‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 45 sur 139 · DENVER · texte numérisé non relu

DENVER

ment que j'ai entendu souvent exprimer. A Berkeley, notamment, h l'Université de 1 Etatde Californie, dans un amphithéâtre comble, le président lettré, cultivé, patriote ardent, M. Benjamin Ide Wheeler, m'a présenté en ces termes à ses élèves, près d'un millier de jeunes gens de dix-huit à vingt-deux ans : « Faites votre éducation afin d'éviter aux générations de demain les guerre.-; qui auraient pu être évitées aux génératiuns d'hier. Les Etats-Unis n'ont connu, jusqu'à présent, que trois guerres avec l'étranger, depuis celle de 1812-1815, avec l'Angleterre, jusqu'à celle avec le Mexique en 1846-1848, et celle avec l'Espagne en 18y8; toutes les trois auraient pu être évitées. » Il n'est pas un diplomate en effet qui ne sache qu'il y a quinze ans, au moment où un accident, qu aucune enquête n'a jamais pu attribuer sérieusement aux Espagnols, faisait sauter le cuirassé Maine, et enflammait, du même coup, le chauvinisme américain, les négociations se poursuivaient avec 1 Espagne de telle sorte que les Etats-Unis avaient la certitude de recevoir satisfaction sans coup férir. Ainsi cette guerre était sans autre cause que l'emballement dune opinion non renseignée; et cette opinion trompée a suffi pour déchaîner une force brutale, irrésistible. Le président Mac Kinley savait que la guerre était sans objet ; il a tout fait pour s'y opposer; il a dû céder néanmoins : il a cédé, la mort dans l'âme, et derrière lui, tous les Américains suivant son drapeau ont, bon gré mal gré, accepté cette guerre inutile. Eli»' a bien tourné pour eux finalement, mais .à travers quels risques el quels hasards I Les Américains sont braves, nous le savons, mai» li ~ Espagnols ne le sont pas moins; à -upposer qu'ils aient été

mieux préparés et que leurs canons sans munitions n'aient pas trahi la valeur de leurs marins, à supposer qu'ils aient eu dans les eaux de Cuba une flotte approvisionnée, une organisation élémentaire de défenses sous-marines, les Américains étaient-ils prêts eux-mêmes et pouvaient-ils l'être? Assurément non, si on parle honnêtement et sans se payer de déclamation.

Cette guerre inutile pouvait donc être un désastre pour la croissance des Etats-Unis ; elle a coûté, en tout cas, la vie à des milliers de jeunes gens, les meilleurs, qui sont morts pour rien, alors que leur activité était si nécessaire à la fortune comme à la gloire de leur patrie.

Les femmes américaines qui s'efforcent de prévenir le retour de pareils égarements sont des patriotes ; je ne me lasse pas de signaler leurs initiatives intrépides : j'en ai trouvé dans ce banquet un exemple amusant que je livre aux appréciations de nos Parisiennes. Un petit fait peut dire beaucoup; je n'en connais guère qui montre mieux avec quelle incommensurable assurance la femme américaine affronte les préjugés, la critique, même le ridicule, et se concilie finalement la faveur du public.

Voici le fait. Nous étions au milieu de notre banquet, à l'heure du sorbet; l'orchestre, dans un coin delà salle, accompagnait la fête; un chanteur venait de faire applaudir la Marseillaise de Schumann, puis un morceau écrit pour la circonstance : Le Prince de la paix, quand tout à coup un solo se détache, si retentissant, si mélodieux, si impeccable que les conversations cessent. C'était un solo de cornet à piston!... J'écoutai et je regardai. Oui donc jouait ainsi,

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