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II. — LES ARTS ET LA MUSIQUE AUX ETATS-UNIS

Les Américains n'ont pas, comme les Russes par exemple, la musique clans le sang, mais ils en ont le goût, le respect; ils en comprennent la valeur sociale; le scepticisme européen s'amuse de l'ardeur avec laquelle ils collectionnent non seulement les œuvres d'art anciennes ou modernes, mais les artistes euxmêmes et au besoin toutes les célébrités, quelles qu'elles soient. En effet, il n'y a pas un acteur en vue, une actrice, un ténor, un baryton ou un soprano, un professeur, un homme de lettres, un peintre, un architecte, un sculpteur, un savant, un ingénieur, un orateur, un médecin ou un chirurgien, un aviateur ou un coureur, qui n'ait été sollicité d'aller se faire connaître aux États-Unis. Certains ne voient dans ces appels que des élans de « snobisme » ; snobisme fuit intelligent, en tout cas, ou plutôt bienfaisante émulation. Que dirait-on si les Américains prétendaient vivre sur eux-mêmes et se contentaient de leurs gloires locales! Ils ont évité cette erreur; ils se mettent à l'école du monde, et on se moque de leur bonne volonté! Il est naturel que les œuvres d'art obéissent, comme tout le reste, à la loi de l'offre et de la demande et s'en aillent, là où elles sont le plus recherchées; il est naturel que les artistes suivent le même chemin ; tant pis pour le public qui ne sait pas leur faire un sort dans leur pays el qui. prétend les garder sans les payer; mais, quant aux Américains, cette immigration des chefs -d'oeuvres cl des producteurs intellectuels est le complément logique

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de leur activité. En faisant venirchezeux les meilleurs tableaux et les spécimens les plus parfaits de l'art et les premiers artistes du monde, ils fondent leur enseignement supérieur. Des galeries particulières et des musées, par les reproductions, les magazines, les cartes postales, cet enseignement se répand dans les masses; il en est de même, et à plus forte raison, de l'immigration de la musique et des musiciens.

Les Américains ont besoin de musique; la musique est pour eux un interprète et un trait d'union ; elle devient pour eux un langage complémentaire du langage courant et qui exprime ce qu'ils ne sont pas capables de traduire avec des mots. Ce langage international, idéal, élève les âmes au-dessus des chicanes de la vie quotidienne et les mobilise, pour ainsi dire, dans une association tacite pour le bien, pour le mieux. Il arrive un jour où les profanes euxmêmes sont touchés de la grâce, émus par des sentiments inattendus qui les entraînent eux aussi dans la voie nouvelle. Ainsi s'opère assez rapidement une évolution des esprits dans tous les pays civilisés, évolution qui va creuser plus profond encore l'abîme, existant déjà, entre les générations d'hier et celles de demain, — entre les peuples d'hier, vivant isolés, rivaux, ignorant tout les uns des autres, et les peuples de demain, entremêlés dans un contact, une coopération de tous les instants.

Les progrès de l'éducation musicale en France ont commencé à se populariser, comme beaucoup d'autres de nos progrès, il y a quarante ans, au lendemain de nos malheurs, et nous avons exporté, nous aussi, de la musique et des musiciens. Les Américains sont devenus nos clients passionnés. Non

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