LES MORMONS
parcouru, el notamment sur l'Ctab. dont M. (iallois a l'ait, en quelques pages, la description.
La secte des Mormons est encore très puissante : son but est le travail, la production; son emblème est toujours la ruche aux abeilles sans nombre ; la polygamie n'y est pluslégale depuis que le territoire, élevé au rang d'État, doit obéir à la Constitution ou à la loi générale des Klat — I nis ; mais elle y existe encore en fait et elle ne peut pas disparaître du jour au lendemain.
Les colonisateurs mormons ont introduit dans leurs vastes solitudes la polygamie comme un élément de civilisation et comme un devoir religieux : le meilleur des hommes est celui qui a le plus d'enfants; et les meilleures des femmes sont celles qui participent à l'accomplissement de ce devoir. Le recrutementdes femmes s'exerce au loin, particulièrement dans les pays du nord de l'Europe, d'où les immigrantes sont dirigées sur le port de Boston et de là, sous des qualificatifs divers, sur l'Utah où elles se déclarent très satisfaites de leur existence et plus obstinées même que les hommes à n'y rien changer. II est vrai qu'aujourd'hui le pays est relativement peuplé ; l'ancienne obligation religieuse el locale esl en contradiction avec l'interdiction légale eJ générale; mais la loi. là comme ailleurs, ne suffit pas à transformer les mœurs et les besoins d'une population; quand elle est prématurée,on 1,1 tourne. L'agrieulture el l'industrie ont encore besoin de beaucoup de bras, de beaucoup de familles. Comment condamner pour demain ce qu'on a été oblige d'admettre la treille et ce qu'on est obligé de tolérer aujourd'hui '.' Comment proscrire les familles nouvelles sans faire tint, -ans faire'injure
aux familles déjà créées? Pour ne parler que des enfants, leur situation ne peut pas être réglée par un décret; elle est souvent des plus pénibles. Beaucoup d'entre eux sont fidèles à la foi de leurs parents ; ils croient ce que leurs parents leur ont enseigné, la vérité qu'ils ont pratiquée ; ils appartiennent à des familles de 10, de 20, 30, 40 enfants. Lorsqu'un père, par obéissance à la loi nouvelle, répudie Tune de ses femmes, il répudie en même temps, une partie de ses enfants. C'est une offense mortelle faite à leur mère et à eux-mêmes, une injustice au détriment des uns et au profit des autres ; c'est une complication inextricable au point de vue des droits de propriété, de succession ; c'est un crime qui sépare les familles en plusieurs camps de frères ennemis. Des frères restent ainsi dans la même ville qui ne se sont pas parlé depuis vingt ans...
Quoiqu'il en soit, l'État d'Utah est prospère; la ville de Salt-Lake-City grandit tous les jours ; c'est la plus hospitalière des cités. J'ai été invité à parler au tabernacle des Mormons ; j'ai été présenté aux assistants par le gouverneur élu de l'Etat ; l'orgue monumental, dans cette salle immense contenant 14 000 sièges, m'a salué d'un concert organisé en l'honneur de la France et finissant par le frémissement de la Marseillaise applaudie...
J'ai parlé aussi devant les 3000 jeunes gens et jeunesfillesde l'Université, devant cesenfants divisés. Je n'ai pas voulu omettre dans ma campagne un État de cette importance, un État qui vote et qui apporte au Congrès de Washington et dans les destinées du pays sa grande part d'influence ; mais j'avoue que je suis parti troublé de cette visite, me demandant com-