LA CIIAMBUE DE COMMERCE
quel rossignol égrenait pour nous ses trilles, ses roulades, exhalait sa plainte, offrait son hymne, son poème? Ce rossignol du cornet à piston, était une femme, une gracieusejeune fille blonde. Sans hésiter, le morceau fini, je me levai et j'allai serrer, avec toute ma chaleur française, les deux mains de cette jeune artiste. Je ne sais pas si elle a compris; je l'ai félicitée de son talent, mais plus encore de son courage. Toute la salle électrisée renchérit et fit répéter le solo. Ce fut mieux encore. Je n'avais jamais vuune femme jouer du cornet à piston ; elle se donne, elle respire la satisfaction, l'expansion, la plénitude de la confiance. Je me disais en la contemplant : « C'est la femme la plus heureuse des États-Unis ! » Et vraiment il en devait être ainsi, car il faut qu'une jeune iille soit supérieurement brave et bonne pour se décider à gagner sa vie avec cette vaillance.
Aux enfants gâtées, à nos innombrables névrosées je suggère sans malice, au contraire, une cure de cornet à piston.
Mais n'oublions pas qu'avant ce banquet révolutionnaire j'avais assisté au déjeuner, non moins mémorable, organisé de longue date, à l'occasion de mon passage, par la Chambre de Commerce de Denver.
IV. — LA CHAMBRE DK COMMERCE. LA l' Il ESSE. LA LÉGISL VIT RE DU COLORADO
Tout le monde comprend ce que doit être ou ce que devrait être l'effort d'une Chambre de Commerce destinée à faire valoir les ressources qu'elle met au
service de sa clientèle. Je ne me fais pas d'illusion ; les réceptions sans nombre dont m'ont honoré les Chambres de Commerce les plus diverses de- tous les pays que j'ai visités en Europe ou en Amérique ont eu pour principal objet de me révéler la supériorité de chacune d'entre elles sur toutes les autres. Denver a fait les choses au superlatif du superlatif américain ; on vous distribue avec le menu une carte géographique des États-Unis dont Denver est le centre éblouissant ; le reste du monde est dans l'ombre. J'ai été charmé de ce déjeuner de 300 ou 400 convives, dont là moitié au moins, comme toujours, étaient des dames ; il y avait aussi des agriculteurs, des ingénieurs et les principaux fonctionnaires de l'Etat du Colorado, l'évéque, fort intelligent et ouvert, etc. Le gouverneur, l'honorable John F. Shafroth, a prononcé, avec la plus parfaite bonhomie, un discours spirituel et pénétrant, dont le succès devrait donner à réfléchir aux mégalomanes de l'Est américain, car j'ai entendu cent fois applaudir ce même argument. « S'il est vrai, disait-il, qu'il faille préparer si chèrement la guerre pour avoir la paix, les États- Unis ont eu, jusqu'à présent, bien de la chance ! Nos deux seuls voisins sont la Grande-Bretagne, jadis notre ennemie acharnée, comme celle de la France, et le Mexique que nous avons également combattu. Ce sont des souvenirs relativement récents ; ils auraient dû, suivant les grands principes modernes, constituer pour nous le record de l'insécurité et nous imposer des charges proportionnées à l'immensité de nos frontières, vingt fois plus étendues que celles d'un grand État européen, sans parler de nos côtes ouvertes sur deux océans, sans parler non plus de