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vaut: « .le vous remercie de vos paroles... j'en avais besoin ! »
Ces mots me sont restés au fond du cœur comme l'expression du sentiment qui m'avait attiré d'instinct aux États-Unis. Oui, ces jeunes gens ont besoin qu'on leur parle d'autre cliosc que des conquêtes et des gloires de la violence; ils ont besoin qu'on exalte aussi le patriotisme du travail et de la patience; ils ont besoin qu'on exalte l'héroïsme de l'aviateur, de l'inventeur, du pionnier, du savant, de l'artiste qui refuse de sacrifier son idéal à la routine, l'héroïsme de tant d'êtres qui se sont voués au service de l'humanité. Ils ont besoin qu'on les mette en garde contre tant d'erreurs qui les guettent et qu'un leur montre la beauté d'une vie qu'ils puissent employer à se rendre utiles, à se faire aimer et non craindre.
(le jour de Pâques, je l'ai consacré à l'hommage que nos deux peuples doivent à leurs nobles souvenirs communs; j'ai parlé aux Américains au nom des milliers de Français ignorés ou méconnus qui ont vécu cet héroïsme, au nom des nobles cœurs qui ont jeté à tous les vents de l'horizon la sainte graine de leur enthousiasme.
m. — DE n v E u
Après Boulder, heureux d'être seul, je suis rentré coucher à Denver où j'ai été le lendemain l'hôte de la Chambre de Commerce, ainsi que des « Fils et des Filles de la Révolution aux Etats-Unis ». .J'ai parlé toute la journée.
A ce propos je dois édifier ceux de mes amis
français qui m'attribuent une connaissance trop flatteuse de la langue anglaise. Je parle l'anglais comme j'ai parlé le grec et l'italien, pour les besoins de mon action, et sans la moindre prétention. Pour persuader, pour faire pénétrer des idées simples dans un auditoire, il est bon de ne pas disposer d'un vocabulaire trop abondant. Ce qui doit frapper les esprits, c'est l'anatomie plus que le vêtement de la pensée. Si le vêlement est trop riche, il éveille la distraction, la défiance: le succès est plus grand; l'effet moins durable.
A Denver j'ai fait un miracle, ont dit les journaux du Colorado; — miracle facile, je ne m'en suis même pas douté ; — j'ai mis la paix entre les associations rivales des Fils et des Filles de la Révolution américaine ; elles se sont unies pour me recevoir et donner un très beau banquet en l'honneur de la France inspiratrice.
Ces sociétés existent dans beaucoup de villes des États-Unis; elles sont puissantes; les Américains fêtent leurs origines avec la tendre ferveur delà jeunesse, éprouvant le besoin de fonder, d'autant plus solidement qu'elles sont plus récentes, leurs traditions nationales. Loin de se désintéresser de ces manifestations, les femmes américaines y prennent une part prépondérante. Ce n'est pas elles que l'on confondra sous notre appellation démodée de « sexe faible » ; elles n'ont pas connu le sort des Européennes, longtemps reléguées avec les enfants, comme un luxe ou comme une gêne, sur le passage des conquérants; elles ont participé à la création des États-Unis, à la guerre de l'Indépendance ; conscientes du rôle, presque inconnu d'ailleurs et
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d'autant plus grand, que jouèrent leurs mères dans la colonisation du Nouveau Monde et dans toutes les grandes crises de leur pays, elles sont patriotes, ostensiblement patriotes, elles arborent leur opinion et leur drapeau ; elles se font un devoir de l'action publique.
Jamais cette action n'a été plus nécessaire qu'à Denveret dans tous les centres nouveaux dont réclusion subite, incroyable, n'a pas laissé aux mœurs le temps de s'instituer à cùté des installations humaines. Vivre d'abord, se grouper coûte que coûte, en hâte, poser des voies ferrées, des fils électriques, tracer des rues, distribuer l'eau, la nourriture, la lumière, construire des habitations, des magasins, des clubs, des écoles, des églises, des hôtels, établir la poste, la police, l'administration, fonder une ville enfin ; puis, cela fait, se reconnaître, procéder à l'éducation de l'esprit public, telle est la loi de toute colonie nouvelle. Songez que Denver n'existait pas il y a soixante ans et compte aujourd'hui près de deux cent mille habitants! 11 faudrait pousser l'injustice jusqu'à la niaiserie pour ne pas tenir compte aux États- Unis de ces formations phénoménales. J'admire profondément que l'ordre règne en somme, avec des aspirations très hautes, entre toutes ces métropoles improvisées.
Le banquet fut nombreux et plus que cordial, fraternel : les Américains accueillent leur hôte comme s'ils étaient ses obligés ; il est vraiment pour eux « le bienvenu ». J'avais pour voisine de laide la présidente des Pilles de la Révolution, femme agréable et distinguée, aussi peu provinciale que possible ce mol français et parisien n'es! pas traduisible en
tfATS-l HI9 D'AMI RIQI h ■ »■
américain) ; nous parlâmes de l'avenir de son association et par conséquent de l'avenir de son pays, — tout cela se tient — ; elle souhaitait ardemment la paix, en patriote, sachant que la paix seule peut assurer la prospérité et la force des Etats-Unis, mais la guerre ne l'effrayait pas. Les trois couleurs de nos deux drapeaux décorant la salle étaient, pour elle comme pour moi, le symbole des révoltes justes et fécondes, et elle répétait volontiers ces mots que je pris pour thème de mon allocution : « Soyons patriotes, suivons le drapeau ! »
La bonne organisation, la solidité de la patrie sont les conditions premières de la paix ; pas de nations. pas d'internationalisme ; nous n'allons pas revenir aux Sioux, aux Hurons, aux Apaehes et aux lroquois. Soyons patriotes; nul peuple au monde n'est plus patriote que le- Français; ils l'ont prouvé, ils le prouveront, s'il en est besoin : mais, plus nous suivrons chacun notre drapeau, plus il est essentiel que nous le placions chacun en bonnes mains ; et c'est ici qu'une éducation nationale est indispensable a chacun des peuples civilisés, aux Américains autant et plus peutêtre qu'à tout autre, parce qu'ils n'ont pas subi, comme tant d'autres, « l'enseignement des catastrophes. » Les femmes américaines peuvent beaucoup pour hâter dans leur pays cette éducation, veiller à modérer les emballements de l'opinion, museler les aboyeurs irresponsables qui émeuvent les foules. Quel que soit le sang-froid du Président des Etats- Unis s'appuyant sur une élite intellectuelle et morale, il peut un jour être débordé, si l'opinion n'est pas sur ses gardes pour le soutenir.
J'interprète fidèlement, en parlant ainsi, un senti-