LE CERCLE INTERNATIONAL
au plus haut degré, repose sur le respect absolu de l'arbitrage; il en est de même pour bien d'autres jeux, et notamment pour le Foot-Ball ; c'est un excellent entraînement physique et moral.
Autre observation à ce propos : les Américains se lèvent de bonne heure; c'est un trait de plus en commun avec les Français. Un peuple qui se lève tùt n'est pas frivole; il est laborieux; il doit réussir. J'entendais un jour à La Haye un de mes compatriotes critiquer la jeunesse française ; l'un des étrangers présents, le premier Délégué du Japon, protesta : j'ai fait, disait-il, une partie de mes études au Quartier Latin, avec beaucoup d'autres étrangers; les Français étaient toujours les premiers levés. La France est criblée de jugements plus superficiels les uns que les autres; sous prétexte que Paris, ou plutôt une partie seulement de Paris, les Boulevards, sont le rendezvous des étrangers et des provinciaux qui viennent y faire leur apprentissage de « la grande vie », on s'imagine que cette grande vie est celle de la France; le fêtard dyspeptique, plumé el déplumé, qui rentre chez lui, déblatère contre la Babylone moderne ; il a fréquenté tous les cabarets, les beuglants, les cabinets interdits, épuisé la coupe des curiosités morbides, accompli comme un rite la tournée classique « des Grands Ducs », et il se plaint ensuite non pas de lui-même et dc^ fêtards étrangers, mais de la France.
Après le dtner et la conférence du club j'ai été prié d'achever la soirée au cercle international. Ce n'est pas le premier que j'ai visité aux États-Unis. Rien ne fait mieux ressortir l'esprit de tolérance et de fraternité qui anime les univei sites américaines q 'es
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associations permettant aux jeunes Américains des divers Etats non seulement de se rencontrer, mais de fréquenter, de connaître, d'aimer des étudiants étrangers. A Madison le cercle avait pour Président un Chinois des plus distingués, C. G. Wang, et pour membres, — à côté des Américains, — des Russes, des Polonais, des Suisses, des Belges, des Italiens, des Japonais, des Anglais même, des Indiens, des .Malgaches, des Philippins, soixante nationalités ou soixante races différentes.
Ces jeunes gens m'ont accueilli en chantant la Marseillaise; ils me serraient les mains comme si j'avais été Jean Jacques Rousseau ! A ceux-là on pourra dire tout le mal que l'on voudra de la France, ils n'y prendront pas mime garde ; la France n'est pas un pays pour eux, c'est une idée, un programme, un mot d'ordre; c'est la révolution en marche; et ils savent bien que la société ne dira jamais de bien de la révolution.
Je n'ai pu m'empècher pourtant de donnera ces jeunes gens des conseils d'ami : je tremble pour leur avenir, car je vois germer en eux la graine de liberté qu'ils cultivent dans ces universités américaines : et il est probable qu'à leur retour au pays natal cette graine donnera pour fruits l'insurrection, tout ce qui mène à la potence... J'ai parlé, mais ils souriaient ; je leur disais : « Faites attention en rentrant chez vous ! n'allez pas répéter tout ce que vous entendez ici ! » L'un d'eux répondit finement : « Nous conserverons l'impression et non les mots. »
Et maintenant partons pour Milwankee, la ville allemande du Wisconsin, la ville où les trois quarts