LA CAPITALE DU NBBRASKA
seulement qu'on pense ainsi; vous l'avez vu, vous le verrez tous les jours. En Australie, aux Indes, dans l'Amérique du Sud, la France exerce aujourd'hui une véritable fascination. Si vous saviez vous en rendre compte! Nous avez pour clientes la pensée, l'imagition du monde entier. Chaque année quatre-vingts familles au moins de Lincoln vont passer leurs vacances chez vous; mes enfants ont vécu deux ans à Tours. Et qu'est-ce que Lincoln ? .Multipliez ce chiffre par combien d'autres villes beaucoup plus peuplées! Il n'y a pas une ville nouvelle, fût-elle séparée de vous par des milliers de lieues, qui n'ait ses regards tournés vers Paris, qui ne vous envoie ses habitants et ses habitantes de choix, qui ne vienne dépenser chez tous ses économies, s'approvisionner chez vous de bien-être, de goût, de finesse.
» De finesse surtout. Voilà ce qu'il faut dire aux Eraneais, leur faire comprendre. Le monde s'affine ; il cherche à Paris ses modèles ; pourquoi :; Parce que le Français est prinie-sautier, frondeur, spirituel, gai surtout. Ne perdez pas votre gaieté! Seuls les pédants et les niais méconnaissent ce qu'il y a de profond dans la gaieté française ; elle a le charme et la toute-puissance d'un sourire au milieu des larmes, d'un arc-en-ciel dans la tempête : file évoque, elle suscite ce qu'il y a de plus doux et de plus fort dans l'Ame humaine ; elle est pour If monde une -ource de régénération, ce que nous appelons une inspiration. Lis juges morosfs peuvent gronder; tant mieux pour vous, nous sommes ravis de leur déplaire ; c'est la gaieté française qui nous séduit parce qu'elle est sœur de l'enthousiasme. Ne vous laissez pas ramener à terre. N'est-ce pas votre
Michelet qui a dit : « On ne travaille que dans la joie ? » C'est pourquoi vous faites des chefs-d'œuvre ; car votre joie est un triomphe de la force d'dme ; vous l'avez créée dans la douleur. Restez entreprenants, audacieux, intrépides, explorateurs, navigateurs sous-marins, aviateurs, savants, orateurs, poètes, acteurs, artistes, aventureux, excessifs, tout ce que vous êtes, décrocheurs d'étoiles, Cyrano de Bergerac, d'Artagnan, Blériot ou Pasteur ; ne répudiez pas votre idéal.
« Quand je dis : « Ne vous laissez pas ramener à terre », je fais allusion à plus d'un danger qu'il faut éviter. Sous prétexte que vous avez été vaincus en 1870, on voudrait vous couper les ailes, vous dégoûter des chimères qui vous ont ennoblis et enrichis ; on voudrait vous matérialiser. Vos vrais amis s'en rendent compte à plus d'un signe : vous pouvez tout perdre sans rien gagner à cette transformation.
» Par exemple on développe chez vous, par mille faiblesses qu'il serait facile de combattre, l'alcoolisme ; quel dommage ! Faire du Français un ivrogne, c'est tuer l'oiseau rare, érailler sa voix ; c'est tuer sa légèreté, son chant. Tout le monde peut être ivre» tout le monde ne peut être gai.
» De même la pornographie ; pour satisfaire une clientèle cosmopolite de fêtards réduits à la poursuite des spectacles les plus vulgaires, vous abdiquez votre spécialité, la grâce ; c'est inexcusable. Tout le monde peut être grossier, tout le monde ne peut être lin. Et pour ces mauvais clients, qui viendront d'ailleurs toujours et quand même chez vous, puisqu'il leur faut du changement, vous détournez de vous, ou vous sênez la clientèle innombrable des familles.