‹ Les Etats-Unis d'Amérique et l'émigration [microforme]Chapitre 5 sur 13 · LT IE A CS D ER · texte numérisé non relu

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luxe de démonstrations et de raisons quintessenciées. J’aime mieux vous en faire toucher du doigt l’arcane à l’aide d’une simple anecdote, d'autant plus qu’elle n’est pas tirée de l’histoire ancienne : ce n’est pas à Plutarque que je l’emprunte.

On raconte qu’un des généraux les plus en renom de la France contemparaine, inspectant un jour la célèbre école militaire de Saint-Cyr, aperçut un nègre parmi les élèves rangés en bataille. Il s’informe : les notes de l'élève de couleur sont excellentes ; il a toutes les qualités d’un officier d'avenir. Et le général, peut-être attiré par ce regard à la fois doux et triste, attachant et attaché, des enfants de la mystérieuse Afrique, quand ils sont traités avec bonté, se dit qu’il doit lui adresser quelques paroles. Il s'arrête donc devant lui, et d’un ton paternel : «C’est vous le nègre du bataillon P» — «Oui, mon général » — « Allons ! c’est très bien, continuez, »

Vous riez ; c’est bon signe : vous n’en saisirez que plus vite et plus clairement la réponse au problème que je viens d'avoir l’honneur de poser devant vous. La Constitution Américaine dit exactement les mêmes paroles que le brave maréchal de France au nègre de Saint-Cyr. Un immigrant se présente ; elle lui dit : « Vous êtes Irlandais P c’est très bien, continuez » ; à un autre : «Vous êtes Allemand P c’est très bien, continuez » ; à celui-ci : « Vous êtes Italien ? c’est très bien, continuez » ; à celui-là : « Vous étes Canadien? c’est très bien, continuez » ; et ainsi de suite, pour tous et pour chacun de ces représentants de nationalités diverses qui, le plus grand nombre du moins, se trouvent chassés par la misère noire de leurs pays respectifs. Continuez, c’est-à-dire gardez la fleur de votre patriotisme sur le sol hospitalier de l'Amérique. La Constitution Américaine tient pour certain que les déchirements du cœur sont une

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des principales causes de l’avilissement moral des hommes. Aussi accueille-t-elle tous les émigrants, non comme des étrangers, mais comme des frères du dehors; elle voit en eux non des mendiants, mais des travailléurs qui, sans soulever de rivalités entre eux, sans subir le dédain de personne, n’ont qu’à s'unir aux enfants de la libre et vivace Amérique, pour s’entr'aider à résoudre tous ensemble un autre grand problème : celui de l’équitable prospérité publique.

C’est pourquoi l’émigré, d’où qu'il vienne, trouve aux Etats-Unis comme apprentissage d’un régime de liberté, la liberté de garder son cœur à sa patrie d’origine, la liberté de conserver sa religion, sa langue, ses mœurs, ses habitudes nationales. On ne lui demande que de ne pas enfreindre les lois de l'Etat qui lui donne l’hospitalité, qui l’associe à sa propre activité populaire. Bien plus, cette disposition fondamentale, essentielle, de la Constitution Américaine, qui laisse à chaque Etat son gouvernement local, sa législation comme sa législature propres, afin que les besoins, les intérêts et la sociabilité de tous ceux qui en forment la population y trouvent plus de facilités à s’y faire bien connaître et bien servir, cet organisme fédératif, dis-je, n'est-il pas en lui-même un surcroît de garantie donné à l’émigré, en faveur du respect de ce foyer religieux, intellectuel et moral qu’il emporte avec lui sur la terre étrangère ?

Si l’émigré veut devenir citoyen américain et avoir droit de prendre part non seulement à la vie sociale, mais encore à la vie politique, à l’activité nationale de l’Union, il faudra nécessairement qu'il fasse acte d’allégeance et de fidélité à la Constitution Américaine ; mais cet acte, qui le détache de la vie publique de son pays natal, lui impose-t-il l’abjuration du culte de sa patrie, de l’amour de sa natio-

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