CHAPITRE VI
Gomment s'y est -on pris pour prêcher cela? Je répondrai à cette question par deux autres : — Comment s'y est pris Bossuet pour écrire sa Politique tirée de l'Ecriture sainte, pour proclamer au nom de la Bible la monarchie obligatoire, le droit divin , l'autorité absolue des rois, le devoir de détruire par la force les fausses religions, le devoir de soutenir officiellement la vraie, le devoir d'avoir un budget des cultes, le devoir
d'unir l'Eglise et l'État* sans parler de son apologie biblique de la guerre, à l'usage de Louis XIV? Comment s'y prenaient, à leur tour, certains docteurs parmi les têtes rondes, pour proclamer le droit divin des républiques et pour ordonner le massacre des nouveaux Amalécites ? La méthode est bien simple : il ne s'agit que de confondre la loi et l'Évangile. Une fois cette confusion opérée, les institutions politiques et civiles de l'Ancien Testament perdent leur caractère temporaire et local , et l'on en vient à chercher dans le Nouveau Testament ce qui n'y est pas, des institutions politiques et civiles.
Que l'Évangile ne soit pas la loi, c'est une vérité qui a fait son chemin depuis le xvne siècle et que l'on ne conteste plus aujourd'hui, excepté, semble-t-il, dans le camp des champions de l'esclavage. L'Évangile, qui s'adresse à tous leâ
peuples et à tous les temps, n'a pas prétendu les faire entrer dans l'étroit vêtement de l'ancienne nation juive ; il n'a pas prétendu davantage « coudre un morceau de drap neuf au vieil habit, car le drap neuf emporte l'habit et la déchirure en est plus grande. » Je parle ici au point de vue de ceux qui, dans la loi comme dans l'Évangile, dans F Ancien Testament comme dans le Nouveau, vénèrent la parole infaillible de Dieu. Une révélation, pour être divine, ne laisse pas d'être progressive, et rien n'exige que toutes les vérités soient promulguées en un seul jour. Si Dieu a jugé convenable de donner à son peuple, pour l'époque où elle lui était nécessaire, une législation appropriée à son état social, cette législation , divinement donnée alors , pourra aussi être divinement abrogée plus tard. Et c'est ce qui a eu lieu. Ceux qui nous citent les versets de l'Ancien Testament sur l'esclavage paraissent
avoir oublié' ce mot de Jésus-Christ, prononcé à propos d'une autre institution, le divorce : a C'était à cause de la dureté de vos cœurs. » Oui, à cause de la dureté des cœurs, Dieu a établi chez les Israélites, incapables alors de s'élever plus haut, des règlements provisoires, parfaits au point de vue de sa condescendance, mais trèsimparfaits, il le déclare lui-même, au point de vue de la vérité absolue. Quiconque ne tiendra pas compte de ce grand fait trouvera dans les livres de Moïse et des prophètes, ou des prétextes pour pratiquer aujourd'hui ce qui n'a été toléré que pour un temps, ou des prétextes pour attaquer l'Écriture en s'indignant de ce qu'elle contient.
C'est donc Jésus-Christ lui-même qui a tracé la ligne de démarcation entre la loi et l'Evangile, qui a signalé la fin des institutions locales et
temporaires. Aurait-il révélé d'autres institutions, définitives cette fois? Pour se former une telle idée de l'Évangile, il faudrait ne l'avoir pas ouvert. L'Evangile n'est pas un Koran. Dans le Koran, on trouve sans doute et les lois civiles, et les lois criminelles, et les principes de gouvernement; les apôtres n'ont pas mis une seule fois le pied sur ce terrain. Se représente-t-on ce qu'aurait été leur œuvre, s'ils avaient substitué une révolution sociale à une révolution spirituelle, s'ils avaient touché en particulier à la question de l'esclavage, qui tenait aux assises mêmes du monde antique ! Et ici je désire que ma pensée soit bien comprise : je ne prétends pas que les apôtres aient connu l'illégitimité de l'esclavage, et que, par habileté, pour ne pas compromettre leur œuvre, ils aient évité de la signaler. Non, certes, les choses se passaient
plus simplement. Ils avaient, selon toute appa-
rence, les idées de leur temps, et Dieu ne leur avait rien révélé sur ce sujet, voulant que l'abolition de l'esclavage, comme toutes les conséquences sociales de l'Evangile, se produisît par la voie morale, qui va du dedans au dehors, qui change le cœur avant de changer les actes.
A l'époque des apôtres, il y avait bien d'autres iniquités que l'esclavage ; jamais ils n'écrivent un mot pour les condamner. Ils font des allusions à la guerre , et ils ne disent rien de ces horreurs sans nom dont elle était accompagnée alors ; ils parlent de l'épée remise au prince pour punir les crimes, et ils ne disent rien de ces supplices atroces parmi lesquels il faut citer en première ligne la crucifixion ; ils emploient des images empruntées aux jeux publics, et ils ne disent rien ni des combats de gladiateurs ni des abominations qui souillaient d'autres spectacles ;
ils rappellent sans cesse les relations réciproques des époux , des parents et des enfants , et ils ne disent rien de l'autorité despotique que la loi romaine conférait au père, de l'abaissement auquel elle condamnait la femme. Voilà la méthode évangélique : elle ne s'est pas occupée des sociétés, et elle a opéré la plus profonde des révolutions sociales ; elle n'a réclamé aucune réforme, et elle les a toutes accomplies ; les atrocités de la guerre et celles des supplices, les combats de gladiateurs et les spectacles impudiques , le despotisme des pères et l'abaissement des femmes, tout a disparu devant une action profonde, intérieure, qui s'attaque aux racines mêmes du mal.
Non-seulement l'Évangile se refuse à toucher aux problèmes sociaux et politiques ; mais, sur le terrain même de la morale, il se refuse à fournir
des solutions détaillées. Sa morale est trèscourte , et c'est par là qu'elle est grande , c'est par là qu'elle est une morale au lieu d'être une casuistique. Des cas de conscience, des directions spéciales, un code moral promulgué article par article, vous ne trouverez chez lui rien de pareil. Ce que vous y trouverez, et ce que vous ne trouverez que là,- c'est une morale grandissante, qu'on me passe l'expression. Deux ou trois mots ont été écrits il y a dix-huit siècles, et ces mots contiennent en germe une série de commandements, de transformations, de progrès, que nous ne sommes pas près d'avoir épuisés. Je parlais tout à l'heure du progrès des révélations : il faudrait parler maintenant du progrès qui s'opère en vertu d'une révélation toujours la même mais toujours mieux comprise et qui multiplie nos devoirs à mesure qu'elle éclaire notre conscience. Avec ce seul mot : « Tout ce que vous voulez
va
que les hommes vous fassent, faites-le-leur aussi vous-mêmes, » l'Évangile a ouvert devant nous les perspectives infinies du développement moral.
En présence de ce seul mot , les cruautés et les infamies de la société antique, dont les apôtres n'avaient pas parlé, ont succombé successivement; en présence de ce seul mot, la famille moderne s'est formée; en présence de ce seul mot, l'esclavage américain disparaîtra, comme l'esclavage européen a déjà disparu. Avec ce mot, nous sommes tous en route, nous apprenons et nous apprendrons encore. Oui, le temps viendra, j'en suis convaincu, où nous verrons de nouveaux devoirs surgir devant nous , où nous ne pourrons plus, en bonne conscience, maintenir des usages , je ne sais lesquels , que nous maintenons consciencieusement aujourd'hui.
Ceci mène un peu plus loin, on en conviendra, qu'une liste de devoirs arrêtée ne varietur; ceci est autrement fort contre l'esclavage lui-même qu'une sentence prononcée une fois pour toutes. L'Évangile a pris le moyen le plus sûr pour le renverser, lorsque, laissant là la réforme des institutions, il s'est contenté de poursuivre celle des sentiments; lorsqu'il a préparé ainsi le temps où le propriétaire d'esclaves serait forcé de se demander, lui aussi, ce que renferme cette inépuisable parole : « Les choses que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les-leur aussi vousmêmes. » Même au sein des États du Sud, en dépit de la triple enveloppe des habitudes , des préventions et des intérêts, cette parole fait son chemin, elle remue les consciences bien plus qu'on ne l'avoue. Et l'œuvre qu'elle a commencée, elle l'achèvera ; elle forcera les planteurs à traduire le mot esclavage, à considérer une à
fû
une les pratiques abominables qui le constituent. Vendre une famille au détail , est-ce faire aux autres ce que nous voudrions qu'ils nous fissent? Maintenir des lois qui livrent toute esclave , fille ou mariée, à son propriétaire quel qu'il soit, et qui ôtent à cette fille, à cette femme mariée, le droit de se souvenir de sa pudeur et de ses devoirs , comment des chrétiens appelleront - ils cela? Produire des nègres de vente, opérer la remonte des nègres, briser les mariages, ordonner les adultères, infliger des châtiments ignobles, interdire l'instruction, est-ce faire aux autres ce que nous voudrions qu'on nous fît?
La conscience chrétienne est impitoyable , Dieu merci; elle ne se laisse pas tromper par les apparences; où nous contestons sur les mots, elle nous force à aller jusqu'aux choses. Or, voilà les choses dont il s'agit réellement en Amé-
rique , quand on y discute théoriquement la question de l'esclavage. Contre la grande morale évangélique les interprétations judaïques de tel ou tel texte n'ont pas beau jeu. On nous cite l'épître de Paul renvoyant à Philémon son esclave fugitif, Onésime ! Assurément, l'apôtre n'y prononce pas d'anathème contre l'esclavage, il n'y exige pas d'affranchissement, ces pensées lui étaient étrangères ; mais voici ce qu'il dit : (( Je t'exhorte au sujet de mon enfant que j'ai
engendré dans mes liens Je te l'ai renvoyé;
toi donc, reçois-le : ce sont mes entrailles
Je n'ai rien voulu faire sans ton avis, afin que ce soit, non par contrainte, mais volontairement que tu fasses le bien. Peut-être n'a-t-il été séparé de toi pour un temps, qu'afin que tu le recouvrasses pour l'éternité, non plus comme un esclave, mais comme au-dessus d'un esclave, comme un frère bien-aimé.,... Je t'ai écrit, per-
ff
suadé de ton obéissance, sachant que tu feras même au delà de ce que je dis. »
Quelqu'un se figure-t-il , après cette épître , Philémon traitant Onésime comme on traite en Amérique les esclaves fugitifs , ou bien mettant en vente quelque temps après la femme et les enfants d'Onésime, ou enfin livrant Onésime au premier marchand d'esclaves qui voudra s'en charger et l'emmener à cent lieues de là? Il est si vrai que Philémon a fait au delà de ce qui lui avait été dit, que l'épître aux Golossiens nous montre « le fidèle et bien-aimé frère Onésime » honorablement mentionné parmi ceux qui s'occupent des intérêts spirituels de l'Église.
Il y a, quoi qu'on fasse, une abolition implicite de l'esclavage ( implicite , mais positive ) au fond de cette fraternité étroite que crée la foi
au Sauveur. Entre des frères les relations de maître et d'esclave, de vendeur et de marchandise, ne sauraient subsister à la longue. Débiter sur une table d'encan ou livrer aux traitants qui font leur remonte une âme immortelle pour laquelle Christ est mort , c'est une énormité devant laquelle la conscience chrétienne finira toujours par reculer. « Là, est-il écrit, il n'y a ni grec ni juif, ni circoncision ni incirconcision, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre, mais Christ y est tout en tous. » Que les propriétaires d'esclaves se demandent ce que signifie une pareille vérité, ce qu'elle suppose et ce qu'elle exige. Qu'ils se demandent ce qu'ils diraient aujourd'hui même , si l'épître à Philémon leur était adressée à eux; et elle leur est adressée; les Onésimes du Sud (il y en a) sont placés ainsi sur la conscience de leurs maîtres, qui sont leurs frères.
J'en ai dit assez pour me dispenser de l'examen des passages, fort nombreux, où l'esclavage est supposé par les écrivains du Nouveau Testament. Les devoirs des maîtres et ceux des esclaves y sont établis sans aucun doute et l'institution existante n'est pas contestée un seul instant ; seulement, elle est placée en présence de ce qui la tuera; la doctrine du salut par Christ, du pardon, de l'humilité, de l'amour, est par elle-même, et sans qu'il soit nécessaire de l'exprimer, la négation absolue de l'esclavage.
Elle l'a bien prouvé, et les premiers siècles du christianisme ne laissent pas de doute sur l'interprétation que les chrétiens ont donnée aux enseignements des apôtres. Malgré la corruption rapide qui s'introduisait dans les églises, nous voyons un fait s'y produire avec éclat : les affranchissements se multiplient, les esclaves parvien-
rient aussi bien que les hommes libres aux offices ecclésiastiques , l'égalité spirituelle produit le fruit qu'elle ne peut pas ne pas produire, l'égalité légale. Aussi faut -il voir comme les édits des empereurs, se multiplient, dès que l'influence du christianisme s'exerce au sein du monde romain! Et tous ces édits ont pour but d'adoucir la servitude, de multiplier les affranchissements de plein droit, de faciliter les affranchissements volontaires.
Ce que l'Évangile a fait alors contre l'esclavage européen, il le fait maintenant contre l'esclavage d'Amérique. Son but est le même, ses armes sont les mêmes; elles ne se sont pas rouillées depuis dix-huit cents ans. Ils ne s'y trompaient pas, ces planteurs des îles anglaises qui , devinant d'instinct où était leur grand ennemi , recouraient à tous les moyens pour expulser les
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missionnaires. Ils ne s'y trompent pas davantage, ces bourreaux du Texas qui viennent de mettre à mort le missionnaire Bewley, touchant martyr de la cause des esclaves. Je le demanderai en face de la potence de Bewley, que faut-il penser de ce prodigieux paradoxe d'après lequel l'Évangile serait le patron de l'esclavage? A ceux qui le méconnaissent à ce point, l'Évangile répond par ses actes ; il répond aussi par le témoignage unanime de ses serviteurs. Quoi de plus frappant, en effet, que de voir qu'en dehors des pays où l'action des « intérêts et des habitudes trouble le jugement des chrétiens, ils n'ont en cette matière qu'une seule façon de comprendre et d'interpréter l'Écriture? Consultez l'Angleterre, la France, l'Allemagne , partout les chrétiens vous diront que l'Évangile a aboli l'esclavage, quoiqu'il n'ait pas dit un mot qui proclamât cette abolition.
Pourquoi, si le doute était possible, la diversité des opinions ne serait -elle pas possible aussi parmi les juges désintéressés ? Voici, pour ne parler que de la France, les synodes de nos églises libres qui ne cessent de flétrir à la fois l'intolérance suédoise et l'esclavage américain ; voici une adresse signée il y a trois ans par les pasteurs et les anciens de 571 églises françaises, qui est allée porter aux Etats-Unis le témoignage non suspect d'une conviction qui est bien celle de tous.
Il me semble que notre démonstration est complète. Que serait-ce si j'ajoutais que l'esclavage américain, qu'on prétend placer (si étrangement) sous la protection de la parole des apôtres, n'a rien de commun avec celui que les apôtres ont connu! La chose est pourtant certaine. L'esclavage des États-Unis est
fondé sur la couleur , c'est l'esclavage des nègres. Or, ceci est un fait tout nouveau dans l'histoire des hommes, un fait monstrueux, qui modifie profondément la nature de l'esclavage. Avant Las Gazas, ce créateur vertueux de la traite, dont le nom renferme à lui seul tout un commentaire de la maxime : « Faisons le mal afin qu'il en arrive du bien, » avant Las Gazas, personne n'avait inventé de rattacher l'esclavage à la race. Or, l'esclavage rattaché à la race est le plus difficile à déraciner, car il y a là un signe indélébile d'inégalité, un signe que la loi n'a pas créé et que la loi ne peut pas détruire.
Tel n'était pas l'esclavage qui s'offrait aux regards des prophètes et des apôtres ; il n'était pas question alors d'une servitude normale, de plein droit, appuyée sur une infériorité native et indestructible, il s'agissait d'une servitude ac-
cidentelle entre égaux, que les chances de la guerre avaient fait naître et que l'affranchissement supprimait en entier. Tout autre est l'esclavage qui tient à la race et qui, on peut le dire, suppose une malédiction ; celui-ci subsistera quoi qu'on fasse, il se survivra en quelque sorte a lui-même ; il trouvera, d'ailleurs, dans l'idée d'une dispensation providentielle l'excuse naturelle de ses excès. Cet esclavage-là, la Bible le condamne de la façon la plus formelle. Si ses champions osent supposer deux espèces , la Genèse leur montre tous les hommes sortant d'un seul homme, et l'Évangile leur raconte la rédemption opérée en faveur de tous les descendants d'Adam; s'ils arguent de la malédiction prononcée contre Gham , l'Ancien Testament leur présente l'énumération détaillée des Ghamites, vaste famille où les blancs figurent aussi bien que les noirs.
En résumé, il y a lutte à mort entre l'Evangile et l'esclavage sous toutes ses formes, et particulièrement sous la forme odieuse que la traite africaine lui a donnée dans les temps modernes. L'Évangile a été, est et sera à la tête de tout mouvement sérieux dirigé contre l'esclavage. Il importe qu'il en soit ainsi ; c'est le seul moyen d'éviter les violences, les révoltes, les calamités extrêmes, dont les blancs et les nègres auraient également à souffrir. L'Évangile a cela d'admirable, qu'à côté des devoirs des maîtres il proclame ceux des esclaves; comme au temps des apôtres, il n'hésite pas à leur recommander la douceur, la soumission, la fidélité scrupuleuse, l'amour de ceux qui les maltraitent, l'exercice des vertus difficiles; il les fait libres au dedans, afin de les rendre capables de devenir libres au dehors.
m LES ÉTATS-UNIS EN 1801.
Pour juger de cette méthode, on n'a qu'à comparer les misérables populations de Saint- Domingue et les beaux villages libres qui couvrent les îles anglaises. Qu'elle est vraie cette parole : « La colère de l'homme' n'accomplit point -la justice de Dieu! » Partout où la colère de l'homme s'est donné carrière , même pour châtier d'abominables iniquités, il est demeuré comme un ana thème. Je tremble quand je songe aux révoltes qui peuvent éclater d'un moment à l'autre dans les États du Sud. Le sang versé, ne l'oublions pas, tacherait notre drapeau; au bon droit des esclaves on opposerait éternellement leurs crimes, et qui sait si de terribles revanches ne viendraient pas fondre sur eux î
La pensée se trouble à la seule image des horreurs qu'entraînerait la guerre civile. Puis-
sent les chrétiens d'Amérique comprendre enfin d'une façon plus complète la grandeur du rôle que Dieu leur réserve et l'étendue des responsabilités qui pèsent sur eux ! — Prendre nettement position contre l'esclavage, enlever leurs derniers prétextes aux hommes sincères qui essayent de le concilier avec l'Évangile, organiser dans le Nord l'action d'une force morale immense, adresser au Sud des paroles senties de vérité et de charité, faire appel sans se lasser au cœur des maîtres et à celui des esclaves, préparer pour les moments difficiles cette garantie que rien ne remplace, la foi commune des noirs et des blancs, ne pas perdre courage alors même que tout semble perdu, pratiquer le métier des chrétiens, qui consiste à poursuivre et à réaliser l'impossible, montrer une fois de plus au monde quelle puissance réside dans la justice, c'est une noble tâche à accomplir.