‹ Les États-Unis d'Amérique en 1863Chapitre 78 sur 118 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Manufactures.

Lt valeur totale des manufactures domestiques, y compris les pêcheries' et les produits des mines, était, d’après le recensement de 1850, de 1 019206616 dollars (5 095 533080 francs). Les mêmes produits, pour l’année finissant le 1" juin 1860, sont évalués par le Directeur du recensement à 1 900 millions de dollars (9500 millions de francs). Ce résultat accuse une augmentation de plus de 86 pour 100 en dix ans, augmentation de 123 pour 100 plus considérable que celle

1. La valeur totale des pêcheries en lacs , en rivières , sur les côtes et en pleine mer, y compris la pèche aux huîtres qui y entre pour 382 no dollars (1 910850 fr.), et 1 521 588 dollars (37 607 940 fr.) pour le produit de la pêche de la baleine, s’est élevée en 1860 à 12 924 092 dollars (64 620 460 fr ): augmentation de 28.5 pour 100 sur la valeur des mêmes produits en 1850. De cette valeur, 72 pour 100 appartenaient à l’industrie maritime du Massachusetts seul.

de la population blanche, qui en a été la principale productrice.

Le total ci-dessus donne la production par tête dans la proportion de Gü dollars 61 cents 303 francs 5 centimes), pour chaque homme, chaque femme et chaque enfant habitant l’Union. Si l’on ajoutait les produits mécaniques d’une valeur annuelle de moins de 500 dollars i 2500 francs), dont on n'a aucun relevé officiel, ce total serait beaucoup plus élevé'.

U’industrie manufacturière des États-Unis date d’une é[)nqne antérieure à leur existence comme nation indépendante. .Au nombre des exportations des colonies de la .Xouvelle-.Anpleterre et du New- York, avant que le gouvernement anglais eût, par crainte de la concurrence avec son industrie domestique, interdit la vente à l'étranger de leurs produits manufacturés, on remarquait des objets fabriqués au métier, à la forge et au marteau, et révélant une véritable habileté, en déjiit dos dilVicultés désespérantes jirovenanl du manque de capitaux et de machines.

La fabrication du fer se pratiquait déjà sur une grande échelle, plusienrsannées avant la révolution, à Plymouth, dans leMassachusetts; à Salisbnry, dans le Connecticut; près de Cold-Spring, surl lludson, et à Valley-Forge, dans la Pennsylvanie; à Durlmm, au-dessous d'Easton, dans la Pennsylvanie, et dans quelques autres loc, alités. I.e fer est indispensable pour une foule d’usages; cette nécessité stimula les colonies à le travailler, aprèsqu’elles eurent conquis leur indépendance; et quoiqu’il s’en importât de grandes quantités d’Europe, riiabilelé de la main-d’œuvre, l’affluence des capitaux et la découverte déminerais d’une qualité supérieure permirent de fabriquer certains articles avec plus de facilité et à meilleur

1. Voir le rapport prdliminaire de huitième rt censément, page 59.

marché en Amérique, et la production n’a fait que s’accroître jusqu’à ce Jour dans une progression satisfaisante. En 1830, il y avait 239 fourneaux, fabriquant 191 536 tonnes (la tonne vaut 1015 kilogrammes), dont 1 12 867 de fer en barres, et 28273 de fonte; le tout représentant une valeur de 13329 760 dollars (66 6'i8800 francs); 29 254 ouvriers y étaient employés. En 1837, la fabrication s’était élevée à 250 000 tonnes. En 1850, d’après le recensement, la production du fer en saumons était de 563 755 tonnes, chiffre sans nul doute au-dessous de la vérité, attendu ([iie les statistiques locales de la Pennsylvanie, prises isolément, portaient la même année le chiffre de cette production à 564 575 tonnes. Le recensement de 1850 portait aussi le nombre des personnes employées dans les diverses brandies de la production et de la fabrication du fer à 60 085, et la valeur totale des produits à plus de 50 millions de dollars i 250 millions de francs). En 1850, la prodYiction totale du fer s’était élevée à 841 550 tonnes, dont 812917 en saumons.

La même anné'e il avait été importé -'488 998 tonnes de fer cru ; ce qui porte à I 330 548 tonnes le total du fer employé. La fabrication du fer indigène fournit la même ann(>e des produits évalués à 47771230 dollars (238855 180 francs). La découverte de dépôts considérables de minerais d’une qualité fort supérieure aurait augmenté la production dans une bien plus grande proportion, sans la concurrence de fers étrangers de qiualités inférieures, admis moyennant un droit d’enlrét' peu élevé. Le fer en saumons produit pendant le recensement terminé le I " juin 1 800 monte à 902 3 1 0 tonnrs, évaluées à 40 117 550 dollars (230 587 750 frane.s); or. compte en outre 395 536 tonnes de fer laminé, évalué à21 7lüG8I dollars (108553405 francs); ce qui pour la production réunie du fer en saumons et du fer laminé donne la

LES ÉTATS-UNIS ü’AMÉRigUE.

valeur totale de 67 828 231 dollars (339 140155 francs). Il se fait une grande consommation de fer en saumons, notamment pour la poêlerie et la chaudronnerie, dont la fabrication est pins considérable aux États-Unis que dans aucun autre pays du monde.

La filature du coton a commencé aux États-Unis en l’année 1790, quoiqu’on y eut fabriqué des étoffes de coton avant cette éjioque. En 1815, 40 millions de dollars (300 millions de francs) étaient engagés dans cette industrie, qui consommait 90 000 balles de 300 livres chacune, produisait 81 millions de yards (74 millions de mètres) d’étoffe de coton et occupait près de 100 000 ouvriers. Toutefois, ses progrès ont été entravés par l’importation annuelle de grandes quantités de cotonnades d’Angleterre, où l’invention du métier mécanique a diminué de beaucoup les frais de production. L’invention d’un métier mécanique en Amérique par MM. I^well et Jackson, et son succès à VValtham, en 1813, a obvié en partie à cette difliculté, et l’année 1822 a vu construire le premier moulin à coton. Grâce aux tarifs douaniers de 1824, de 1828 et de 1832 qui protégeaient les filatenrs, la fabrication des étoffes de coton s’accrut avec une grande rapidité, tandis que le prix en baissa considérablement. En 1831, le nombre des filatures était de 795, possédant 1 246 503 broches et 33 506 métiers, produisant annuellement 230 461990 yards (210 742 2G9 mètres) d’étoffe, consommant 77 757 3 1 0 livres ou 2 1 4 882 balles de coton , et employant 18 539 hommes, 38 927 femmes et 4691 enfants; la valeur annuelle des articles manufacturés était de 26 millions de dollars (130 millions de francs), et la quantité des indiennes était estimée à 40 millions de vards (36 millions de mètres). A cette époque, il n’y avait point de filatures de coton au midi du Delaware. En 1840, il y avait 1240 filatures, pourvues de 2 284 631

broches et consommant 132 835856 livres ou 332 089 balles de colon. I.,e tarif protecteur de 1842 encouragea cette branche d'industrie en arrêtant les importations, qui doubleront toutefois, eu 1846, à la faveur du tarif peu élevé de 1846; cependant, en 1850, bien que le nombre des filatures fût réduit à 1074, le chiffre total de 1a production augmenta considérablement , car elles consommèrent 641 240 balles de coton de 400 livres chacune et fabriquèrent pour 65 501 687 dollars (327 508 435 francs). De ces filatures, 213 étaient situées dans les États du Sud et de l Ouest, et le reste dans les Étals de l’Est et du Centre. Dans les dix dernières anni“es, la tendance à concentrer celte industrie dans un nombre relativement restreint de riches établissements a été plus manifeste encore; mais la production a continué de suivre uue progression ascendante cl a atteint en 1860 la valeur de 115237926 dollars (576 189630 francs). Sur les 915 filatures restant alors, 1 94 appartenaient aux États du Sud et de l Ouest. La rareté et la cherté du coton, jointes à la baisse des affaires en général, conséquences de la guerre civile, ont depuis cette date diminué temporairement le chiffre de la production.

filature de laine a été pratiquée comme industrie domestique presque dès la fondation des colonies ; mais elle ne s’est développée sur une vaste échelle dans de grands établissements qu’après 1810. Dans le relevé du recensement de 1810, la valeur des articles de laine, presque généralement fabriqués dans les familles, est portée à 25 608788 dollars (128043 940 francs). Ce n’est qu’en 1820 qu’il est question de grandes manufactures , et la production à cette époque est évaluée à 4 418 068 (22090340 francs). En 1830, elle s’était élevée à 14 528166 dollars (72 640830 fr.). En 1840, les capitaux engagés dans cette branche d’industrie

moulaient à 15 7G5124 dollars (78 825G20 francs); la quantité de laine consommée était de 00 808524 livres; le nombre des j>ersonne8 employées, de 21 342; et la valeur des articles manufacturés, de 20 G9GG99 dollars (103 483 495 francsj. En 1850, les fabricants de grosse draperie avaient appris l’art du grand teint, et ce genre de fabrication avait reçu une impulsion considérable; de plus, le métier mécanique à tapisserie était inventé, et les filateurs américains étaient dès lors capables de fabriquer des ta|)is (jui pouvaient rivaliser avec les laj)is anglais pour la qualité et la solidité. même année, on comptait 2447 filatures, avec un capital de 2G8M 407 dollars (84 057 035 francs); 70 8G2 829 liv res de laine avaient été employées à la fabrication d’articles évalués à 41 588 033 dollars (207 940 IG5 francs). Ces totaux ne comprennent pas la fabrication d’étolTes dans lesquelles il entre un mélange de laine et de eoton. En 18G0, on voit se produire, par le l'ail d’une concentration analogue à celle que nous avons signalée pour l’industrie cotonnière, une diminution dans le nombre des filatures ; on en compte G38 de moins qu’en 1850; cependant la somme des capitau.x engagés dans cette industrie s’est élevée à 35 520 527 dollars (I77G02G35 francs); la quantité de laine consomnu'e à 80 38G 592 livres, auxquelles il faut ajouter IG 008 G25 livres de colon pour les articles mélangés; et la valeur des produits à G8 8G5 9G3 dollars (344 329 815 francs).

La fabrication du cuir (mégisserie, corroirie, tannerie, etc.) est entnie en activité peu de temps après la fondation des colonies; c’est en effet un genre d’industrie qui convient tout particulièrement aux colonisations de date récente, et elle n’a cessé de progresser et de prospérer jus(|u’à ce jour. En général, les grandes tanneries ont été établies dans les localités où abondent le hem-

lock (espèce de cèdre) et le chêne, dans le but d’obtenir sans des frais de transport exorbitants l’écorce nécessaire au tannage. En !85Ü, il y avait aux États-Unis G5‘28 tanneries et corroiries, dans Icsipielles 2*2 575 personnes 'étaient eniployé<“s; le capital d’exploitation était de 20GÜ2 045 dollars (103 014 725 francs), et la valeur du cuir sur le marché de 37702 333 dollars (188511 GG5 francs). Les relevés de 18G0 sont encore incomplets ; mais on a évalué jusqu’ici à G3 00 1 05 1 dollars ( 315 455 255 francs) la production du cuir consommé presque en totalité dans le pays, les exportations de ce genre de marchandise n’ayant atteint, en 18G0, qu’une valeur de G74 809 dollars (3374 045 francs). Voici en quoi consistait la fabrication du cuir en 1850 : bottes et souliers évalués à 53 0G7 408 dollars (2G G08 37 0 francs); gants, 708 181 dollars ;3 540 020 francs), ceintures, 105 500 dollars (527 500 francs); maroquins, 3 8G1805 dollars (10300475 francs ; cuirs vernis, 1 3G8300 dollars (6811 500 francs); selles et harnais, 0 035 174 dollars (40 G77 370 francs) : total, GO 046 7G1 dollars (310 733 805 francs). Les données olllcielles, recueillies Jusqu’ici , indiquent, pour 18G0, une aiigmeutation considérable dans la production de ees diverses branches d’industrie. En 1850, les États qui avaient produit la plus grande quantité de cuir, et chacun pour plus de I million de dollars (5 millions de francs) étaient le .Maine, le .Massachusetts, le New-York, le New-Jersey, la l’enn.sylvanie, le Maryland, le Kentucky et l’Ohio. En 18G0, les États du Maine, du Newllampshire, du Vermont, du Massachusetts, du New- York, de la Pennsylvanie, du New-Jersey, du Maryland, de la Virginie, du Tennessee et de l’Ohio, ont produit du cuir chacun jusqu’à concurrence de plus de 1 million de dollars (5 raillions de francs), et le .Massachusetts, le New-York et la Pennsylvanie ont chacun plus que doublé

4 Ou LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE.

leur production de 1850. I^es États du Massachusetts, du New- York et de la Pennsylvanie ont, à eux seuls, produit plus des deux tiers de la valeur totale. En 1850, le Massachusetts fabriquait la plus grande quantité de chaussures, il en avait produit presque la moitié du chiffre total ; les autres États, qui en fabriquaient chacun pour plus de 1 million de dollars (5 millions de francs) étaient le New-Hampshire, le Connecticut, le New- York, le New-Jersey, la Pennsylvanie, le Maryland et l’Ohio; collectivement ces États avaient fourni environ les 9/10 de la production totale.

Les ustensiles aratoires fabriqués aux États-Unis étaient évalués, en 1850, à 6842 610 dollars (34213 050 francs;; et en 1860, à 17802 514 dollars (89 012570 francs). En 18C0, un seul Étal (le New-York) en fabriquait pour une valeur de plus de 1 million de dollars (5 millions de francs) et cinq seulement ( le Massachusetts, le New-York, la Pennsylvanie, l’Ohio et l’Illinois) pour une valeur de 1 millions de dollars (5 millions de francs). En 1860, le New-York en fabriquait pour une valeur de 3 429037 dollars (17145185 francs), l’Ohio et l’Illinois , chacun pour plus de 500 000 dollars (2500 000 francs). En 1860, le New-York en fabriquait pour une valeur de 3 429 037 dollars (17 145185 francs), l’Ohio et l’Illinois, chacun pour 2 500 000 dollars (12500000 francs), le Massachusetts, et la Pennsylvanie, chacun pour 1 5U0 000 dollars (7 500 000 francs), et le Kentucky, l’Alabama, le Wisconsin et l’indiana, chacun pour plus d’un demi-million de dollars (2 500 000 francs). La fabrication des ustensiles et des machines agricoles à vapeur est évaluée pour 1860 à 46 1 17550 dollars (230 587 750 francs); c’est dans le New-York, la Pennsylvanie, le Massachusetts, l’Ohio, le New -Jersey, le Maryland, la Virginie, le Kentucky, la Californie, le Connecticut et le Rhode-lsland qu’elle a été le plus active.

La production de la farine en 1850 était évaluée à 136 056736 dollars (680 283 680 francs); 23310 personnes y avaient concouru , et elle avait nécessité un capital de 54415 581 dollars (272077905 francs); en 1860, elle s’était élevée à une valeur de près de 221 millions de dollars (1 105 000 000 de francs).

Les produits des scieries (planches, bois de construction, etc.), qui, en 1850, représentaient une valeur de 58 520966 dollars (292604830 francs), étaient montés en 1860 à 93651 000 dollars (468255 000 francs).

Nous avons également à signaler une grande augmentation dans la production des industries suivantes, qui, en 18.50, était évaluée aux chiffres que nous allons

indiquer :

dolltrs. frtnct.

Boulangerie 13294229 66471145

Forge 16048 536 80242 680

Ébénisterie 17 663054 88 315 270

Impression d’indienne 13480 805 68404 025

Fonderie de suif 10199 730 50998650

Draperie et confection de vêtements 48 311709 241558 545

Charronnage et carrosserie 11 073630 55 368 150

Distillerie 15 770 240 78 851200

Chapellerie 14319364 71599320

Caoutchouc 3024333 15 121675

Armurerie.. 2173014 5865070

Instruments de musique 2580715 12903585

Clouterie 7 662144 38 310720

Papeterie 10184177 50935885

Empaquetage de viande de porc et de hmuf. 11981642 59908210

Imprimerie et librairie 11586549 57932745

Construction de navires et de bateaux. . . 16 595 683 82 978415

Exploitation des carrières 8 180 115 40900575

Poëlerie et fourneaux 6124748 30 623740

Raffinerie de sucre 9 898 800 49 494 000

Ferblanterie et têlerie 8933188 44 665940

Manufacture de tabacs 13 491 143 77 465 735

Blanc de céruse 5242213 26211065

La bijouterie plaquée, les machines à coudre, les machines à faucher et à moissonner, les huiles de pétrole,

les objets en gutta-percha , les chemises, etc., qui ne Ggurent pas dans les relevés de 1 850, sont pairenus à un degré d’importance suffisant pour que nous leur assignions une place distinguée parmi les produits de l’industrie américaine en 1 860.

C’est à un Américain que revient l’honneur d’avoir inventé la première presse rotatoire à imprimer qui ait réussi , et sans laquelle il serait impossible de satisfaire aux besoins des journaux modernes, qui ont une circulation bien plus étendue que leurs devanciers. Richard M. Hoe, de New-York, parvint, en 1847, après de nombreux essais, à construire sa presse à cylindres, dans laquelle les caractères sont retenus par le frottement entre des colonnes à biseau. La presse à dix cylindres imprime 15000 feuilles à l’heure. La Pairie, de Paris, a été en France le premier journal qui ait employé une de ces presses perfectionnées. Le Times, de Londres, possède deux presses à cylindres de Hoe, et il yen a environ 50 en activité aux États-Unis.

Les citoyens des États-Unis sont depuis longtemps célèbres pour leur génie inventif, notamment dans la sphère des machines propres à produire une économie de travail. Le tableau suivant des opérations du Bureau des Brevets, pendant les vingt années qui viennent de s’écouler, indique jusqu’à quel point les inventeurs ont profité des privilèges exclusifs que leur accorde le gouvernement :

ANNÉES

DIMA!<DES

enregistrées.

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