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LA GUERRE INÉVITABLE

devant les éducateurs, devant les travailleurs et devant la jeunesse du pays, dans les clubs, devant les Chambres de Commerce, les gouverneurs, les membres des Parlements et des tribunaux élus. Tous les grands journaux locaux reproduisant, chaque matin el iliaque soir, mes arguments, donnaient la part belle à quiconque aurait eu une objection valable à m'opposer, dans l'intérôl du pays, dans l'intérêt de la vérité. Je ne crois pas vraiment avoir manqué une occasion de tirer au clair ce qu'il peut y avoir de fondé aux Etats-Unis dans la légende du péril japonais, et, finalement, aujourd'hui que s'est achevée ma longue campagne dans le Far- West, je constate que je n'ai pas relevé une trace de préoccupation sérieuse.

J'ai trouvé dans quelques rares et rapides fragments de conversation, après diner, toujours la même chose et comme partout, quelques esprits agités et inquiets. Inquiets de quoi ? Inquiets de tout ; hier, du Mexique, aujourd'hui du Japon, demain de l'Allemagne. Car les journaux alarmistes, ne risquant plus en ce moment leurs excitations antijaponaises, se rabattaient déjà sur l'Allemagne et publiaient en gros caractères, pendant mon passage à Denver, leurs articles sensationnels sur « la prochaine guerre des États-Unis avec l'Allemagne ». Ces! l'Allemagne qui travaillerait aujourd'hui à prendre le Mexique, instruite par L'histoire qui nous a si bien réussi...

Ces bruits de guerre tombent d'eux mêmes si on ne les prend pas au sérieux.

L'éventualité d'une guerre entre le Japon et les États-Unis n'est vraisemblable que si on suppose les deux gouvernements également stnpides, les

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deux pays également aveugles et le monde entier indifférent à ce beau concours d'ineptie.

Examinons les pires hypothèses :

1° Les États-Unis attaquent les Japonais et sont vainqueurs sur toute la ligne, sur mer et même sur terre. Pourquoi nous arrêter dans nos suppositions '?

2° Le Japon au contraire attaque les Etats-Unis ; son triomphe sur terre, sur mer et dans les airs même — on Ta écrit — est complet.

Quelle que puisse être, dans l'avenir le plus sombre, la démence, le crime ou l'incapacité d'un gouvernement, on ne peut faire aux Etats-Unis l'injure de croire qu'après avoir donné au monde l'exemple et le signal du dévouement le plus actif à l'œuvre de La Haye, leur gouvernement sera jamais tel qu'il répudiera ses traditions, sa doctrine, sa foi, pour arrêter net le développement du pays, compromettre son avenir, risquer sa vie en vue d'une guerre dont, fût-elle victorieuse, personne ne pourrait percevoir les avantages et dont tout le monde peut au contraire, dès à présent, mesurer les désastreuses conséquences.

Raisonner en supposant que les États-Unis agiront dans une crise d'épilepsie, cela revient à escompter comme un événement normal le suicide d'un grand pays.

On m'objectera il est vrai, un accident, une seconde affaire du Maine, ou simplement un amiral américain, prenant sur lui, dans un moment critique, devant Manille ou Honolulu, de canonner un vaisseau japonais. Un premier coup de canon tiré trop vite, sans ordre même, comme à Navarin, voilà le drapeau national engagé. Toute l'Amérique, sans hési-

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