‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 112 sur 139 · I. — P1TTSBURG · texte numérisé non relu

I. — P1TTSBURG

Cette poussée générale d'idéalisme dont j'ai trouvé partout les signes évidents, ces concours d'activités bienfaisantes ouverts entre les universités, les églises, les États, les villes, les particuliers, les associations publiques et privées, supposent, en même temps qu'un grand feu sacré, beaucoup d'argent. L'idéalisme est un placement à longue échéance qui exige de larges sacrifices : l'idéalisme paie et paie royalement, mais en proportion des avances et des efforts qu'il a coûtés. Les Américains ne comptent ni leurs avances ni leurs efforts. Ils comprennent qu'un pays neuf est un enfant qu'il faut commencer par nourrir, fortifier, instruire avant de rien lui demander ; plus vous aurez dépensé pour lui, plus il rendra de services dans l'avenir, mais dans l'avenir seulement. Les Américains font en sorte que cet avenir soit le moins éloigné possible. Ils ont débuté par la fièvre de l'impatience ; ils en sont maintenant à tirer parti de leurs expériences et à s'organiser avec méthode pour subvenir à leurs besoins. Leur train de maison

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est déjà considérable ; ils se meltent en mesure de l'augmenter. La grande affaire est de produire et de produire toujours davantage, puisque la population ne cesse de s'accroître, puisque la production n'augmente que dans la proportion de 40 p. 100, tandis que la consommation augmente de 60 p. 100. Tirer du sol, dessus et dessous, tout ce qu'il peut donner sans tarir ses ressources, c'est à quoi, plus ou moins, chacun s'applique avec succès, nous l'avons vu. Les produits varient suivant la latitude, mais ils sont partout abondants : ici le maïs, le blé, l'orge, la pomme déterre; là le coton, le riz, le sucre, le tabac: là les fruits du nord, les produits de la ferme et de la basse-cour, les animaux et tous leurs produits manufacturés, viandes gelées, conserves, cuirs. peaux, etc. ; ici les produits des mines, fer, cuivre, plomb, houille, pétrole, métaux précieux ; ici les tissus de coton, les produits d'une industrie naissante mais avide d'innovations, depuis les wagons, les locomotives, les automobiles, les pianos, jusqu'à la machine agricole, la machine à écrire, la machine à compter, la machine à coudre, jusqu'à l'incomparable et universelle machine-outil, la machine qui change les années en heures, la machine qui remplace des milliers de chevaux, des millions de bras, des millions de mains, de doigts délicats, la machine qui remplace l'ouvrier et l'ouvrière à l'atelier et dans les champs; jusqu'au rail d'acier enfin dont le prodigieux réseau ne cesse de s'étendre et dépasse à lui seul celui de l'Europe. Car produire n'est que le commencement, il faut vendre ses produits, les mettre en circulation, les amener sur les marchés. Là est le grand effort complémentaire. Une

bonne circulation des choses, des êtres et des idées, — tout cela se tient, — c'est la circulation du sang d'un pays. Voilà ce que les Américains comprennent, à mon avis, mieux que nous, Français. De l'air, de l'air, de grands courants d'air, voilà la vie sociale, intellectuelle, économique des Etats-Unis.

C'est à Pittsburg que j'ai le mieux senti ce double besoin de produire et de circuler, bien qu'il y soit moins impatient peut-être que dans d'autres villes nouvelles dont j'ai parlé, mais précisément parce qu'il y existe depuis assez longtemps pour avoir soulevé tous les problèmes que pose le développement d'une grande cité industrielle. C'est à Pittsburg, comme on sait, qu'éclata l'une des grèves les plus sérieuses et les plus sanglantes des États-Unis; c'est là que les conflits entre patrons et ouvriers sont, non pas les plus aigus maintenant, mais les les plus difficiles peut-être à résoudre; c'est là que l'antagonisme m'a paru le plus irréductible entre l'ouvrier blanc et l'ouvrier noir ; là que le socialisme, profitant du progrès de l'instruction générale, fait une propagande active, là aussi que se manifeste le plus puissamment l'effort de la philanthropie et de l'esprit public.

J'ai séjourné à Pittsburg plus qu'ailleurs en 1907 ; j'y suis revenu et m'y suis attardé encore en 1911, à la fin de mon long voyage, retenu par le charme d'une hospitalité familiale et par la nécessité de mettre de l'ordre dans mes observations. Enfin Pittsburg est une si belle ville ! Elle a son passé déjà vieux d'un siècle et demi, et cependant, à voir ses quartiers neufs gravir, de colline en colline, Jusqu'aux grands espaces de « Shenley Park », à

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