II. — LA M A IN U ( IE L" VUE E T L A GRI C U I. ÏL'RE
Pour concevoir la vie aussi largement, il faut de larges moyens d'exislence, et c'est ici que surgissent
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de tous côtes les problèmes. Et d'abord comment organiser un pays si vaste, avec quelle population '! Et cette population, où la trouver:' L'Américain a trop à faire pour s'embarrasser d'une famille nombreuse : il faut recourir à l'adoption, l'esclavage étant aboli, c'est-à-dire à l'immigration. L'immigration des Européens ne suffit pas. nous verrons même plus loin ses meilleures sources se tarissant ; elle ne donne qu'une quantité relativement encore infime de travailleurs pour l'agriculture, pour le service domestique ; il en résulte que la vie est chère el que les ouvriers de métiers européens ne se fixent en Californie que moyennant des salaires très élevés ; ce que gagne ici par jour un maçon, un menuisier, ou un charpentier européen parait exorbitant, — jusqu'à quarante francs par jour. Exactement : un charpentier jusqu'à six dollars 30 francs), un maçon, poseur de briques, jusqu'à 7 ou 8 dollars (3o à 40 francs), et 8 heures de travail par jour, pas une minute de plus. Encore les prix ont ils baissé ; on a payé la journée jusqu'à onze dollars .">'"> francs . plus de 5 francs l'heure, au plus fort de la reconstruction de la ville. Il est vrai que les ouvriers sont syndiqués si rigoureusement qu'ils peuvent dicter et dictent effectivement leurs conditions. Tous les corps de métier sonj (es maîtres de leurs salaires ; seuls les ouvriers d'art ou exceptionnels, isolés, sont moins demandés, moins bien traités par conséquent. Les Nègres ne viennent pour ainsi dire pas en Californie: le climat rude ne leur convient pas; ils ont été écartés, en outre, par la concurrence de l'ouvrier jaune.
Où trouver des cuisiniers, des femmes de chambre,
des serviteurs ? On s'arrange pour avoir quand même des cuisiniers chinois, des valets de chambre, des maîtres d'hôtel, des grooms japonais. Dans le principal hôtel de Seattle il n'y a pas de femmes : les filles de cuisine et les femmes de chambre sont remplacées par de jeunes Japonais, ce qu'on appelle les bell-boys ; quelques propriétaires privilégiés engagent des jeunes filles Scandinaves. Il y a des spécialités : par exemple, les blanchisseurs, jadis chinois, sont aujourd'hui français, à San-Francisco ; ils forment une colonie nombreuse et très estimée, qui m'a fait fête, une colonie qui, à la différence de r beaucoup d'autres, n'a pas d'histoires; il y a aussi des garçons de restaurant français qui sont satisfaits. Je ne parle pas, bien entendu, des prix exceptionnels tels que les appointements de certain chauffeur, à l'origine des autos, ou même encore aujourd'hui le traitement d'un chef français réputé, payé, à ma connaissance, quinze mille dollars par un grand Intel de New-York, soixante-quinze mille francs par an, ou plutôt pour six mois seulement, avec la faculté d'aller passer chaque année six mois en France.
Mais la culture? Oui peut venir aider le fermier californien aux prises avec la double tâche : 1° de mettre en valeur un sol magnifique, verger, potager, prairies, champs de céréales sans limites, fécond en produits de tous les climats; 2° d'assurer l'exploitation industrielle de ce sol, d'en récolter, emballer, frais ou conservés, transporter, vendre ou exporter les produits? C'est une culture et, tout à la fois, une ■- industrie et un commerce ; il faut du monde et de
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l'argent pour s'en tirer. Et cela dans un pays qui, n'ayant pas de population, n'a pas de routes, en dehors des chemins de fer et des tramways.
On en est quitte pour ne pas s'éloigner beaucoup des grandes lignes, ou bien on utilise largement l'élevage des chevaux, en attendant l'automobile.
Voici, en deux mots, comment se pratique l'élevage en général avec le minimum de personnel, entre Sah-Francisco et Sacramento par exemple, et comment il alterne avec les cultures. Des deux eûtes dr la ligne du chemin de fer. au pied des majestueuses chaînes de la Sierra Nevada, la plaine s'étend à perte de vue, verte et sans obstacle. Ici paissent et pullulent par milliers, en quantités que je n'avais pas soupçonnées, des troupeaux de moutons et d'agneaux; plus loin les troupeaux, également très nombreux, de vaches, avec la laiterie, très simple mais vaste et bien comprise, au centre; là les chevaux; entre temps des troupes de dindons, des poulaillers, des porcs. Des jeunes gens, les cow-boys, dressent successivement les chevaux, à la selle d'abord, puis à l'attelage ; cela fait, le moment venu de labourer ou de herser ou d'aplatir, le fermier fait venir du ranch, où les animaux vivent en liberté, le nombre dont il a besoin; on attelle un jeune cheval au milieu de ses aînés et ainsi de suite. Très rapidement, avec des attelages de six à huit bêtes et davantage, des champ- immenses sonl mi- en étal de recevoir le grain, et la semeuse passe ; plus tard, -i la reçoit'' presse hop. 1.' premier des Fermiers qui a terminé son travail loue ses équipages aux autres- Tout cela se simplifie au fui- <•[ à mesure que la propriété se morcelle, ou plutôt à mesure qu'elle cess
d'être illimitée ; mais la main-d'œuvre n'en manque pas moins, car la culture des céréales n'est pas tout : il y a la cueillette des fruits, la traite des vaches, la préparation des conserves, etc. Et c'est ici que se pose le problème de l'immigration chinoise, hindoue ou japonaise.