LA GUERRE INEVITABLE ? H
ter. sans même penser, suivra son drapeau. S'il en pouvait être ainsi, je demande quelle condamnation plus terrible peut-on prononcer d'avance contre une flotte qui, non contente d'immobiliser une jeunesse précieuse entre toutes, pendant la paix, apparaît comme la seule cause possible de la guerre !... Invoquera-t-on maintenant comme un précédent en faveur des armements, l'exemple de la flotte russe en route pour ïsoushima, en 1904, et risquant d'allumer, par surcroit, la guerre avec l'Angleterre à Dogger Bank'?
Une attaque du Japon par les Etats-Unis, sous prétexte de prévenir un danger imaginaire, n'aurait d'autre efl'et que de fortifier le Japon. On ne changera pas la géographie à ce point ; aucune victoire des États-Unis n'aura pour effet de rétrécir l'Océan ! Même vaincu, le Japon n'en resterait pas moins inaccessible, à l'autre extrémité du Pacifique. Humilié, en apparence, par le triomphe américain, il serait élevé en réalité au rôle de victime d'abord, de vengeur ensuite ; il serait moralement grandi à ses propres yeux et aux yeux des Asiatiques ; il deviendrait le champion du droit, le défenseur de la race jaune contre l'ambition de la race blanche. La solidarité du continent le plus intensément peuplé du globe lui préparerait de promptes, terribles et faciles revanches.
La victoire des Américains n'ouvrirait donc qu'une ère de représailles sans lin. A quel prix? Au risque de quels désordres en Amérique, désordres économiques et politiques? N'insistons pas et passons à l'hypothèse d'une attaque plus ou moins sournoise contre les Etats Unis par le Japon.
« Vous ne connaissez les Japonais, me disent les
alarmistes d'après-diner, que par des échantillons trop flatteurs. Le Japon guette les Etats-Unis, en attendant mieux; il a sa doctrine de Monroe, lui aussi, « l'Asie aux Asiatiques », et il la fera triompher ; là est son programme, son aspiration, sa raison d'être. Les outrages infligés couramment à ses nationaux ou aux Asiatiques, non seulement en Californie, mais jusqu'en Australie, sont pour lui une insupportable humiliation, un soufflet chaque jour répété. Le Japon ne dit rien, mais il encaisse, il accumule les affronts, il attend son heure, et, le moment venu, tenons' notre poudre sèche. Son armée est animée du feu sacré, comme sa marine; entraînée à la discipline et au succès. En admettant que le gouvernement japonais soit raisonnable, il finira par être débordé, obligé de suivre, un jour ou l'autre, comme tant d'autres dans l'histoire, la fièvre belliqueuse répandue par l'armée et par la flotte dans le pays. » Arrêtons-nous un instant à cette peinture du patriotisme et du courage japonais et observons, par parenthèse, que les mêmes alarmistes qui représentent le Japon comme le plus ardent et plus entraîné de tous les États militaires sont ceux-là mêmes qui prétendent que la paix détruit l'énergie d'un peuple : or c'est par des siècles de paix que le Japon a trempé son courage et préparé sa résistance à des armées et à des flottes européennes exercées. Mais reprenons notre hypothèse : le Japon a saisi son moment, son occasion; les Américains sont vaincus, démoralisés. Je reconnais que les Etats-Unis ont commis une erreur, en allant planter leur pavillon aux Philippines ; c'est là, dit-on avec raison, c'est là qu'ils sont vulnérables, comme aux îles Hawaï, et c'est là que le