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péchés. » Et cette douceur s'exerce à devenir patience, aménité. En pénétrant dans la villa princière que M. Schmidlapp s'est fait construire au milieu des pelouses et des massifs, et qui couronne cette vallée, je me heurte a ses petits-enfants, déjà debout et maîtres de la maison ; ils ont transformé la vaste antichambre et le salon en piste d'automobile, en gare de chemin de fer électrique, en champ de courses de bicyclettes. C'est un fait connu que les enfants sont devenus souverains aux Etats-Unis. Un autre grand-père très moderne disait un jour, à dîner, au moment où la maîtresse de maison lui donnait le choix entre une aile ou une cuisse de poulet : « Je ne sais pas...; je n'ai jamais mangé de l'aile; quand j'étais jeune nous la laissions à nos parents, et maintenant nous la réservons à nos enfants. »
Si je ne craignais de froisser un sentiment si délicat, je dirais qu'en Amérique faire le bien est moins un mérite qu'un parti pris ; un véritable homme d'affaires qui a réussi gâterait tout en achevant sa vie dans l'égoïsme ; il cultive la reconnaissance, la sensibilité, non comme un devoir, mais comme une satisfaction ; c'est une façon de fleurir sa retraite. Bien plus, une émulation s'est établie, entre bons riches, à qui fera l'œuvre la plus bienfaisante. M. Schmidlapp, en me parlant des fondations d'Andrew Carnegie, dit ouvertement que cet exemple lui a ouvert les yeux et qu'il s'applique à L'imiter. Il ne se borne pas à des libéralités ; il s'ingénie, par exemple, à appliquer le système le plus parfait de retraites pour la vieillesse. I n de ses amis dont j'ai été l'hùte à Baltimore, Th. Marburg, es! également pénétré, lui et sa nombreuse famille, de cette préoc-
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cupation de payer sa dette d'homme heureux; un autre, Edward Tuck, partage sa fortune et sa vie entre les Etats-Unis et la France; il écrit : «Le dévouement est la plus haute forme de l'égoïsme » ; un autre, Loubat, fonde obstinément des chaires à Paris, organise des fouilles au Mexique, à Délos ; Roekefeller a acheté la maison de Pasteur pour la ville de Dùle ; Hyde crée ses échanges de conférenciers ; Carnegie son fond des Héros civils, son palais de la paix; Vanderbilt ses gouttes de lait; Pierpont Morgan enrichit nos musées ; que sais je encore ' ?
Ces bonnes actions, les Européens les accomplissent, eux aussi, gardons-nous de le méconnaître, j'en pourrais nommer par milliers, et les Américains ne sont après tout que des Européens expatriés ; dans la plupart des villes des États-Unis j'ai trouvé des fondations d'origine française; à combien de Français travailleurs, économes et sobres, s'applique le beau mot dont Michelet a décoré les Hollandais, «avares pour être généreux»; mais tous ces donateurs français, anglais ou autres, sont presque tous des hommes qui ont voyagé. On dirait que la générosité se ralentit à mesure que nous devenons sédentaires. Le retraité, le rentier tire volontiers l'échelle derrière lui, une fois qu'il a atteint son but; il ne sait même plus dire merci. Dans notre vieux monde, les philanthropes ont à réagir contre la routine et l'égoïsme qui les entourent; aux Etats-Unis ils sont slimulés par l'activité générale. La générosité n'est qu'une forme supérieure de l'activité.
\. V. l' Am 1 1 it: Franco-A méricai ne . — Les modes à Malmaison, par M. Frédéric Masson ; (Bulletin de la Conciliation internationale. Paris. Delaerave. n» 3. 1912).
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M. Schmidlapp, quand il est rentré de la cité, élève des poules, des chevaux, des vaches, des veaux en même temps qu'il cultive des légumes et des orchidées; il fait aussi des expériences sociales. Je lui dois une observation nouvelle et qui a son prix. Par une coïncidence fortuite, les vétérans des guerres américaines, souvenirs des Cincinnati qui baptisèrent la ville, donnaient leur banquet le même jour que le mien; ils avaient invité pour y prendre la parole un très brillant officier de marine, le colonel Robert M. Thompson, lequel était aussi l'hôte de M Schmidlapp. .Xous causâmes, el il se trouva qu'en dépit des racontars d'un journal de Cincinnati, l'homme de guerre était un apôtre de l'entente cordiale américano-japonaise. Le colonel Thompson ne se borne pas à plaider sa cause, il consacre une partie de sa fortune, à payer la pension de plusieurs jeunes Japonais d'élite dans les universités des Étatsl'nis. J'ai déjeuné, depuis lors, chez ce soi-disanl chauvin, à Washington; sa fille chante à ravir la musique allemande ou française, ses petits-enfants parlent français avec leur mère ; ses domestiques, ses hommes de confiance sont japonais ou anglais.
Invité d'abord au collège, j'ai rencontre ensuite au cercle quelques-uns des principaux citoyens de la ville et le Gouverneur de l'Étal, dont la présence aviva mes regrets, mes remords. Car je parle dece que j'ai vu et non de tout ri' que j'ai manqué Venir d'Urbana a Cincinnati d'une traite, cela parait tout simple sur le papier, surtout la nuit; la vérité esl que j'ai traversé trois États, l'illinois, pour une partie, l'Indiana et l'Ohio, si brûlé des étapes naturelles mais Don inscrites, Faute de temps, Bur mon itiné-
raire. A force de voyager la nuit, on finit par croire qu'il n'existe au monde que des villes et on supprime le pays. J'aurais dû m'arrêter à lndianapolis, grande cité de près de deux cent mille habitants d'où m'étaient venus tant d'appels pressants. Et dans l'État même de l'Ohio, si justement fier de son rôle actif dans la Fédération et de ses grandes villes, à commencer par sa capitale, Golumbus, autre centre de chemin de fer, ville de plus de 130 000 habitants, marché du fer, de l'acier, du charbon, de la minoterie; et Toledo, port fluvial et port du lac: et Dayton, patrie des frères Wright ; et Cleveland ! Je me suis engagé à revenir aux États-Unis pour plusieurs villes que j'ai dû manquer, Athènes par exemple, en Géorgie, et notamment pour Cleveland. Cleveland se développe librement, sans fortifications, sans crainte, en face du Canada, au bord du lac Érié ; elle compte déjà 400.000 habitants; son essor date du canal de l'Ohio; son avenir commence à peine.
Cincinnati, son aînée, ne compte pas tout à fait autant d'habitants. Cincinnati, la reine de l'Ouest, il y a cinquante ans, est déjà une vieille ville ; bientôt un siècle d'existence légale ! Elle est en fait, par sa proximité des deux États du Kentucky et de l'Indiana, la capitale géographique de trois États, mais Saint-Louis l'a dépassée, Chicago l'a dépossédée du monopole de la charcuterie qui rendit ses débuts célèbres dans l'industrie; il lui reste pourtant son activité, son prestige, bien digne de cet État qui a donné de si grands exemples aux autres et dont les œuvres d'assistance, asiles d'aveugles, de sourdsmuets, d'enfants arriérés donnent la mesure de ses progrès; il lui reste sa situation incomparable et