‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 12 sur 139 · I . — SAX-FfiAXCISCO · texte numérisé non relu

I . — SAX-FfiAXCISCO

Ce qui déconcerte invariablement les Européens aux Etats-Unis, c'est la distance, l'étendue sans fin du pays à peine peuplé. Le Tej^ajSj riche en ressources, mais pauvre en eau jusqu'à présent, n'est, pendant plus de deux jours de chemin de fer, qu'un long désert; et il en est à peu près de même de rArjzona jusqu'à présent, malgré les mines d'or qu'on y exploite et sa production agricole encore à ses débuts; mais la Californie, si fertile, plus grande, elle aussi, que la France, ne compte que deux millions d'habitants, dont une bonne partie vivent dans les villes. Le voyage dure un grand jour, du matin au soir, plus de douze heures, de Los Angeles à San-Francisco. Il est vrai que les trains sont lents et que les lignes n'ont qu'une voie, mais imaginez une France qui serait moins peuplée que Paris, que New-York et que Chicago, et subitement tous les problèmes qui se posent pour l'avenir de ce pays se présentent à nos yeux sous un jour nouveau.

Il est clair qu'un pareil pays est appelé à devenir

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une pépinière non pas seulement de plantes, niais d'hommes et d'idées, un^ardin^ d'expériences nouvelles donl les résultais nous reviendront et transformeront notre vieux monde par répercussion ; mais, en attendant, toute prévision précise d'avenir formulée par les voyageurs, les hommes d'État et les écrivains européens sur les Etats-Unis du Nord est précaire, plus encore que les jugements dont l'âge mur est si prodigue sur l'avenir des jeunes gens.

La notion des dislances se modifie tous les jours d'ailleurs, même en Europe ; nos grandes villes essaiment et leur périmètre s'étend indéfiniment, à Berlin, à Londres, à Moscou, comme à Paris. L'installation des tramways électriques a permis aux nouvelles villes américaines de concevoir leurs plans sur une échelle immense et de se réserver de larges espaces libres pour 1rs parcs, les avenues, les places, les promenades, les écoles, les musées, les institutions, etc. Ce qui n'empêche pas de construire, en outre, les maisons en hauteur dans les quartiers où se concentrent les affaires Malgré tout, ce n'est pas sans peine qu'un Européen s'habitue ici aux longs trajets et leur réserve, dans le mouvement quotidien de la vie, le temps nécessaire. A Washington, les résidences, les ambassades sont très loin du capitule ; les Américains ne semblent pas s'en apercevoir; à Los Angeles, où j'ai reçu l'hospitalité la plus cordiale, dans une villa du quartier élégant el somptueux entre tous, j'étais à plus de dix kilomètres de la -are. a San-Francisco je (levai- l'aire des conférences à l'université de Californie, à Berkeley, el à celle de Leland-Stanford, à Palo Alto. Mais pour

arriver à Berkeley, que j'avais pris pour un faubourg et où résident un grand nombre de San-Franciscains, il faut gagner la gare des grands bacs qui traversent la baie, comme ceux de New-York qui traversent encore la rivière Hudson, puis prendre un cbemin de fer électrique, soit une heure de trajet environ, ' matin et soir, pour les abonnés. Pour arriver a Palo Alto, le chemin de fer suffit, mais c'est un voyage d'environ une heure également. Cela ne compte pas. On s'organise, on lit, on respire, on se repose ; ces petits voyages continuels font partie, sans doute, du repos des Américains. Le voyage pour eux n'est rien. J'ai vu un vieillard de quatre-vingt-douze ans, John Bigelow, s'embarquer à New-York pour aller faire ses visites annuelles en Europe. Ici les jeunes gens, les jeunes filles traversent le continent dans tous les sens, à la moindre occasion, pour se rencontrer, pour se connaître, pour fraterniser. Je vois des habitants de San-Francisco, à commencer par Raphaël Weill. qui vont en France tous les ans et qui s'étonnent de mon étonnement ; ils comparent en riant les dislances actuelles à celles de jadis, il y a cinquante ans, quand il fallait au minimum un mois ou un mois et demi du Havr? à New-York, autant de New -York à San-Francisco ; loin de se plaindre de ce qui reste encore de jours à franchir, ils se félicitent que ce soit si peu et ils en profitent.

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