‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 20 sur 139 · II. — UNE CAMPAGNE ÉLECTORALE · texte numérisé non relu

II. — UNE CAMPAGNE ÉLECTORALE

On m'objectera que je cède à imparti pris d'admiration en relevant tant de progrès enviables réalisés aux États-Unis; la vérité es! que j'y ai pris des bains de simplicité. Surtout dans l'Ouest, dans l'extrême Ouest, j'ai vu tomber nos vieilles préventions les unes sur les autres, el des conceptions naturelles prendre leur revanche sur des traditions de notre vieux monde qui n'auraient aucun sens dans le nouveau. Pourquoi ne pas l'avouer? j'ai refait, en courant le monde, ma propre éducation ; je n'ai pas pu me dispenser d'ouvrir les yeux et les oreilles; mes voyage-, iii.i vie elle-même, ne sont qu'un long chemin de Damas. J'ai été littéralement pris d'assaut, envahi par des problèmes que ma prudence ou ma routine reléguaient au second plan de mes préoccupations. Je me suis débattu en vain. Que l'aire, par exemple, contre l'attaque sou laine el simultanée de toutes les femmes de la Californie .' Il m'a fallu brusquement, du jour au lendemain, prendre parti pour ou contre elles! Qui m'eût dit jadis que moi, diplomate, je ferais campagne, bien plus, que j'inaugurerais la campagne électorale en faveur du vote des femmes à San Francisco ! G'esl pourtant ce qui s'esl passé. Je ne me suis pas rendu sans résistance : j'ai parlé très franchement ; j'ai été contredit, interpellé dans plusieurs réunions nombreuses; je n'ai rien caché de la lutte qui se livrait entre mes bons senti-

ments naturels et ceux que je tiens de mon éducation européenne. Ce combat a duré pendant toute la semaine que j'ai passée en Californie, sans un instant de répit; téléphone à longue distance, télégrammes de jour et de nuit, messages, lettres, visites, rien n'a été1 épargné pour me déterminer à intervenir.

En principe, j'avais déjà donné des gages. Dans beaucoup de villes des États-Unis, les journaux avaient répandu mes idées maintes fois publiées sur « les femmes et la paix ». Tous les efforts en faveur des faibles, tous les mouvements d'émancipation, d'assistance, d'amélioration sociale se confondent dans la grande lutte primordiale contre la violence ; on ne peut poursuivre le progrès de la race humaine en même temps que son asservissement et sa destruction; tout cela se tient; il faut être pour ou contre la force, pour ou contre le droit; qu'on le veuille ou non, tout féministe est pacifiste, et réciproquement; et cela est vrai surtout aux Etats-Unis, dans les pa}?s neufs. lia une place est attribuée à la femme et à l'enfant d'autant plus haute que le pays est plus nouveau. La condition de la femme s'est améliorée avec la marche de la civilisation, avec la marche du soleil ; elle atteint donc son maximum de progrès dans le Ear-West américain, sur la côte du Pacifique. Telle était, en substance, ma thèse que je ne pouvais me refuser à soutenir à San-Francisco ; mais cette thèse était trop modérée ; je m'en aperçus tout de suite : « Vous êtes trop facile à satisfaire », m'objectaient les Américaines; elles ajoutèrent même ; « Nous refusons votre certificat de félicité. » A ce coup droit que me porta la prési-

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