CHAPITRE I
Or.
Les États-Unis et les Territoires abondent en minéraux de toutes sortes dont les quantités sont incalculables. Ceux qui ont actuellement la plus grande valeur sont l’or, l'argent, le cuivre, le fer, le plomb et la houille.
On a calculé qu’au moment de la découverte de l’Amérique, la somme totale de l’or et de l’argent était réduite, dans l’ancien monde, à 34 millions do bvres sterling environ (800 millions de francs), et que l’approvisionnement ne faisait tout au plus que remplacer ce que l’usage enlevait à la circulation. Actuellement, l’État seul de la Californie fournit, tous les deux ans, ce montant de métaux aux arts et au commerce du monde.
En 182.5, une veine d’or fut découverte dans le comté de Montgomery (Caroline du Nord) ; peu après, on en trouva dans la Virginie, la Caroline du Sud, la Géorgie. I^es premiers dépôts faits, à la Monnaie, par la Caroline
du Sud, en 1829, s’élevèrent à 3500 dollars (17 500 fr.) et, par la Virtîinie, la même année, à 2500 dollars (12 500 fr.) production annuelle de ces États, avant la découverte des mines de la Californie, a été estimée à 1 million de dollars (5 millions de francs) ; mais ce rendement n’était rien moins que régulier, et il a souvent dépassé la somme indiquée comme appréciation moyenne.
L’exploitation des mines de la Californie, en 1848, a fait pj’oinptement déchoir celles de la Virginie et de la Caroline du Sud, dont les produits sont maintenant inférieurs de moitié à ce qu’ils étaient jadis.
I£n janvier l8-'i8, une société do trois Américains, dont deux Mormons, récolta une grande quantité d’or sur l’île Mormon, dans le Sacrainenlo. Le 9 février, les mêmes individus s’occupaient, à Sutter’s Mill, sur la fourche américaine du Sîicramento, à réparer le canal endommagé par les crues printanières, quand la petite fille du surveillant, nommé Marshall, ramassa, dans le lit du canal, un morceau d’or qu’elle montra à son père comme un joli caillou. Bien que le surveillant se fût empressé d’informer du fait le capitaine Sutter, cette découverte ne fit pas sensation tout d’abord. Iæs Mormons, en particulier, cherchèrent à en arrêter la divulgation. Dans une lettre adressée au Journal américain des sciences, en mars 1848, le Rév. C. S. Lyman, après avoir décrit les mines de mercure, ajoute : « L’or a été récemment trouvé sur le Sacramento, près du fort Sutter; il se montre en petites masses, dans les sables d’un nouveau canal, et l’on prétend que ces auspices sont pleins de promesses. »
En août de la même année, le gouverneur Morgan fit connaître que 4000 individus se livraient à l’extraction de l’or, et que le produit journalier donnait de 30 à 50 000 dollars (150 à 250000 îr.) I.es premières
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fouilles s’attat|uèrent surtout aux dépôts placés sur les bords soulevés de schistes argilacés, et l’on trouvait l'or mêlé à ces schistes,, sous le sable et le gravier, et aussi dans les couches superficielles.
Le métal était si abondant que, dans beaucoup de ces fouilles, on le ramassait à la main. La région de l’or longe, pendant 600 à 800 kilopiètres, les montagnes courant à l’ouest de la Sierra-Nevada, et s’étend, au nord et au sud, entre les montagnes et les plaines bordées à l’est par le Sacramento et le San-Joaquin. Ces montagnes occupent, en quelques endroits, une largeur de 80 à 95 kilomètres, et atteignent parfois une hauteur de 1200 mètres.
Dans son rapport communiqué au Congi-ès par le ministi-e de l’intérieur, le 2 décembre 1862, le commissaire du Land-Office s’exprime ainsi :
« La grande région aurifère des États-Unis, sur la portion occidentale du continent , s’étend , du 49“ de latitude nord et du détroit de Puget, jusqu’au 31* 30', et du 102* de longitude ouest de Greenwich jusqu’à l’océan Pacifique, embrassant des parties du Dakotali, du Nebraska, du Colorado, tout le Nouveau-Mexique, l’Arizona, l’Utah, le Nevada, la Californie, l’Orégon et le territoire de Washington. On peut’ dire qu’elle comprend 17 degrés de latitude, ou une largeur de 1770 kilomètres du nord au sud, et une longueur à peu près égale, présentant ainsi une superficie de 2 588000 kilomètres carrés.
« Cette vaste région est traversée, du nord*au sud, d’abord, sur le versant du Pacifique, par la Sierra- Nevada, les Monts Cascades, puis par les Monts Bleus et Humboldt; à l’est, par la double projection des, Montagnes Rocheuses, comprenant les Montagnes Wasatch, la chaîne de la rivière des Vents et la Sierra-Madre, qui se prolongent longitudinalementet latéralement. l.es di-
vers chaiuoiis, croisant ces louata^nes et les liant rime à l'autre, constituent le système entier en cinq chaînes principales , partageant le pays en un nombre égal île bassins , chacun (lesijuels , presque enfermé dans ses montagnes, est arrosé par les cours d’eau qui en sortent et par les neiges. Cet immense territoire se trouve ainsi divisé en sections de terres arables suffisantes pour l’entretien, non-seulement des mineurs, mais encore d’une population agglomérée.
« Ces montagnes sont littéralement comblées de minerais; l'or et l’argent, répandus à profusion sur cette immense surface, sont à chaque instant mis à jour par de nouvelles découvertes. Les métaux précieux reposent dans des montagnes de quartz, et de riches lavages marquent les lits des rivières et des torrents.
« En outre de l’or, aucune partie du monde n’est aussi riche en mines d’argent que le territoire de Nevada et le Nouveau-Mexique; cependant ces mines ne peuvent être estimées que proportionnellement aux champs d’or qui prennent de jour en jour un développement plus extraordinaire. Les découvertes récentes faites dans le Colorado, ou partie méridionale de la Californie, et dans la région s’étendant, au nord, jusqu’à la rivière du Saumon, dans le territoiie de Washington, attirent vers les mines un nombre toujours croissant de nos concitoyens.
« Avant la découverte de l’or, en 1 848, au canal Sutler, en Californie, la production de l’or, pour le monde entier, ne dépassait pas en moyenne 1 8 millions de dollars (90 millions de francs).
«En 1853, la Californie en a fourni pour 70 millions de dollars (330 millions de francs), environ quatie fois la jirqduclion totale de l’or, dans runivers, antérieurement à 1 848 ; et cette somme peut être considérée comme la moyenne actuelle de ce seul État . Si nous comparons au rendement de la Californie les produits des champs d’or
connus sur les iiutres |)arlies de notre territoire, nous obtiendrons, en supposant l’application d’une moyenne é£r<dede travail, un rendement annuel qui flotterait entre ,?Ü0 et 400 millions de dollars 1500 millions et 2 milliards de francs).
« Même dans le lointain territoiif de Washington, bloc musif extrême de 1 1 nion, le produit des mines de la rivière du Saumon a été estimé pour la présente année à 20 millions do dollars H 00 millions de francs). »
Selon le gouverneur Evans, les terrains aurifères déjà découverts dans le territoire de Colorado permettaient d’accorder 800 000 concessions (cl<^ims)'^ et il ajoute que les découvertes nouvelles augmentent journellement cette superficie.
Dans son même rapport, le commissaire du Land- Office dit encore : •
« Un seul coup d’œil jeté sur la carte suffit pour reconnaître que la région minérale du Colorado n’occupe pas le sixième de l’étendue totale en question ; mais en la supposant égale au sixième, il y aurait assez de terrain pour 4800 000 concessions, dont l’exploitation occuperait 20 millions d’individus. Dans certaines localités, le quartz rend 12 dollars (60 francs) par tonne, ce qui est suffisamment rémunérateur ; mais beaucoup de filons actuellement exploités donnent de 20 à 500 dollars (100 à 2500 francs) par tonne, et quelques portions d’un filon produisent de 500 à 2000 dollars (2500 à 10 000 francs ) par tonne. On estime même à 20 000 (100 000 francs) par tonne le i-endement de quelques-unes des récentes découvertes; mais celles-ci n’ont pas été exploitées.
1. L’étendue ordinaire d’une concession de mines dans la région quartzeuse est de 30 mètres, le long du filon, et 30 mètres de chaque côté, ce qui donne une superficie de 6000 mètres carrés; soit 1200 concessions par mille carré ( 2 kilomètres carrés 588 millièmes).
« Outre les dépôts d’or et d’argent mentionnes spécialement ci-dessus, diverses sections de cette région sont riches en pierres précieuses, marbre, gypse, sel, étain, mercure, asphalte, houille, fer, cuivre et plomb, ainsi qu’en sources minérales et médicinales, chaudes et froides.
a Aucune de ces mines, à l’exception des placers de la Californie, n’est exploitée depuis longtemps; ce sont, pour la plus grande partie, des découvertes récentes. 11 a été démontré, toutefois, jusqu’à l’évidence, que plus les fouilles sont profondes, plus le minerai est abondant. Des mines, .dont l’exploitation superficielle était à peine rémunératrice, produisent des bénéfices énormes à la profondeur de 45 à fiO mètres. En examinant attentivement la formation géologique du pays, on est forcé de reconnaître qu’à une profondeur sufiisante, on doit inévitablement rencontrer en abondance les métaux précieux.
« Le rendement de ces métaux, pendant la présente année, ue restera pas au-dessous de 1 00 millions de dollars (500 millions de francs), et il augmentera certainement dans l’avenir, au fur et à mesure que s’accroîtra la population. »
Le ministre de l’intérieur a demandé l’établissement d’un droit de seigneuriage de 1 0 pour 1 00 sur le produit de toutes les mines, ce qui ferait entrer, cette année, dans le trésor public, 10 millions de dollars (50 millions de francs)'.