LES UNIVERSITÉS DE CHICAGO ET D URBANA
de Corneille, Horace, intéressera les jeunes filles plus que les jeunes gens.
J'ai quitté l'Université de Chicago en mesurant tous les progrès réalisés depuis ma conférence de 19U2 organisée par le regretté président Ilarper ; le lendemain matin je complétais cette visite en prenant le train pour aller passer la journée à l'Université de l'État, dans la petite ville d'Urbana. Vers 1 heure de l'après-midi j'arrivais à la station commune aux deux villes jumelles de Champayne et d'Urbana; aussitôt cueilli, comme d'habitude, à la gare par les organisateurs de ma réception, j'eus peu de temps, dans la journée, pour une promenade en automobile, assez cependant pour goûter le charme d'un nouveau changement de climat ; car ce long voyage à travers les latitudes diverses m'aura fait à peu près passer par tous les climats. J'ai quitté les arbres dépouillés à New-York et à Washington, verts à la Nouvelle-Orléans, en fleurs à San-Francisco ; je les ai retrouvés endormis sous les neiges du nord et du Colorado, hésitants à Kansas, s'ouvrant à Saint-Louis, encore ensommeillés à Saint- Paul et à Chicago ; voici de nouveau le printemps, toujours froid mais verdoyant et tendre, à Urbana. Je change non seulement de climat, mais d'atmosphère. De la vie somptueuse et intense de la grande cité industrielle de Chicago, je plonge sans transition dans la vie calme, la vie simple. Les Américains s'accommodent de ces contrastes, ils en vivent; Urbana est à Chicago ce que Boulder est à Denver, ce que Berkeley est a San -Francisco. Partout surgissent des centres indépendants et très divers d'activité, complémentaires les uns des aulr<->.
238 LES ÉTATS DE L'iLLlNUlS ET DE l'ùHIU
Je suis reçu, comme à Madison, au club de l'Université par les professeurs ; ma conférence a lieu l'après-midi à l'Auditorium ; le vaste amphithéâtre est bondé déjeunes filles et de jeunes gens attentifs. La fanfare des étudiants ouvre la séance par la Marseillaise et la clût par « the Star spangled bnnner». Gomme toujours, au début, l'attention n'est qu'une curiosité bienveillante ; on est venu pour voir autant que pour entendre un étranger ; cependant les regards ne tardent pas à s'animer; ils me suivent; je les vois passer avec moi de gauche à droite, de droite à gauche, s'arrêter, s'assombrir, puis s'illuminer de nouveau et rester finalement brillants, éclairés. Jamais je n'ai mieux compris qu'ici la réflexion de Phillip Brooks après un de ces discours familiers qui exaltaient la jeunesse de Boston, et dont l'influence s'est exercée autant après sa mort que de son vivant : « Voilà qui vous gâte et vous détournerait de tout autre devoir. »
La réunion terminée, j'ai besoin de respirer, de marcher, de laisser tomber mon émotion. Déjeunes professeurs m'accompagnent et me remercient ; chacun deux se garde des phrases banales et tire la moralité de la séance ; chacun insiste surtout sur l'inspiration que leur apporte et sur le service pratique que leur rend, en ces matières si complexes et si peu connues, un enseignement expérimental ; chacun aperçoit la valeur d'une bonne politique extérieure, une politique permanente de conciliation : « Vous avez cristallisé l'opinion, me dit l'un d'eux, vous contribuez à créer une demande précise, et jusqu'à présent inconsciente, de justice internationale; c'est une bonne action ». Notre promenade se pro-