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au vent du matin, avec le tremble, le saule argenté ; et le gros noyer qui voisine, ici comme chez nous, avec son frère le châtaignier; les mêmes fougères arborescentes sont à leurs pieds, et, dans la mousse, les mômes fleurs des bois, le primevère, la pervenche, la violette, le narcisse, le muguet, l'hyacinthe sauvage, l'asphodèle et, tout au bord, les anémones, le bouton d'or, la dent de lion, la pâquerette. Sur le rideau velouté des pins, des mélèzes', des cèdres bleus, des sapins noirs du Canada, au flanc d'un coteau couvert encore de feuilles mortes, des arbres sans feuilles et des arbustes balancent leurs branches toutes fleuries; le faux ébénier, l'arbre de Judée, quelques lilas, des poiriers, des pommiers sauvages, des cerisiers et des pêchers à côté des épines-vinettes et des aubépines de toutes sortes. En bordure, savamment placés je suppose, quelques magnolias, le forsythia au jaune éclatant, des azalées vivaces, des lauriers sauvages, des mahonias et des rosiers surgissent par-ci, par-là, comme par un caprice de la nature, sans parler des bouquets blancs du seringha, des boules de neige, du spirea. Dans les rochers, le houx reluit et darde, ses pointes au soleil; les manteaux de lierre et le buis lui-même s'éclaircissent ; une maison de garde disparaît sous les glycines, le chèvrefeuille, le jasmin déjà fleuri, la vigne aux trompettes rouges, le wysteria du .lapon. La reine pourtant de ces sous-bois américains, c'est la Heur sans feuilles du Dog-wood, tantôt blanche, tantôt rose ou mauve et dont les pétales légers, détachés comme des ailes, font penser à des essaims de papillons. Le cornouiller dont on me dit qu'il est le dogwood français, n'occupe pas chez nous la place d'hon-
neur. Ici pas de bois, pas de parcs sans dog wood, cet arbre dont les fleurs semblent voler.
Qui donc habite ces riantes solitudes? Un peuple d'animaux pour la plupart apprivoisés ou peu sauvages. Des buffles, des élans, si mes souvenirs sont exacts, et des écureuils se promènent avec des paons, des pigeons, des cygnes, accompagnés d'une multitude d'oiseaux siffleurs. En France, nous exterminons encore les oiseaux; Tartarin exerce son tir sur les fauvettes; ici, on a fait de même, pire encore pendant longtemps, mais on revient de cette barbarie; des ligues protectrices se sont fondées, des initiatives particulières ont réagi, — celle de Mmc Sage, par exemple, à Marsh-Island, — des parcs ont été réservés par le Congrès, par les États, par les villes ; et l'oiseau, comme l'arbre, comme la fleur, a reconquis son droit de vivre. Il en profite. Je ne puis dire quelle valeur apportent au paysage américain le vol libre, le mouvement, la couleur, le chant de l'oiseau, sans parler de sa bienfaisante collaboration indispensable dans ce pays déjà tropical où l'insecte es! l'ennemi de l'homme. Le merle me semble jouir ici d'une sympathie particulière ; il se pare de plumages inattendus; toujours pimpant, verni comme à Saint- Louis, sa garde robe est des plus riches; à défaut du merle blanc qui reste introuvable, j'ai rencontré le merle à tête bleue, le merle à tète jaune, le merle aux épaules blanches et rouges, ou aux ailes rouges. C'est une surprise, une flèche lumineuse qui traverse les sous-bois en s'accompagnant d'une fusée de chants plus variés encore que les couleurs de la forêt matinale; et cette aubade, reprise par un orchestre innombrable, est le prélude d'un concert de roulades,