‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 53 sur 139 · I.A GtJBRRE INÉVITABLE · texte numérisé non relu

I.A GtJBRRE INÉVITABLE

Japon les guette. A la première complication, le .lapon, très averti par ses soi-disant espions, saisit les Philippines ; de même les iles de llawaï, peuplées déjà de 80 000 Japonais... Cela fait, il pousse ses avantages; il menace l'isthme de Panama; il menace San-Francisco ; il prend ses gages, ses Qibraltars en Californie, au Mexique. Bref, il devient le maître du Pacifique, le maître de la mer, le maître de la moitié du monde, ni plus ni moins. C'est assez tentant.

Je crois volontiers que parmi les chauvins japonais, il est facile de se faire applaudir sur un tel programme. Nous avons trop connu en France ces applaudissements, et ce que notre Jules Ferry a appelé o les Saint-Arnaud de café-concert ». La copie de ces tristes caricatures existe dans tous les pays. Comment le panjaponisme n'aurait-il pas ses adorateurs, comme le pangermanisme, comme le panslavisme? C'est trop simple. Mais le tapage n'est pas uni' politique. Supposons le Japon assez aveugle poiir se laisser engager dans cette voie ; supposons qu'il trouve l'argent nécessaire ; où s'arrêtera-t-il *.' Comment s'an vlera-t-il ?

En même temps qu'il attaquera les Ftats-Lnis, quels que soient les efforts de sa diplomatie, quelles que soient nos divisions européennes, il menacera du même coup et au même instant l'Angleterre, l'empire britannique! Aucun traité secret ne vaudra contre la brutalité des faits» Prendre les Philippines aux Américains, c'est menacer les établissements anglais en Asie, de Singapour jusqu'à Shanghaï, la France, de Saigon à Hanoï, la Russie, de Vladivostok en Sibérie, la Hollande, à Java, àSuma-

tra, l'Allemagne, l'Australie elle-même... C'est un beau programme en vérité qu'on prête au chauvinisme japonais, un programme bien digne du chauvinisme en général.

Autant le Japon serait soutenu par la force des choses, en Asie, si on l'attaque, autant, s'il est, lui, l'agresseur, et s'il se met follement tout le monde à dos, il verra la Chine, déjà difficilement digestible, lui échapper ; sa victoire contre les États-Unis sera sa fin ; tout essai de monopoliser l'océan Pacifique, tout ridicule et anachronique retour aux rêves napoléoniens d'un blocus universel, ne serait pour le Japon qu'une aventure funeste ; la marche à l'abîme, à l'effondrement et non pas à l'hégémonie.

11 faut en prendre son parti, l'empire de la mer n'est plus qu'un mot vide de sens; il n'y a plus un seul Etat qui puisse être le maître de la mer; toutes les combinaisons de la diplomatie, tous les racontars de la presse n'y changeront rien.

Il n'y a pas de guerre possible entre les Etats-Unis et le Japon ; il n'y a que des coups de folie ; — exactement comme il y a des attentats et des assassinats dans tous les pays, malgré la justice. La question est de savoir s'il faut organiser le monde en prévision seulement des assassinats ou sous un régime normal de justice.

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