SAINT-PAUL. MINNEAPOLIS
unes que les autres; je retiens celle-ci qui souligne d'un trait comique leur esprit de chauvinisme municipal : un patriote de Minneapolis demande qu'on interdise la lecture du Nouveau Testament dans les écoles publiques de la ville, parce qu'il y est constamment parlé de Saint-Paul et jamais de Minneapolis !...
Les plaisanteries américaines sont féroces ; elles font la joie d'un auditoire, elles le secouent d'un rire unanime, interminable ; il n'y a pas de bon discours sans quelques bonnes plaisanteries débitées à froid; en veut-on encore un échantillon'?
C'était au moment où tous les journaux parlaient de la guerre avec le Mexique, — guerre inévitable, disaient-ils, mais dont aucun homme sensé ne voulait ; l'orateur qui me souhaitait la bienvenue en public revenait comme moi-même de la frontière du Texas; il avait lu, comme tout le monde, que les deux armées en présence à El Paso allaient, d'un moment à l'autre, engager les hostilités: ce n'était qu'une question d'heures ; il était resté, disait-il, pour assister à ce spectacle, un jour, deux jours, trois jours, mais vainement. Qu'attendait-on pour commencer?.... L'arrivée de l'entrepreneur du cinématographe'. ! !
Toutes les plaisanteries n'empêchent pas Minneapolis de rivaliser avec Saint-Paul d'énergie et d'avenir; ces deux jeunes cités sont devenues, elle- a le centre d'une des régions agricoles ei industrielles les plus actives du globe, région qui n'était, il y a cinquante ans, qu'uni' expression géographique, le nord-ouest américain, alors peuplé d'à peine un demi-million d'habitants, et aujourd'hui de quinze
millions. Toute l'histoire de ce pays tient dans le court espace d'une vie humaine.
Minneapolis est le siège de l'Université de l'Etat; sa population, plus nombreuse encore que celle de Saint-Paul, ne cesse de s'accroître, avec son activité économique (près de 500.000 habitants pour les deux villes réunies) ; elle compte beaucoup de Scandinaves et d'Allemands. C'est à l'approche de Minneapolis que le Mississipi devient la grande artère centrale des Etats-Unis : là commence ce qui reste de la navigation à vapeur et la course féconde du fleuve ; la chute de Saint-Antoine, baptisée par le Père Hennepin, fournit près de cent mille chevaux de force aux moulins à farine que le monde entier connaît, et aux scieries. Là aussi — je veux dire à Minneapolis comme à Saint-Paul — est le nœud de ces chemins de fer du Great Northern qui se ramifient au Pacifique et, par des compagnies filiales, jusqu'au golfe du Mexique.