‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 56 sur 139 · LA CAPITALE DD NKBRASKA · texte numérisé non relu

LA CAPITALE DD NKBRASKA

inins qui n'en sont pas ; je suis obligé de l'écrire!... J'admire la vigueur des Américains et surtout des Américaines et aussi les ressorts des automobiles qui résistent à ces steeple-chases dans la campagne. Je sais bien qu'un pays neuf est un chantier en construction ; on s'occupe des routes quand tout est Uni ; l'Amérique est encore à la période des fondrières. Cela aussi peut-être a contribué à me tenir en bonne santé, en suppléant à l'exercice qui me manquait.

La vie de M. William Jennings Bryan, comme aussi bien celle de ses heureux concurrents, MM. Th. Koosevelt et Taft, à la présidence, atteste le besoin d'organisation et de stabilité qui partout s'affirme ici. Tous trois ont pris hautement partie, et non sans mérite, pour l'œuvre de La Haye.

Qu'on ne s'y trompe pas : un esprit étroit pouvait considérer que l'intérêt national des Américains n'était pas de constituer en Europe la capitale universelle du droit, l'édifice suprême de toute la justice humaine. Pourquoi cette métropole des idées nouvelles dans l'ancien monde, et non dans le nouveau? 11 y eut beaucoup d'esprit politique, mais aussi quelque abnégation de la part du gouvernement des États-Unis quand il consentit à venir montrer à l'Europe elle-même le chemin de la Haye; et je m'étonne que les Américains, sans cesse accusés de manquer d'idéal, n'aient jamais songé à faire valoir cette preuve évidente de leur désintéressement.

Le mouvement en faveur de la justice internationale aux Etats-Unis est un mouvement national et moral ; il est le complément de l'éducation du pays:

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il réunit tous ceux qui pensent à l'avenir. Les Américains ne peuvent fondre en un seul État homogène les éléments si disparates que l'émigration leur apporte, si ce n'est à force d'éducation, de bien-être, d'ordre, de progrès matériel et moral ; des religions rivales sans nombre, et des races inassimilables, se rencontrent sur leur continent ; une moralité supérieure, un idéal commun, un esprit public enfin doivent les réunir, sinon c'estl'anarchie. Cet esprit public existe chez eux au plus haut degré.

C'est pourquoi ils sont reconnaissants à la France qui sème des idées humaines, et parlant au monde, par son histoire, par ses grands hommes, par les désastres mêmes qu'elles a surmontés, fait œuvre universelle d'éducatrice. A Lincoln, si loin de l'Europe, loin de tout, reçu dans une maison française de cœur, j'ai pu mesurer une fois de plus 1 affection qu'inspire notre pays à quantité d'étrangers timides, ignorés, qui tournent vers elles leurs regards. La même opinion qui dédaigne les attaques de la presse contre les individus se charge de réhabiliter les peuples trop calomniés, et certainement la malveillance des jugements qui pleuvent sur nos efforts et sur nos luttes nous vaut bien des sympathies.

(( Ne vous découragez pas surtout, me disait un habitant de Lincoln, grand voyageur, très informé; la France est attaquée parce qu'elle remue des idées, éveille des aspirations, entretient l'agitation parmi les hommes : elle est le trouble-fête de toutes les routines, de tous les abus, de toutes les erreurs accréditées. C'est là sa grandeur; si elle se laisse déconcerter par le bruit même de son activité, c'est dire qu'elle renonce à son rôle. Ce n'est pas à Lincoln

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