LA GRISE DES CHEMINS DE PBR
En sorte que c'est à partir du jour où les chemins de fer sont entrés dans l'âge de leur croissance qu'ils ont été prisonniers dans des enceintes inextensibles. Les villes sont devenues pour eux de véritables tuniques de Nessus qui les étouffent. La gare nouvelle de Pennsylvania, celle du Grand Central surtout, qui fait éclater le cœur de New-York, comme l'arbre fend les murs et les rochers, sont des exemples impressionnants. Et ce n'est qu'un commencement.
L'activité générale du pays, stimulée par une circulation inespérée, ne cesse d'augmenter avec la population ; elle monte à l'assaut de toutes les gares ; le commerce, l'agriculture, l'industrie réclament des wagons. Alors surviennent les désordres que nous connaissons trop bien en France.
A Minneapolis particulièrement, les minotiers se sont plaints de ces désordres, leurs grains et leurs farines étant au nombre des produits les plus encombrants; on a vu des marchandises qui pourraient franchir la distance de Chicago à Saint-Paul en quelques heures se faire attendre vingt-six jours. On m'a cité des retards de plusieurs semaines et même de plusieurs mois. C'est la pléthore ; et pour surcroît de complication, c'est l'impatience du commerce cause et victime de cette pléthore ; l'impatience du commerce qui, après tout, pourrait prendre ses précautions, s'organiser, puisque c'est lui surtout qui est l'intéressé, mais qui n'en continue pas moins de vouloir faire transporter par à-coups plus de marchandises qu'on n'en peut charger, sans vouloir H parfois sans pouvoir régler lui-même l'intermittence de ses commandes.
La panique, naturellement, eut sa répercussion
dans le monde entier. Des milliers et des milliers de trains vides succédèrent aux Etats-Unis, aux trains encombrés ; des milliers et des milliers de commandes furent annulées ; un bien plus grand nombre encore furent arrêtées ; le crédit général fut ébranlé, les les banques assiégées ; les faillites s'accumulèrent sur les faillites, les ruines sur les ruines. Cependant, résultat invraisemblable et pourtant vrai, ces ruines furent le salut ; ce fut en partie grâce à l'arrêt général du commerce que les chemins de fer, décongestionnés, purent reprendre le cours normal de leur trafic ! Mais que dire d'un pareil remède ! La reprise du trafic ne peut manquer de se heurter aux mêmes désordres, aussi longtemps que la proportion ne sera pas établie entre le progrès des transports et l'augmentation du chiffre des voyageurs et des marchandises transportés. Actuellement l'activité des transports n'a augmenté, dans ces dernières années, que de 2 1/2 p. 100, tandis que l'activité générale du commerce des États-Unis a augmenté de lo p. 100. 11 reste donc 12 p. 100 de marchandises attendant des wagons.
Et nous n'avons rien dit de ce qui suit. Nous avons vu les chemins de fer américains relier l'Altantique au Pacifique, le golfe du Mexique au Canada, mais une autre navigation que celle de la mer et celle des fleuves s'est développée, celle des grands lacs. Les chemins de fer ont trouvé là un centre supplémentaire d'attraction et d'alimentation de leur trafic. Saint-Paul et Minneapolis ont leur port, Duluth, inséparable de leur avenir. Duluth, fondé à l'extrémité du lac Supérieur, est devenu l'un des ports les plus considérables du monde entier. Le tonnage des