TISSUS, VETEMENTS ET ACCESSOIRES
Dans les industries du vêtement, le premier rang appartient à la bijouterie, au moins quant à la valeur des objets créés et à leur intérêt artistique. Mais, à ce dernier point de vue, la bijouterie américaine attiie en somme médiocrement le public. Non petô qu'il n'y ait des pièces remarquables sorties des grands aleliei*s de North-Attleboro (Mass.), qui sont représentés par quatre ou cinq maisons de première importance. La joaillerie gravée de Park, de New-York, les bagues de M'Carll et de Muhr sont souvent fort belles. Mais on s'accorde généralement, — ce qui est évidemment exagéré et même injuste, — à reprocher à tous ces produits de manquer de goût et d'originalité. Il vaudrait mieux dire seulement que Timagination y est peut-être un peu confuse et embarrassée, et que le goût n'est pas le nôtre. Car les Américains n'accepteront pas, — en quoi ils auront raison sans doute, — le verdict qui semble les condamner à une infériorité incurable
dans ce qui fait précisément la valeur de la joaillerie.
Venons maintenant au vêtement proprement dit, aux étoffes. La puissante industrie du coton se présente à nous tout d'abord.
Le nombre des manufactures de coton aux États- Unis en 1810 était de 241 ; le nombre des broches était estimé à 96,400, soit 400 pour chaque filature, en moyenne. Suivant un rapport d'un cofnité du Congrès fait en 1815, 40,000,000 de dollars étaient alors engagés dans cette industrie, qui occupait 100,000 personnes. La production d'étoffe était, à cette époque, d'environ 80 millions de mètres ; le nombre total des broches, environ 350,000; desquelles 119,310 pour les 165 filatures que possédaient les trois Etats de Rhode-Island, Massachusr setts et Connecticut.
L'apparition des métiers à vapeur fit bientôt une révolution profonde. Le nombre des broches monta à 1 million et demi en 1830, et à 1,750,000 en 1835. En 1840, le sixième recensement des Etats- Unis donna pour la première fois une statistique cotonnière. indiscutable. Il montra 1,240 filatures en activité, avec près de 2,300,000 broches, et 129 établissements de teinture et d'impression. Le nombre des ouvriers, grâce aux machinés, était' descendu à 72,1 19; mais le capital total engagé dépassait 51,000,000 de dollars. Les États qui marchaient à la tète étaient le Massachussetts, em-
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ployanl près de 70i),000 broches ; lo Rhode-Island, avec près de 550,000 ; le New- York, avec près de 220,000; ]e ConnecUcut, avec un peu moins de 200,000, Il n'y avait pas encore une seule filature dans les Etats d'illinois, de Missouri, de Michigan. de Floride, de Wisconsin, d'Iowa, aujourd'hui de premier ordre en cette partie, ni dans le district de Columbia.
Il est inutile de rappeler ici le rôle du coton dans ta guerre de la Sécession, la situation réciproque du Sud producteur et du Nord manufacturier, les débals sur le tarif protecteur, et le cri de • Cotton kingl f> qui fut.le cri de guerre des sécessionistes. En 1860, à la veille de l'explosion, il y avait, dans l'Union entière, 1,091 manufactures, représentant 126,313 métiers, 5,235,727 broches, 122,028 ouvriers et 98,585,260 dollars de capital. Si l'on eût fait un receosement extraordinaire après la fin de la lutte, quel tableau eût-il présenté I Si' le contre-coup seul causa d'effroyables malheurs dans la France, dans l'Angleterre, dans une moitié du monde, quelle ruine no fut-ce pas pour les États eux-mêmes? Pendant cinq ans et plus, le Sud ne vendit plus, le Nord ne Bla plus; personne ne planta, personne ne travailla ; les balles de cotons servirent h blinder les forteresses; d'immenses stocks furent déb'uits.
Heureusement le neuvième recensement tombait en 1870, quand déjà quelques années d'apaisement
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relatif avaient permis à Tiudiistrie de renaître, et môme de reprendre son essor. Aussi a-t-il donné 956 filatures en activité ; 157,810 métiers ; 7,132,416 broches; 135,369 ouvriers, et un capital de 140,706,291 dollars. C'est un fait remarquable que cette diminution d'environ 12 pour cent du nombre total des établissements. Les Américains Tattribuent h la tendance naturelle des industries de cette espèce à se cx^ncentrer en de grands établissements. Il faut ajouter aussi que, dès le commencement de la guerre, plusieurs établissements, bien avisés, se mirent à faire de la laine, et ont continué depuis. La tendance à la concentration se montra encore à cette époque par un autre fait : les filatures de 1870 avaient un nombre de métiers de 24 pour cent et un nombre de broches de 28 pour cent supérieurs à celles de 1860. Quant au chiffre du capital total engagé dans cette industrie aux deux dates, il ne doit pas faire illusion ; l'augmentation de 30 pour cent est due uniquement à l'augmentation naturelle de la valeur de la terre, des bâtiments, des ma^ chines. Quant aux produits, bien que la quantité de coton brut consommée par les fabriques fût de 6 pour cent moindre qu'avant la guerre, la valeur des marchandises produites fut de 53 pour cent plus grande.
Aux États-Unis, dans ces dernières années, la consommation de coton brut est de 65 livres en moyenne par broche ; c'est-à-dire près de 61 par
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broche dans tes Étets du Nord, et près de 139 c tes États du Sud. La tendance -est de plus en ] d'abandonner la confectitxi d'étoifes communes \ le travail des beaux tissus.
En 1817, la récotte totale de coton a été 4,483,000 balles, de 400 & 450 livres chacune : c plus d'un million quatre cent mille tmlles de | qu'en 1810 ; c'est & peine un million huit cent i quante mille de moins qu'en 1860. triais il faut i que l'année s'était pas des meilleures. 1876 a donné 4,669,288 balles contre 4,669.770 foun par 1860. qui ne reste ainsi l'anoée-maximum d'un chiftra eictrémement faii)le. En 1830, la [ ducUon totale n'atteignait même pas un million luilles I
Une grande partie de ce coton est manufacti hors d'Amérique. L'exportation est immense, ! tout pour l'Angleterre. 11 y a eu une année, I* où elle a reçu des Etals-Unis un milliard et iO r lions environ de livres de coton. En 1876, elle € demandé encore près d'un milliard de livres (exa ment 972,800,176), c'est-à-dire près des deux t de ce qu'elle a consommé, la masse totale du ce importée chez elle s'étant élevée à 1, 487,868, livres, dont âT6 millions environ venaient de possessions des Indes.
La plus grande partie de l'Exposition cotonni ■ américaine est dans le groupe V, classe 44. C là que ligurent les cotons du h Nevi'-Orleans Coi
Exchange » et presque tous les envois de la Louisiane, les cotons en filasses, les balles de coton, la graine et Thûile qu'on en retire. La Gteorgie, la terre des « longue-soie » , montre ses plus beaux échantillons de culture dans l'envoi do 1* « Augusta Cotton Exchange ». Ici, à côté des produits de l'industrie du Nord, de Philadelphie, du New- Jersey et du Connecticut, elle présente des étoffes qui paraissent d'une valeur réelle. Ce sont deux filatures d^Augusta qui les envoient, les a Enterprise Mills » et les « Langley Mills » .
C'est en 1771 que R. Arkwright établit à Cromfort (Derby) les premiers moulins à eau pour la filature du colon qui aient fonctionné en Angleterre. C'est en 1790, — du moins autant qu'on peut le savoir, — - que S. Slater établit à Pawtucket (R.-L) la première filature américaine. C'est en 1787 que Louis XVI fit la première tentative du même genre, à Rouen.
La soie est encore bien loin d'être aux États-Unis une industrie comparable à ce qu'elle est en Europe ou en Asie, malgré les très-honorables spécimens qu'ont apportés des exposants du Kansas, de la Caroline, du Massachussette, du New-Jersey et du New- York. La valeur de quelques produits ne constitue pas une grande industrie.
Quant aux laines, elles figurent à la classe 46, parmi les produits agricoles non alimentaires I Les ustensiles pour les travailler sont au groupe VI, et,
également danp le même groupe, les instruments de la confection des vêtements. Nous n'avons, dans le groupe IV, que les vêtements confectionnés, et encore tnès-peu de vêtements proprement dits. Il semble qu'on y ait comme relégué tous les accessoires de la toilette, tout ce que les militaires appellent les « effets de petit équipement », les lacets, Içs manchettes, les bretelles, les ombrelles, les ton- . pets, les perruques ; rien de tout cela n'est palpitant d'intérêt! II est vrai qu'il y a des bottes — la vraie botte américaine, chaussure nationale de tout bon Yankee! — et de jolis corsets des frères Warner, de New-York ! Les habillements de Zallee, de Saint- Louis (M.), sont presque seuls.
Du reste, l'art du vêtement n'est pas aux États- Unis ce qu'il est en Europe, et surtout en France. Le vrai Français aime à avoir un bel habit, bien fait pour lui, de bonne étoffe solide, honnête, élégante et durable : il le porte longtemps, s'y'habitue, le moule, en quelque sorte, sur lui. C'est pour cela qu'il veut l'avoir bon; il ne veut pas que son habit le quitte juste au moment où il lui allait bien ; au besoin, il le portera un peu défraîchi, s'il se tient bien encore; et enfin, il aimerai le mettre, même vieux, chez lui ou quand il ne croira pas devoir faire des frais de toilette. Il n'en est pas ainsi aux Étals-Unis : on ne porte pas d'habits vieux, à moins d'être un pauvre diable, et encore ! L'habit défraîchi ne peut plus servir ; qu'importe alors qu'il soit
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usé OU non? Un Français habite. son vêlement comme une maison à lui, qu'il aime; un Américain loge dans le sien comme dans une chambre d'hôtel- De là un immense développement de Tindustrie de la confection. Les vêtements ne sont pas très-beaux, pas très-élégants; ils n'ont pas surtout ce cachet de personnalité, d'intelligence, d'art, que possède chez nous le costume de l'homme qui se met vraiment bien ; mais chacun est mis correctement, ccmvena* blement...'., c'est-à-dire comme son voisin.
Les draps qui servent à la confection, — comme^ du reste, presque toutes les étofles américaines," — ont, en générai, plus d'aspect que de valeur réelle ; c'est fait vite, pour servir vite. Quant aux laines, la moindre partie {wovient des États-Unis eux-mêmes. L'Allemagne, mais surtout l'Angleterre et l'Australie alimentent les draperies pour la plus forte part. La République Argentine est aussi appelée à fournir ce qu'eUe produit, c'est-à-dire les laines des qualités inférieures.
Dans la classe des armes de chasse, rien ne nous a semblé extraordinairement nouveau. On retrouve les grands noms de l'armurerie américaine : Coït, dont le souvenir restera attaché pour toujours à l'histoire du revolver; Sharp, dont \e^ central- fire sont aujourd'hui presque aussi communs dans l'ancien continent qu'en Amérique; Remington, dont nous avons appris à connaître l'arme de guerre dans les épreuves de iS70, et plusieurs autres. Il
est à rappeler que les fusils à inflammation centrale, qui commencent seulement à faire leur chemin chez nous, sont universellement et de plus en plus exclusivement employés comme arme de chasse en Amérique ; il en est à peu près de môme en Angleterre. Chez nous, cela ne va pas si vite ; beaucoup de gens tiennent à leur Lefaucheux, dont ils sont sûrs, qu^ils connaissent ; et ils ont été frappés plutôt des inconvénients que le système nouveau présentait à ses débuts que des avantages qu'il offre, maintenant que des perfectionnements continuels lui ont donné la sécurijié, une cherté moins grande qu'à l'origine, la précision et la portée.
Un des exposants de la classe A2, M. Laflin, est connu en Amérique par un livre singulier et intéressant, œuvre de science, de pratique, d'enthousiasme et d'industrie : « Muscular christianity, tempérance and exercise ». M. Laflin, qui sMntitule a champion athlète for the woHd », expose un appareil qui a pour but de permettre à chacun de s'exercer chez lui d'une manière saine et complète, sans effort brusque ni fatigue. Son usage normal et primitif est le mouvement et le travail du rameur, d'où son nom « Rowing apparatus » ; mais il se transforme en un nombre presque infini de formes, sous chacune desquelles il offre un exercice nouveau, où une partie différente du corps prend le principal rôle.