LA POPULATION. LE CLIMAT
pas eu le temps d'en parler à San Francisco : je n'ai pas voulu faire de peine à mes amis. Les habitants de San-Francisco n'aiment pas qu'on leur rappelle leur récent tremblement de terre et qu'on leur demande pourquoi certains terrains vagues restent encore inoccupés dans les plus beaux quartiers de la ville. Si on en parle, ils vous répondent que c'est l'incendie qui a fait le plus de mal, l'incendie et le manque d'eau, un défaut d'organisation ; cela désormais n'arrivera plus. La vérité pourtant est que les catastrophes naturelles, tremblements de terre, inondations, cyclones, tornades, raz-de-marée sont terribles aux États-Unis; seulement les habitants n'en tiennent pas compte ; au lieu d'accepter la ruine, comme les habitants de Messine, par exemple et de se résigner à vivre à côté du cimetière de leurs i miennes demeures, ils se remettent immédiatement à l'ouvrage et ils profitent de l'accident pour faire mieux qu'auparavant. Le raz-de-marée qui a submergé Galveston a eu pour conséquence un grand progrès ; la ville s'est reconstruite entièrement. Chicago avait fait de même, bien auparavant, en 18oo; ce qui ne l'empêcha pas de se reconstruire encore une fois, après l'incendie de 4871. C'est à se demander si nous ne sommes pas un peu trop privés de catastrophes dans notre belle France!
Deux heures après le tremblement de terre de San-Francisco, les commerçants et les principaux citoyens de la ville se réunissaienl pour improviser des marchés, des abris, distribuer des vêtements, des provisions, reprendre la vie ; les automobiles, alors à leur début, firent merveille pour sauver les blessés, les malades, transporter les livres de commerce, les
objets précieux, tout ce que l'incendie eût fait disparaître. On devrait célébrer par quelque moyen les services de l'automobile. Le tremblement de terre de San-Francisco m'a été décrit, avec témoignages à l'appui, par un savant bien connu aux États-Unis, le D' D. Starr Jordan, président de Leland-Stanford University. En face des ruines neuves de plusieurs bâtiments de son université qui parlaient d'ellesmêmes, il m'expliqua que les tremblements déterre en Californie se produisent au moins une fois tous les cinquante ans ; la terre ondule alors comme l'Océan : « Ce sont de véritables vagues sur lesquelles nous nous trouvons subitement; les escaliers dansent, les portes sont secouées furieusement, comme un rat par un bull-dog. »
Les habitants de Saint-Louis ont eu leur part de catastrophes naturelles, et c'est pourquoi, parmi beaucoup d'autres raisons, ils ne se soucient pas de les aggraver par des catastrophes volontaires. J'ai été reçu, et dans la cité et dans le West-End, avec des sentiments non équivoques de sympathie pour mon pays et pour ma cause. Dans la cité, j'ai été invité, le samedi, à déjeuner au City-Club où se réunissent les négociants et tout un monde de banquiers, industriels, ingénieurs, architectes, etc., pour manger à la hâte quelques plats très simples avant de quitter la ville; car le travail cesse le samedi après-midi, rigoureusement jusqu'au lundi. Plusieurs membres m'ont parlé avec émotion de leurs origines françaises; l'un d'entre eux était le petit-fils du premier médecin de la vallée, Antoine Sangrain, ami de Franklin et parent du constituant Guillotin. Le pre-