‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 90 sur 139 · CINCINNATI. I. AVIATION · texte numérisé non relu

CINCINNATI. I. AVIATION

son passé. La Fayette est venu faire à Cincinnati, en 1825, avec son fils, un pèlerinage qu'on n'a pas oublié. Une très vieille dame existe encore que le héros français a embrassée quand elle était toute petite fille; elle s'en souvient... J'ai rencontré plus d'une fois, et jusqu'à Denver, la vieille dame octogénaire qui se souvenait de ce voyage de La Fayette... Le banquet du soir fut un des plus beaux et des plus instructifs qui m'aient été offerts aux États-Unis. Préparé de longue date, avec un menu symbolisant à la fois l'union franco-américaine, l'arbitrage et l'aviation, il réunissait, on peut le dire, tout ce que Cincinnati et les villes voisines comptaient d'industriels importants. Pas un d'entre eux ne conçoit que le patriotisme puisse être en désaccord avec l'organisation de la paix. Ils reconnaissent les obstacles qui s'opposent à l'établissement d'une paix honorable, acceptée par tous, en Europe, mais ils ne voient dans ces obstacles que des raisons pour s'efforcer de les surmonter. La guerre, à leurs yeux, devient pratiquement impossible. Impossible, non pas certes parla seule force du Droit et de la morale; ils ne se font pas plus d'illusions que moi-même; impossible en fait, matériellement. Combien je voudrais que ces hommes d'affaires fissent, avec Norman A.ngel, à Berlin, à Londres, à Pétersbourg, à Home cette démonstration qui commence à n'être plus nouvelleà Paris, où le progrès des idées est certainement plus avancé qu'ailleurs. Us disent : « Nous avons besoin de la paix, parce que sur elle repose tout l'édifice de notre construction nationale; la paix menacée est déjà la ruine, mais la paix rompue, la guerre déclarée entre deux grandes puissances devienl un

252 LES ÉTATS DE L ILLINOIS ET DE L UlllU

fléau volontaire, un inconcevable suicide ; une guerre entre les États-Unis et l'Espagne n'était, après tout, qu'une guerre coloniale, de même celle des Russes avec le Japon, de même celle des Boers ou les opérations de Tunisie, du Tonkin, du Maroc : on n'empêchera jamais, heureusement, un petit peuple de revendiquer son indépendance à main armée ; mais se figure t-on une guerre entre l'Angleterre et l'Allemagne, entre la France et l'Allemagne, entre l'Angleterre et la Russie ? Ce serait la vie de toute la terre arrêtée; ce seraient nos marchés d'exportation fermés, nos communications maritimes interrompues, notre travail national subitement paralysé, au prix de quelles misères ? de quels désordres ? de quels conflits ? de quelles conflagrations extérieures et intérieures éclatant sur tous les points du globe, sur terre et sur mer à la fois ? ce serait un aperçu de la fin du monde. Voyez donc les ruines que cause à Paris et à Londres une simple panique locale comme celle de Wall Street ? que serait-ce si cette panique se généralisait, vidant les champs de culture, les ateliers des usines, les ports de mer. les entrepôts, les magasins, les écoles, les administrations publiques !... »

L'organisation de la paix, couronnement et condition du progrès, voilà ce que tout le monde réclame. Je ne me suis pas fait faute de confirmer ce langage. J'avais du reste à côté de moi l'argument suprême que j'ai réservé pour la fin. J'ai fait campagne en France pour l'aviation, comme pour l'arbitrage, mais avec quelle rapidité je me suis vu rejoint, dépassé. Ces souvenirs je ne puis manquer de les

Page 1