IV. — LES UNIVERSITES DE CHICAGO ET DURBAN A
Je regrette de ne rien dire du déjeuner qui me fit rencontrer chez le Ur Judge, président de l'Université, une élite des professeurs, ni de nos entretiens qui se prolongèrent jusqu'au moment de ma conférence. L'Université royalement dotée par .M. J. Ilockefeller s'étend, sans obstacles, Bans limites, loin de la ville, dans l'air pur et dans la verdure savammenl réservée ou aménagée ; elle se compose de monuments élevés, tous, par des libéralités particulières. « Ici on donne », telle pourrait être la devise de (ouïes les villes américaines. Ces monuments sont, puni' la plupart, copiés, — pas toujours fidèlement ni heureusement, — sur ceux des vieilles universités anglaises : on y retrouve le- inspirations plus ou moins lointaines de Magdalen Collège, du réfectoire de Christ Church d'Oxford, de la chapelle de King's Collège de Cambridge, 'l'ouïe la série des laboratoires nécessaires a trouvé place à côté des dormitories des jeunes tilles et de ivux des jeunes gens, autour du
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vaste « campus » ; c'est une ville à part, aux boulevards gazonnés, plantés et fleuris à la mode nouvelle, aux promenades largement ouvertes, bordées des palais que la reconnaissance civique a prodigués à l'instruction. C'est l'éducation tout entière qui est organisée à cette université, depuis les Kindergarten, l'école élémentaire, le High school, jusqu'au collège des gradués, c'est-à-dire depuis le bas âge jusqu'au grade de docteur. Les élèves viennent, non pas seulement de Chicago, mais de très loin, du nord et du sud des États-Unis, du Texas et du Canada; c'est un point de fusion répondant toujours à ce besoin général de se grouper, de se rejoindre que j'ai constaté partout; ce n'est pas l'université aristocratique où les élèves succèdent pour ainsi dire à leurs pères, comme à Harvard ou à Princeton; c'est une université démocratique, indépendante de l'Etat; on n'y vient pas chercher une éducation traditionnelle ; on y échange plutôt une éducation mutuelle. Les jeunes filles pauvres y sont nombreuses et trouvent les moyens d'y payer leur pension en gagnant leur vie. C'est le terrain par excellence de la coéducation ; je ne dirai pas le triomphe de la coéducation, car déjà j'entends les professeurs s'en plaindre ; elle est bonne peut-être, disent-ils, pour l'éducation, non pour l'instruction. Les professeurs de français, par exemple, élèves de nos maîtres Gaston Paris et Lanson, se plaignent de ne pas pouvoir faire utilement leur classe aux deux sexes réunis ; il faut choisir, disent-ils ; nous ne pouvons nous adresser indifféremment aux uns ou aux autres; ce qui intéresse les uns, Rabelais, par exemple, ou Don Quichotte, n'intéressera pas les autres; telle tragédie