mitchell prit Iluntsville {. flabama), sur la ligne de fer qui unit .Memphis et Chaj-lcston; il y fit 200 prisonniers et captura 15 locomotives ainsi qu’un nombre considéndde de wagons. Au bout de deux ou trois jours, il occupait plus de 1(‘)0 kilomètres de la ligne, coupant ainsi toute communication directe entre l’Ouest et les États du Sud- .\tlantiquc. Ixs habitants de l’Alabama accueillirent avec
172 LES ÉTATS-UNIS U’AMÉRinUE.
dos iniiiiirestalioiis joyeuses l’eiilrée des troupes fédérales dans l'Klat.
dû mai, on s'aperent que les eonfédérés avaient évacué Corintli, après avoir enlevé ou détruit tous les objets de valeur. Iaî général Pope fut détaelié à leur poursuite; mais le corps principal de l’ennemi, composé des meilleures troupes delà Confédération, en exceptant celles qui étaient massées autour de Richmond, parvint à accomplir sa retraite, après s’ètre, paraît-il, scindé en plusieurs détachements.
Le conflit dans l’Ouest se circonscrivait de plus en plus. Le Mississipi en était le seul théâtre, et les confédérés avaient pris position au fort Wright, à 80 kilomètiTîS en aval de Memphis. Ce fort fut bombardé, sans beaucoup d’effet, le 18 avril, par la flottille de canonnières. Ia! 8 mai, c(“tte flottille, commandée alors parle capitaine C. H. Davis (le commodore Foote se trouvant retenu par une blessure), fut attaqué*e par huit canonnières confédérées, dont quatre portaient des éperons*. Après un violentcomhatd’une heure, quatre canonnières confédérées sautaient ou coulaient, et le reste prenait la fuite. 31, le fort ayant été évacué par ses défenseurs, les canonnières fédérales descendirent le fleuve Jusqu’à Memphis où les attendait toute la flotte confédérée, composée de huit canonnières et bateaux éperonnés. l.a flotte fédérale, nmforcée de huit ou dix steamers éj>eronnés, récemment équipés, sur les ordres du ministre de la guerre, par le colonel Charles Ellet, accepta le combat, qui se livra le Gjuin, et qui, après une lutte d’une heure et demie, eut pour résultat, grâce surtout aux services des bateaux â éperons, la capture ou la destruction de sept navires ennemis, un seul ayant pu échapper, à cause de sa marche supérieure. Memphis capitula immédiatement.
Dans le bas Mississipi. la marine fédérale avait rem-
porté un succès encore plus signalé. Depuis le mois de novembre, les fétléraux avaient occupé Ship-Island (île des Vaisseaux) à l’einboucbure du fleuve. C’est là que se réunit l’armée destinée à agir contre la Nouvelle-Orléans, sous les ordres du général B. F. Butler. Le IC avril, une flotte de quarante-cinq navires, portant 280 canons, sous les ordres du commodore Farragul, et vingt et un bateaux-mortiers, commandés spécialement par le capitaine David D. Porter, remonta le fleuve dans le but de s’emparer des forts Jackson et Saint-Philippe, situés vis-à-vis l’un de l’autre, à 120 kilomètres en aval de la Nouvelle -Orléans. Ces deux ouvrages, d’une grande force, étaient unis par une chaîne jetée à travers le lit du fleuve. Le bombardement commença le 18, et dura six jours, au bout desquels le commodore Farragul ayant réussi à rompre la chaîne, dépassa les forts avec quatorze steamers et canonnières, détruisit une flottille ennemie de canonnières et de bateaux éperonnés, éteignit les batteries élevées en amont des forts , et occupa la Nouvelle-Orléans, sans autre opposition, le 25. I.>e général Mansfield, commandant les troupes confédérées, avait évacué la ville à l’approche de la flotte fédérale, après avoir détruit toutes les provisions de coton, sucre et autres denrées. Les forts Jackson et Saint-Philippe se rendirent, le 28, au capitaine Porter. Le général Butler se mettant alors en mouvement, avec toute ’s^on armée, prit officiellement possession de la Nouvelle-Orléans qu’il déclara immédiatement en état de siège.
Iji flotte de Farragut, remontant le fleuve, s’empara de Bâton-Rouge, et s’avança ensuite contre Vicksburg, la dernière forteresse que possédassent les confédérés sur le Mississipi. Le commodore, passant sous le feu des batteries formidables dressées sur la rive, opéra sa jonction avec la flottille du commodore Davis, descendue de .Memphis, et commença le bombardement de la place.
Ce bombardement fut interrompu le i" août, et on attendit, pour reprendre l’attaque, la coopération d’une armé*e de terre.
Sur la péninsule, entre les rivières James et York, Mac Clellan avait entrepris (5 avril) le siège de Vorktown , et l’armée confédérée s’était graduellement concentrée à Richmond. Le général Mac Dowell avait marché sur Frédéricksburg (18 avril), tandis que le général Banks remontait la vallée de la Shenandoah.
Le 4 mai, les troupes confédérées évacuèrent Yorktown, abandonnant 71 canons, et se replièrent sur Richmond. Mac Clellan, qui les suivait de près, les atteignit, le 5, à Willianiburg, où se livra un rude combat. Deux jours après (7 mai), le général Franklin, envoyé de Washington pour renforcer Mac Clellan, prit terre à West-l’oint, sur la rivière York, et délit un corps de l’armée confédérée, ])lacé sous les ordres des généraux Whiting et G. W. Smith.
Le 10, le général Wool, venu du fort Monroe avec un détîicliemcnl, occupa Norfolk sans coup férir, et les confédérés firent sauter le navire cuirassé Merrimac, pour empêcher qu’il ne tombât entre les mains des fédéraux. Le Monilor et quelques autres navires , parmi lesquels deux nouvelles et formidables canonnières cuirassées, remontèrent la rivière James pour assaillir Richmond ; mais la flottille rencontra des barrages près du fort Darling, et après un combat où elle subit quelques jicrtcs, elle fut obligw de redescendre le fleuve. Le MonitoTy quoique souvent atteint, n’éprouva aucun dommage; mais étant fort bas sur l’eau, il ne put élever assez son tir pour produire quelque effet sur le fort placé sur une colline assez haute.
Les fédéraux éprouvèrent un autre revers dans la vallw de la Shenandoah. l.e général Banks, après avoir fait une marche en avant de 100 kilomètres, après avoir rejeté
l’ennemi au delà de Harrisonburj', reeul l’ordre d’envoyer à Mac Dowell une partie de ses troupes, ce qui l’affaiblit au point qu’il lui restait à peine r)0ü0 lioinmes. C’est à ce moment que tomba sur lui le général J. ï. Jackson, avec 40000 hommes. Son avant-garde, forte de 900 hommes, sous les ordres du colonel Kenley, fut détruite, à Front-Royal, le 23 mai. Grâceàune prompte retraite, Banks sauva le reste de son armée et presque tous ses bagages, et se retira dans le Maryland, poursuivi de fort près, et jusqu’au Potomac, par Jackson.
Cet événement produisit, à Washington, une vive appréhension. Dans le premier moment, on crut que toute l’armée de Richmond avait suivi le mouvement de Jackson et allait entrer dans le Maryland. Les gouverneurs de la Pennsylvanie, des Ktals de New-York et de la Nouvelle-Angleterre reçurent, par des télégrammes, des demandes de troupes supplémentaires, et (juelques régiments de la milice partirent immédiatement pour Baltimore et le Potomac.
Mais Jackson recula aussi vite qu’il avjiit avancé. Pour le coujj<>r, Fremont traversa les montagnes à marches forcées ; il réussit seulement à atteindre son arrière-garde et la força d’accepter, à Cross-Keys, près de Harrisonburg, le 8 juin, un combat où elle fut fort maltraitée. Un second engagement eut lieu, le lendemain, à Port-Republic, sur le Shenandoah; Jackson y attaqua l’avant-garde du corps d’armée du général Shield, la força de se replier sur son centre et, luimême, ayant alors à lutter contre l’armée; tout entière, fut contraint de reculer à son tour.
Cependant Mac Clellan suivait pas à j>as l'armée cou* fédérée sur la péninsule de Yorktown. Ijs 20 mai, il atteignit le Chickahominy, petit aftluent de la rivière James, coulant sur un terrain marécageux, à 18 kilomètres environ de Richmond. I.a nécessité de construire
des ponts et de tracer des chemins l’aurôta quelque temps en cet endroit. Des escarmouches avaient lieu presque chaque jour. Iæ ‘27, après un vif engagement à • llanover-Court-House, à 25 kilomètres au nord de Richmond, le général Fitz John Porter réussit à couper les communications de la capitale confédérée par le chemin de fer de Frédéricksburg. Quelques portions de l’armée avaient traversé le Chickahomiiiy, et, à la fin du mois, l’extrême avant-garde se tiouvait à Fair-Oaks, à 8 kilomètres de Richmond ; rcxlrèine gauche s’appuyait sur la rivière James, et la droite se prolongeait Jusqu’à White-llouse, sur le Paiumikey, l’un des bas allluenis de la rivière York. C’est là (ju'avaient été installés les magasins de l’année.
la; 31, les confédérés, profitant d’une inondation du Chickahoininy, attaquèrent, à Fair-Oaks, l’avant-garde commandée par le général Casey et la ramenèrent vers la rivière, en lui prenant scs canons et ses bagages. Là, (iasey trouva les divisions des généraux Heintzelinan et Kearney, qui l’aidèrent à recommencer le combat et à le soutenir Jusqu’à l’arrivée des renforts amenés de l’autre côté de la rivière par Sumner. Les confédérés durent alors reculer et les fédéraux regagnèrent le terrain perdu. l.e combat se renouvela le lendemain, et la victoire resta partout aux troupes nationales. I^urs pertes , d’après les chilfres olliciels , s’élevèrent à 5739 tués, blessés et disparus. Les confédérés, dans ces divers combats, étaient commandés par le général Joseph E. Johnston, qui fut blessé le premier Jour.
Jusqu’au 26 Juin, aucun événement sérieux ne s’accomplit. Trois corps d’armée avaient alors passé le Chickahoniiny. I.es confédérés avaient reçu de puissants renforts, et ^lac Clellan , convaincu de l’impossibiliU* de défendre ses lignes si étendues avec le peu de forces dont il disposait , résolut de transporter sur la rivière
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James sa base d’opérations. En conséquence de cette décision, les approvisionnements furent embarqués à White- House, et l’armée se mit en marche sur la rive gauche.
Dans la soirée du 26, Jackson , avec des forces écrasantes, tomba, à Beaver Dam, sur l’aile gauche de Mac Clellan. Repoussé à une heure avancée de la nuit, il reparut, à l’aube, avec des troupes fraîches. Les fédéraux, sous Fitz John Porter, reculèrent jusqu’à Gaine’s Hill, où s’engagea un sanglant combat qui dura jusqu’à la nuit; l’armée se trouvait alors engag»'» sur toute la ligne. Pendant la nuit du 27 et le jour suivant, Mac Clellan poursuivit sa route vers la rivière James, le général Franklin couvrant la retraite avec le sixième corps. Chacune des étapes de l’armée fut vivement disputée. Le passage du marais de White-Oak spécialement (30 juin) ne put être effectué qu’après une lutte, qui dura toute la journée, et un carnage effroyable.
Enfin, le 1" juillet, l’armée atteignit la rivière James; elle fut encore attaquée à Malvern-Hill ; mais elle repoussa les assaillants, et la victoire qu’elle remporta fut la plus complète de cette longue bataille de six jours. La nuit même elle s’avança jusqu’à Harrison’s Landing, forte position à 27 kilomètres environ en aval de Richmond ; elle y resta jusqu’au \ 4 août, sous la protection d’une nombreuse flotte de canonnières. Les pertes fédérales, pendant ces six journées, s’élevèrent à 1 565 tués, 7701 blessés et 5958 disparus; en tout : 15224.
Le 26 juin, les corps de Fremont, de Banks et de Mac Dowell furent fondus ensemble et constituèrent l’armée de la Virginie, dont le major général Pope reçut le commandement. En conséquence de cette organisation, le général Fremont demanda à quitter le service actif et fut remplacé par le général Sigel.
Iæ 1" juillet, le président fit un nouvel appel de 300 000 volontaires, pour louU* la durée de la guerre.
Le 11, le major général Halleck, nommé général en chef de toutes les forces de terre des ÉUits-Unis, céda au général Grant le commandement de l’armée du Mississipi.
Le 16 juin, le général Hunter, parti de Port-Royal, avec toutes ses forces disponibles, avait fait une pointe infructueuse contre l’ile James, près de Charleston, où l’ennemi s’était relranclié en un lieu apjielé Secessionville. Les troupes confédérées, commandées par le général Benham, furent repoussées, après un combat de cinq heures, avec une perte de 700 hommes.
C’est à ce moment que des bandes de guérillas commencèrent à parcourir le Missouri , le Kentucky et le Tennessee, faisant subir aux unionistes de ces États des dommages considérables. Vers la fin de juillet, le gouverneur provisoire du Missouri leur opposa toute la milice de l’Élat. Le 16 juillet, un corps de l’armée confédérée, composé surtout de partisans, s’empara de Murfreesborough (Tennessee).
Le 15, le navire confédéré cuirassé et éperouné, Arkansas, attaqua, près du confluent du Yazoo et du Mississipi, une partie de la flottille du commodore Davis, désempara plusieurs navires , passa à travers tous les autres, et alla mouiller sous les canons de Vicksburg. Le 4 août, l'Arkansas quitta son mouillage et descendit le Mississipi pour participer à une attaque faite contre Bâton-Rouge, par le général Breckinridge, avec 1 0 000 confédérés. l>e 6, il rencontra, près de la ville, la canonnière fédérale Essex, commandant N. D. Porter, et, après un combat qui ne dura pas plus de vingt minutes, il prit feu et sauta. Breckinridge, de son côté, a\ait été repoussé, après une lutte très-vive, par environ 4500 fédéraux, sous les ordres du brigadier général Tboinas Williams. Ce dernier resta sur le champ de bataille. Les pertes furent considérables de part et d’autre.
Le 9 août, un combat vivement disputé eut lieu à Cedar-Mountain, à 13 kilomètres nord de Culpepper- Cüurt-House (Virginie), entre une partie de l’armée du générai Pujje, sous les ordres de Banks, et une armée confédérée, conduite par Jackson et qui, de Richmond, s’était i-apidement portée en avant. Malgré leur supériorité numérique, les confédérés échouèrent dans leur attaque, et, le jour suivant, ils se retirèrent dans la direction de Richmond. Les fédéraux perdirent dans ce combat 1 500 hommes tués, blessés ou disparus.
La première mesure importante prise par le général Halleck, en assumant le commandement en chef des forces fédérales, fut d’ordonner à l’armée du Potomac d’abandonner Harrison’s Landing et d’aller prendre position à Yorktown et au fort Monroe, dans le but de se rapprocher du Rappahannock et d’appuyer ainsi l’armée de Pope. Ce mouvement, aussi diflicile que périlleux, commença le 14 août, et l’avant-garde, conduite j>ar le général Fitz John Porter, arriva le 18 à Ncwport-News, lieu où elle devait s’embarquer, sans être inquiétée par l’ennemi. Iæs autres corps arrivèrent, avec le môme bonheur, à leur destination.
Pendant ce temps , le président avait fait un nouvel appel (4 août) de 300 000 hommes, qui devaient servir neuf mois et qui seraient levés au moyen de la conscription. Iæs États de l’Ouest spécialement se déclarèrent prêts à fournir plus que leur contingent, et, le l" septembre, les 300 000 hommes se trouvaient complètement armés, équipés et prêts, pour la plus grande partie, à prendre la campagne. Un nombre considérable de ces recrues fut envoyé dans le département de l’Ohio, de création récente, embrassant les États d’Indiana, Ohio et Kentucky, y compris Cumberland-Gap et son voisinage, dans le Tennessee. Ce département avait été placé sous le commandement du général H. G. Wright.
lÆS ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE.
La session spéciale du congrès, commencée le 4 juillet, se termina en août. Iæs chambres s’occupèrent particulièrement d’assurer les voies et moyens de poursuivre la guerre ; dans ce but, elles augmentèrent les droits sur certains articles d’importation et autorisèrent un emprunt de 250 millions de dollars (1250 millions de francs), en niême temps qu’une émission de 50 millions de dollars (250 millions de francs) en bons du trésor.
T La première session régulière commença le 2 décembre 1801 et se termina le 17 juillet 1862. M. Breckinridge, le dernier vice-président, qui avait assisté, comme sénateur, à la session spéciale, fut expulsé pour trahison, parce qu’il avait ouvertement embrassé la cause confédérée ; deux membres de la chambre des représentants furent expulsés pour le môme motif.
Le congrès passa immédiatement des bills pour la construction de canonnières sur le Mississipi et de vingt navires de guerre cuirassés. Il autorisa aussi le ministre des finances à émettre de nouveaux bons du trésor pour 150 millions de dollars (750 millions de francs), à négocier des obligations 6 pour 1 00 pour 500 millions de dollars (2 milliards 500 millions de francs), à recevoir des dépôts rapportant un intérêt de 11 pour 100, jusqu’à concurrence de 100 millions de dollars (500 millions de francs), et à délivrer des reconnaissances à tous les créanciers du gouvernement. Il établit un droit de 3 pour 1 00 sur les produits manufacturés de toutes sortes et sur les bénéfices nets de chaque affaire, et un tarif augmentant d’environ 5 pour 100 les droits antérieurement fixés. Il abolit l’esclavage dans le district de Columbia et le prohiba dans tous les territoires présents ou futurs des États-Unis.
Sur la proposition du président Lincoln, le congrès accepta une résolution offrant à tout État qui abolirait l’esclavage une indemnité suffisante pour désintéresser
LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRigUE.
les propriétaires; décidant que l’armée recevrait dans ses rangs les esclaves fugitifs et ne les restituerait point à leurs maîtres et autorisant le président à les employer dans le service de terre ou de mer, à sa discrétion; les esclaves de tous les États ouvertement séparés étaient déclarés libres. 11 adopta une loi qui confisquait les biens des rebelles et émancipait leurs esclaves. Le président et le sénat conclurent avec la Grande-Bretagne un traité pour la suppression effective de la traite. La cour suprême fut réorganisée; les districts judiciaires étant désormais en rapport avec la population, les États libres en eurent six sur les neuf existant.
Une loi territoriale fut adoptée concédant IGO acres de terrain (64 hectares, 7 ares, 47 centiares) à tout citoyen ou à toute personne qui déclarerait formellement son intention de devenir citoyen, ledit terrain devant appartenir pour toujours à lui et à ses héritiers, aprèsune occupation de cinq années, et être affranchi de toutes les dettes contractées antérieurement à l’acte de concession'.
Enfin, une loi encourageant la construction d’une voie ferrée et d’une ligne télégraphique du Missouri au Pacifique, complète la série des actes qui feront de cette session l'uiie des plus mémorables qui aient eu lieu depuis l’organisation du gouvernement. Cette loi concède à la Compagnie une bande de terrain de 60 mètres de largeur de chaque côté de la voie, là où elle emprunte les terres domaniales, ce qu’elle fait sur la plus grande partie, sinon sur la totalité de son tracé ; elle lui concède, de plus, sur les terres domaniales, par mille (1609 mètres) parcouru, et de chaque côté de la voie, cinq sections alternatives de 640 acres chacune (l’acre vaut 4 ares 46). La Compagnie concessionnaire se con-
1. Voir l’extrait de cette loi, art. Immigration, livre VIII, chapitre v.
Btitua en septembre, et des traités sont déjà passés pour la construction d’une grande partie de la voie.
•Dans les premiers jours de septembre, le général Lee traversa le Potomac avec une grosse armée, dans le but d’envabir le Maryland et la Pennsylvanie. Le général Mac Clellan, avec toutes les troupes dont on put dégarnir Washington, sans compromettre la sûreté de la capitale, fut envoyé contre les confédérés. Il les atteignit à South- Mountain, le 1 4, les défit et les repoussa vers la crique d’Antietam, où ils s’établirent dans une forte position. Mac Clellan les y attacpia de nouveau, le tfi, avec le même succès. Le 17, ses troupes passèrent la nuit sur le champ de bataille qu’elles avaient conquis. La lutte recommença le 18 et, le 19, Lee repassa le Potomac. Les fédéraux perdirent, à South-.Mountain et dans les combats d’Antielam, 17 V2 tués, 8ü()G blessés et 913 disparus; en tout : 10721 . Quant aux ]iertes des confédérés, Mac Clellan les a estimées à près de 30000 tués et blessés ; mais les rapports des confédérés ne les font monter qu’à environ 14 000.
Le général en chef Halleek, dans son rapport au minist re de la guerre, daté du 23 novembre 1 802, s’exprime ainsi : n Depuis le 17 septembre jus(|u’au 26 octobre, l’armée de Mac Clellan est restée sur la rive septentrionale du Potomac, dans le voisinage deSbarpsburg et de Harper’s Ferry. La longue inaction d’une armée si considérable, en face d’un ennemi battu et pendant la saison la plus propice à la rapidité des mouvements et à l’énergie des opérations militaires, est en droit de causer, comme cela a eu lieu, autant de désappointement que de regret. Le général Mac Clellan n’a pas donné son approbation au plan consistant à passer le Potomac au sud des montagnes Hleues, et il a dit qu’il traverserait le fleuve à Harper’s Ferry et marcherait sur Winchester. 11 n’a cependant commencé son mouvement que le 20 octobre, et cela à Berlin.
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• l>e passage du fleuve dura plusieurs jours; il ne fut enlièrement eflectué que le 3 novembre. Quelles raisons ont engagé le général à modifier ses desseins? Quel était son plan de campagne? C’est ce que j’ignore absolument; car, vers cette époque, il cessa de correspondre avec moi pour me notifier ses opérations. U envoya ses rapports au président directement. Le 5 de ce mois, j’ai reçu du président l’ordre écrit révoquant le général Mac Clellan et confiant au général Burnside le commandement de l’armée du Potomac.»
En octobre, le général Huell, dont les mauvaises manœuvres avaient laissé échapper du Tennessee le général Bragg et son armré, qu’il pouvait anéantir^ fut remplacé dans le commandement du département de l'Ouest par le général Kosencrans,et une commission militaire est chargée de faire une enquête sur ses opérations. L’opinion publique est loin d’être favorable au général Buell; on conteste ses capacités militaii'es, et l’on doute même de sa loyauté.
Les élections qui ont eu lieu, en automne, dans quelques États, et spécialement dans le New-York, le New- Jersey et l’Ohio, se sont terminées d’une façon moins favorable à l’administration que les élections précédentes, ce qui semble indiquer que le parti républicain perdra la majorité dans le prochain congrès.
En vertu d’un acte rendu par le congrès dans la dernière session, le président a lancé, le 23 septembre, une proclamation déclarant affranchis pour jamais tous les esclaves des États ou fractions d’États qui, le 1" janvier 1863, seraient en rébellion contre les États-Unis.
Le congrès s’assembla le 2 décembre 1862, et, le même jour, le président lui communiqua son message annuel. Le principal trait de ce message est une invitation au congrès d’introduire dans la constitution un amendement stipulant l'abolition radicale de l’esclavage