‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 75 sur 139 · LE BASE-HALL · texte numérisé non relu

LE BASE-HALL

ci, solidement campé sur ses jambes, attend la balle au passage et, d'un coup magistral de sa batte, essaie de la renvoyer le plus loin possible ; s'il réussit, ce qui est souvent le cas, il profite du court instant où la balle va se perdre dans l'espace pour galoper vers la seconde étape, puis la troisième, puis la quatrième, s'il a le temps... ; mais voilà que l'un de ses adversaires aux aguets a bondi et, rattrapant la balle au vol, la lance à l'un des gardiens de chaque étape, lui fournissant le droit de devancer le batter. Ce dernier aura-t-il le temps de voler à l'étape, de la toucher, d'en franchir une autre? C'est une ville entière, jusqu'à 40.000 spectateurs parfois, qui assiste à ce tournoi et qui applaudit et qui encourage et qui s'enthousiasme ou s'exaspère... Parfois, — pour ne pas dire le plus souvent, — le batter n'arrive à l'étape qu'à l'instant même où l'on voit la balle elle-même, avec la rapidité de l'éclair, revenir aux mains du gardien ; alors, pour la devancer, il se jette à terre, en pleine vitesse, tout de son long et touche du doigt le but, ou à peine ; ou bien il le manque d'un rien... Quels cris alors, quelles gesticulations, quels visagesenflammés, quelle passion, dans ce public qui n'a pas toujours pu distinguer, à un centimètre près, si le but est touché ou non ! Dans les matchs sensationnels, quand deux équipes célèbres sont aux prises, quand une ville lutte contre l'autre, Brooklyn contre Saint- Louis, par exemple, quand deux champions, deux « géants », deux « phénomènes » du Base-Bail sont face à face devant leurs partisans anxieux, alors la foule ne se tient plu-;. Mais à proximité du « catcher » un jeune homme, tout à fait différent des autres, reste immobile; il est couvert d'un long manteau,

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d'un plastron et d'un masque : il regarde, et, au plus fort de la contestation, quand la foule menace de se précipiter de ses gradins sur le terrain, il intervient ; d'un signe il fait cesser les cris, ramène le calme et le silence ; il décide qui a gagné ou perdu.

Quel est dune ce personnage mystérieux, cette autorité extraordinaire ? C'est l'arbitre. Et où le prend-on cet arbitre ? On le choisit, soit parmi les étudiants, soit, dans les grandsjours, parmi les professionnels les plus estimés, les meilleurs juges ; on le fait venir de Boston, de Chicago ; on le paie comme un homme qui a sa réputation à sauvegarder. Je me suis emparé plus d'une fois de son exemple, à la joie intense de mon auditoire; j'ai démontré que, s'il est possible d'arrêter sur-le-champ l'élan des joueurs, à tel point qu'ils n'ont pas le droit de répondre à l'arbitre, même s'il se trompe ; s'il est possible d'arrêter une foule électrisée par le spectacle, il est beaucoup moins difficile d'arrêter deux peuples de même civilisation que leurs Gouvernements s'apprêtent à mobiliser ; c'est une question d'éducation de la responsabilité gouvernementale : une question d'intérêt mutuel bien compris, de discipline, là aussi. Ma démonstration ayant fait le tour des États-Unis, on m'a objecté que l'arbitre était parfois assez maltraité par la foule : « A mort l'arbitre ! » « Kill the Umpire ! » criait-on récemment encore. Sans doute, ici comme ailleurs, le condamné ne se prive pas de maudire son juge, mais il n'en est pas moins vrai que toute 1 organisation du Base-Bail, non moins populaire que les barbares combats de taureaux en Espagne mais infiniment plus répandu et civilisateur

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