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lick parut, son violon à la main, les acclamations assourdissantes cessèrent comme par enchantement, la foule obéissant, avec l'orchestre, au mouvement de son archet...
Une seule parole ; un petit garçon juché sur le sommet de la fontaine deLotta cria : o Jouez encore! » Il n'avait jamais rien entendu de pareil. Ce fut pour des millions de malheureux une nuit de révélation.
Et le plus beau fut encore la fin du concert, quand la foule, suivant l'orchestre, les artistes, les chœurs, entonna elle-même, d'une seule voix, le chant de la multitude : Adesle, fidèles, unissant inconsciemment, pendant un instant, dans sa ferveur, tant de sentiments qu'elle croit distincts et qui n'en font qu'un : le respect de l'art et de la nature, la foi dans l'humanité, l'amour, la bonne volonté.
Pourquoi ne voit-on pas pareil spectacle en Europe, par de belles nuits ou de belles journées d'été, sinon d'hiver ? Pourquoi cette fête est-elle américaine .' Paire qu'elle est impossible sans l'initiative organisatrice des gens heureux devenus ailleurs sceptiques. Les Américains ne sont pas blasés ; leur ambition, leur curiosité sont sans bornes. N'essaicnl-ils pas de rechercher même dans leur pas:-e >j le phonographe ae pourrait conserver les chants, les cris primitifs de la musique indienne et de la musique nègre! J'ai vu organiser des conférences avec de très belles projections pour faire connaître à l'Améri* eain d'aujourd'hui l'Indien de l'Amérique du Nord; demain, ce sera le tour de l'Indien de l'Ouest el de l'Indien du Sud, Iroquois, Hurons, Sioux, Comanches, Apaches. Les projections elles mêmes alternent avec ces vociférations féroces une nous connaissons, digne
accompagnement des orgies de supplices et des danses du scalp, symbole barbare de toute la stérilité de la guerre, laquelle, fidèle à son rôle, a tout détruit chez les Indiens, jusqu'aux chants d'amour, jusqu'aux chansons de nourrice. Des musiciens et des conférenciers s'associent à des savants, aux folklorists pour donner à ces auditions tout l'intérêt possible. On recherche dans quelle mesure les vieilles chansons françaises de nos pionniers et les cantiques que nos missionnaires essayaient de faire chanter dans les tribus ont laissé leurs traces; de même on distingue dans les danses et les chansons nègres la plainte ou la joie, ce qui vient de la terre d'Afrique ou de l'influence espagnole. C'est l'éveil, en un mot, de la musique comme de tout le reste aux Etats-Unis.