I . — SAINT-PAUL. MINNEAPOLIS
La distance de Saint-Louis à Saint-Paul est grande ; un jour et demi en train rapide. La ligne suit le Mississipi. La vue d'un fleuve a toujours exercé sur moi je ne sais quelle séduction. Deux fleuves sont aussi différents l'un de l'autre, à mes yeux, et aussi parlants que deux regards ; chacun d'eux a sa couleur qui semble celle de la pensée, en même temps qu'il reflète la lumière incessamment changeante du ciel ; le fleuve me raconte, sans parler, ce qu'il a vu dans son histoire, les pays qu'il a traversés sur son parcours. Nager dans un fleuve profond et limpide, plonger, disparaître, c'est pendant un instant, abolir tout sentiment d'obstacle, de désaccord, c'est épouser la force irrésistible de l'eau que rien ne lasse, dont la persistance insaisissable a raison de tout.
Je ne comparerai le Mississipi à rien d'autre ; je ne dirai pas qu'il est plus beau ou moins beau: il est certainement moins pittoresque en quittant Saint- Louis, moins grandiose que le fleuve Columbia dont