‹ Les États-Unis et l'exposition de 1878Chapitre 12 sur 19 · MÉCANIQUES · texte numérisé non relu

MÉCANIQUES

Le groupe VI est le triomphe de Texposition américaine, parce que chacun vient y trouver l'instrument spécial de son industrie. Les merveilles de la mécanique appliquée ne sont nulle part plus nombreuses, plus étonnantes, plus pratiques. Cependant tout n'y est pas, et nous ne parlerons même pas de tout ce qui s'y trouve. Les exploits du Téléphone et du Phonographe ont leur théâtre ailleurs qu'au Champ de Mars ; et il y a, dans cette exposition de machines américaines, plus d'une place occupée par des objets admirés de tout le monde, mais depuis longtemps acceptés, popularisés, et partant connus. Il n'y a plus rien à dire, par exemple, des machines à coudre Wheeler et Wilson, et de tant d'autres, plus ou moins leurs parentes, qui sont aujourd'hui, non plus américaines, mais universelles.

Dans la classe 50, l'exposition multiple de la

LES ÉTATS-UNIS A L'EXPOSITION DE 1878 H Weston Dynamo- Electric machine Corn pan j

Newark (N.-J.), a été l'objet d'un grand no de comptB3-rendus. Le public s'intéresse égak au modèle d'un appareil dû h MM. Strieding Doerilingei', de Brooklyn (N.-Y,), et qui s faire sauter à la fois plusieurs milliers de n C'est avec un appareil semblable que M. Stri ger a fait sauter d'un coup l'immense roch Hellgate, New-York, ce qui est certaineme plus bel exploit de ce genre que les hommes encore accompli. Le modèle est celui d'un ap| moitié moins puissant que celui du HeDgale ; à. l'échelle de 0,25; 11 montre l'installation ptète, nécessaire pour faire sauter du môme avec une sécurité parfaite, environ 2,000 i indépendantes l'use de l'autre. Le procédé, au i est assez simple. «Les charges, explique l'a lui-même, sont divisées en groupes indépenc dont chacun est commandé par une batterie talque spéciale. Tous les courants des batteries fermés, excepté à un point, oii est placée une cule spéciale : ici, sont en présence, mais sept d'une part une série de coupes de mercure .

sur une table, et d'autre part une série de pc de laiton correspondantes, fixées à un disqi bots suspendu au-dessus de la table. Ce disqi soutenu par une corde attachée h une petitt:

touche, qui contient une charge de dynamite e fusée. Au moment donné, une batterie auxi

fait sauter la cartouche : le disque tombe, ferme tous les courants, et produit à Tiûstant Texplosion simultanée de toutes les mines. »

Le compte-rendu d'un journal de province commençait naguère par ces mots : « L'exposition américaine se compose principalement de pelles, fourches, râteaux, pics et pioches. » L^excellent homme qui écrivait ces lignes n'y avait pas regardé de bien près ; mais il faisait en cela comme le gros public, qui est presque toujours frappé, en parcourant la section des États-Unis, des étincelants étalages des outils de culture et de jardinage, par lesquels cette exposition est en effet très-remarquable. C'est une des industries les plus florissantes aux États-Unis, où tout le monde, — même ceux qui n'en font point métier, — est plus ou moins laboureur, bûcheron ou jardinier. Tout le monde connaît les habitudes de certains hommes d'État très-célèbres, rivaux en ce genre de M. Gladstone, qui est le premier fendeur de bois de l'Angleterre. Les pelles d'Ames, de North-Easton (Mass.), les fourches de Batcheller, les râteaux de TSheble et Fisher sont excellents comme types, et, si l'on doit s'en rapporter à la renommée de leurs auteurs, comme métal. La (( Withington and Cooley M'f g Company » semble avoir tenu à justifier sa prétention, déjà ancienne, de lenir le premier rang sans conteste dans ce genre de fabrication. A côté d'elle, l'étalage de Paulton — maison parisienne, — nous montre

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que cette industrie pénètre chez nous : les formes des oulils américains sont en effet très-correctes, plus élégantes — au moins de l'élégance spéciale que réclame une pelle ou un râteau, — et, en général, plus maniables que les nôtres. C'est toujc même supériorité de l'Amérique en ce qui coi le travail du fer, toutes les fois qu'il n'y a faire œuvre d'originalité artistique. Certaines maisons ont exposé des outils soignés, d( même; mais nous ne pouvons tout ciler. Il i reste inutile d'inviter les visiteurs à regarder mense pyramide de tridents, de pioches et de luisantes qui constitue l'exposition collective partie des maisons qui représentent cette îndt Elle commande d'elle-même l'attention par se; portions et son éciat.

De même pour les engrais, où tout est sente, depuis les guanos de chauve-souris ou di son, les phosphates exposés par le Départerai l'Agriculture, jusqu'à l'écume de noir animal « Calvert Sugar Eefining Company > de Balti et aux os et phosphates de Navassa.

Il ne nous appartient pas de rendre com] tous les appareils, grands et petits, gigantesq Infimes, qui sont classés par les catalogues s< rubrique vague de machines et appareils de 1 canique générale. Une commission d'ingéi spécialistes y sufGrait à peine. Parle fait, lesj liste seul a intérêt h s'occuper individuelleme

chacun d'eux, et il ne s'occupe que de ceux à qui il a personnellemeDi affaire; mais que lui servirait notre rapide esquisse ? Ce qu'il lui faut, à lui, c'est la connaissance intime de la machine, dans son dernier détail, dans toutes ses conditions d'existence, de fabrication, d'action, sa comparaison avec les inventions antérieures, l'étude des mille questions techniques, économiques, commerciales qui peuvent se rattacher à elle aux multiples points de vue de laconstruction, de la dépense, de la production. Au contraire, le simple visiteur ne demande même pas ce que nous pourrions dire. Que lui importe? La plupart du temps, Témotion, l'impression que produit la galerie des machines avec son bruit acharné, son aspect âpre, Bévreux, ce fourmillement du travail qui vous enveloppe, voilà tout ce qu'il emportera dans son souvenir. Hâtons-nous de le dire, ce n'est pas la plus mauvaise manière, pour qui n'est pas industriel, déjuger l'industrie, et, en tout cas, c'est la meilleure manière de la comprendre : c'est la sentir. Il n'y a besoin d'être fourmi ni abeille pour se plaire devant une fourmilière ou devant une ruche. L'Exposition est quelque chose d'analogue : à côté des gens d'affaires^ qui y font les leurs, il y a le public — le monsieur qui paie 20 sous pour voir. Pour celui-là, les travailleurs, les spéculateurs^ les machines sont autant d'êtres laborieux qui vivent un moment sous ses yeux ; il n'a pas besoin de posséder tous les secrets de leur vie ; il sufBt qu'il les

voie vivre, s'agiter, créer. Envisagée à ce point de vue des spectateurs, TExposition sera plus et mieux qu'une usine, un marché ou une bourse : elle sera une espèce de temple, où chacun sera venu chercher l'impression presque divine du travail humain universel l

C'est donc presque au hasard, et comme flâneurs parcourant la galerie des machines et l'annexe des États-Unis, que nous nous arrêtons devant quelques appareils, soit pour voir le produit s'y créer et en sortir, comme devant la machine à filer, ou la machine à broder, soit pour examiner rapidement ou pour demander un éclaircissement utile.

C'est dans l'annexe que la a Hercules Lever Jack Company » a exposé sa collection de crics à levier, de presses à main pour le tabac, l'orge, les fruits secs, etc.. Le même instrument, le Hercules lever jack sert à volonté de cric et de presse, pour un poids ou une force qui peut aller de 1 à 20 tonnes : cela dépend du numéro de l'appareil. Le grand succès de ces appareils, qui les a fait adopter par le gouvernement des États-Unis, dispose à la confiance en faveur des autres créations de la compagnie, telles que la presse mécanique a Tichenor » presse fermée, pour mettre en balle ou en botte la paille, le foin, le coton, le blé, la laine, le crin, les chiffons, le papier, etc., etc.

Voici maintenant la bonde à air Pentlarge, instrument peu majestueux, mais qui, lui, n'est pas

destiné à soulever des montagnes ; il s'agit tout simplement d'avoir un système qui ferme hermétiquement le tonneau, sans toutefois empêcher qu'on n'ouvre quand on le veut. Grand intérêt pour la bière, qui demeure jusqu'au dernier verre dans l'état le plus satisfaisant ! Grand avantage sur l'ancien système des trous au foret, qui laissaient bien entrer l'air nécessaire, mais demeuraient toujours plus ou moins ouverts ! En 1877, les États-Unis ont consommé plus de 3 millions de ces bondes.

Parmi les exposants de machines à vapeur figurent des noms justement célèbres en Amérique. Les Vaux Cresson, de Philadelphie, les Banner et Paies, de New- York, les Ervien, les Lovegrove, les Snyder, et dix, quinze, vingt autres. Les machines portatives de la a Taylor M'fg Company », de Westminster (Md) ou de Pales, de New- York, mériteraient aussi Tattention, QuantàThydrauliquf, elle est largement représentée, comme il convient, dans un pays d'immense industrie agricole, où l'eau doit être partout conduite et mesurée, comme force mécanique ou aliment du sol. Aussi le nombre des appareils qui la concernent est-il grand : Pompe universelle de Nason ; pompes de l' « Oscillating Pump Company » ; pompe automatique de Brooks ; pompes et béliers hydrauliques de* Douglass. La maison Douglass, qui a tenu une si grande place à TExposition de Philadelphie, n'a pas voulu se présenter moins bien chez nous. Ses appareils hydrauliques,

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dont plusieurs fonctionnent sous les yeux du public, remplissent un coin de la galerie des machines. La spécialité de cette maison est un excellent bélier hydraulique, déjà consacré par l'expérience et des récompenses nombreuses, qui permet d'élever 1/7 de Teau d'une chute à une hauteur cinq fois plus grande que la chute elle-même, proportion qui varie, natuturellement, avec la hauteur de la chute et l'élévation qu'on veut obtenir. Représentée par la maison Pilter, de Paris, la maison Douglass se fait connaître en France.

Le grand développement qu'a, aux États-Unis, le travail du bois, tant pour la construction que pour la menuiserie, a donné lieu à une foule d'inventions, dont quelques-unes fort importantes. L'étude d'une seule des expositions du Champ de Mars donnera l'idée de ce qu'il en est. La maison Fay et C®, de Cincinnati, — qui occupe, du reste, le plus large emplacement de tous dans la galerie des machines, — expose seize machines à travailler le bois, dont plusieui'S pataissent là pour la première fois. — L'une est une grande machine à six rouleaux, à double cylindre, pour planer, ajuster et courber. Cette machine aplanit les côtés d'une pièce simplement équarrie, de 6 pouces de large et au-dessous ; elle fait les pièces de plancher, de plafond, les moulures ; elle rectiQe les bois irréguliers. — Une autre machine à planer, qui se manie à la main ou à la vapeur, peut parer des surfaces de 24 pouces sur 6 d'épais-

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seur ; destinée à travailler les bois dur», elle doit servir surtout à rébénisterie ou à la fabrication des outilsagricoles. — Une troisième est une scieuse, pour débiter en morceaux minces les planches, les bille», les bois déjà travaillés ; elle peut rescier une pièce de 30 pouces sur 16 d'épaisseur. — La quatrième est une machine à scie sans 8n, double, pour couper dan» les deux sens les pièces de bois équarri. — Mais la perle de la collection, c'est la t Universal Wood Working machine », accompagnée d'une machine à mouler sur quatre faces. Celte machine fait tout : elle plane, pare les surfaces rondes, plates ou coniques, fait les rainures, les Joint», les biseaux, les mortaises, les cannelures ; elle rogne, elle prépare les joints pour la colle, taille les pieds de table, les noyaux d'escalier, découpe les panneaux de porte, exécute et pose les pommes, fait les moulures circulaires, scie dans les deux sens, fait les tenons, les moulures, les feuilles de parquet et les pièces de plancher ! . . . Nous croyons qu'en l'alimentant de bois, elle ferait une maison avec le mobilier! —Autour d'elle se groupent les autres, la découpeuse de panneaux en creux ou en relief, la scie circulaire et la machine qui monte et aifute ses lames, la tailleuse de queues d'aronde, la petite planeuse, qui termine et affine le travail des grosses, et la découpeuse à jour, et la polisseuse... c'est à ne pas s'arrêter!

La fabrication du matériel d'imprimerie tient assez de place ; M. David, de New- York, montre

A L'EXPOSITION DE 1878 sa plaque universelle pour tracer le M. Pirm, ses procédés d'impression sur a Page Word Type Company n, ses cai bois, retour apparent à l'origine de l'it avant W. Fust, Dans la même classe oi c<5e3 les machines à tailler le carton pour ovales, en disques circulaires, etc. Lei M. Packer, est aussi celui d'une sorbetièi nage et à double action, qui a été remt machine & écrire qui fonctionne n'est [ RemingLon, connue maintenant en Eur qu'elle n'ait pas deux ans d'existence.

Comparer la carrosserie américaine i carrosseries étrangères, c'est la trouvei coup supérieure à toutes. L'Angleterre, ci, est restée au-dessous du médiocre; l des modèles décousus; la Russie, quo d'éloges, n'a pas gagné 6 être trop vani grand honneur à faire à la carrosserie Unis, c'est de la comparer à la merveil bilion de l'industrie fVançaise, Très-inf plus d'un point , elle l'emporte sur autres.

Chez nous, la légèreté est cherchée da ment bien rhythmé des trains d'avant e dans le jointoiement minutieusement ré de vis et des filets de la boîte des roues, picains tiennent encore plus que nous à dans les voitures : c'est pour eux la pre

lité. Mais ils ne la cherchent que dans la diminution du poids, par la suppression d'autant de bois et de fer que possible. Il en résulte que, souvent moins solides, ils sont toujours moins élégants. Un cons-' tructeur fort expérimenté nous disait naguère que le procédé français est plus scientifique et plus rigoureux que l'autre, quoiqu'il paraisse moins logique : dans un objet destiné à rouler, ce n'est pas tant le poids qui fait la dureté que la surface totale de glissement et Tâme du centre d'équilibre.

La forme des voitures américaines se ressent naturellement du dédain que l'on a pour elle, et de la préférence qu'on donne à la légèreté sur la grâce. Des roues et des ferrures d'une gracilité excessive, des courbes coupées brusquement par des angles imprévus, des montages de caisse trop loin de terre, des rétrécissements baroques de largeur, tout cela n'est pas beau. Encore les voitures exposées ne sont-elles pas de vrais types ; elles semblent avoir sacrifié au goût français et essayé de se rapprocher de ses formes : elles sont suffisamment élégantes pour la plupart. Mais les modèles que publient les magnifiques journaux spéciaux des États-Unis sont bien autre chose ! Leur étrangeté dépasse souvent la fantaisie la plus invraisemblable. Quant aux types nationaux , buggys, top- waggons, sulkys, ils ont leur raison d'être dans les besoins pour lesquels ils sont g taits, mais tout en eux n'est pas fait pour nous

& ' plaire. Une capote coupée en deux, par exemple.

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peut être, à certains égards, confortable ; mais n'est plus laid, alors, que les brancbes appar des compas, habituellement cachées dessous commence à ne plus goûter, chez noua, ces tures à forme d'araignée, qui ne noua servent ■ leura à rien.

La grande, l'incomparable supériorité des.

ricains sur l'Europe, pour la carrosserie, est leurs bois et leurs vernis, produits de leur sol bois sont excellents; le hickory, particulière! permet de faire ces jantes de roues si fines qu en sont grêles. Puis leur peinture est admin leur « wood-ÛUing », pour les premières cou est préférable à notre ocre jaune ; de très-bc couleurs et un incomparable vernis permette donner aux panneaux le brillant d'un miroir, ( brillant solide. Il n'y a rien d'analogue dans au autre section.

Les maisons de carrosserie américaines soni normes établissements. Par l'accumulation des cialités, chez nous disséminées, et par l'iute du courant de fabrication, te coût élevé de la n d'œuvre s'y trouve à peu près compensé. Ma matières premières étant beaucoup plus et qu'en Europe, les prix de vente, proportions dées, sont plus élevés que les nôtres ; c'esi peu le cas pour tous les produits, surtout de en Amérique. Parmi ces maisons, il faut i Ivers, de Cambridge, qui fait spécialemec

buggy; Jaoobs, de Philadelphie, et surtout Brewster, de New-York, qui tient sans conteste le premier rangy avec ses treize voitures, aussi remarquables par la légèreté de TensemMe que par rajustement soigné des parties.

Ce qui fait pousser des soupirs de r^ret à plus d'un dans ]e public, c'est la vue des modèles de wagons-lits de luxe de la « Pullman Palace Car Company »^ de Chicago. Quand en serons*nouslà, en France, en réalisant ce progrès de plus, que le prix demeure abordable?... En attendant, si nous arrivions à faire des tramways sans reproche? Il y a là des modèles dont Tétude pourrait y aider.

Nous n'avons pas l'intention de nous attarder plus longtemps que le publio devant les canonsmitrailleuses de Gatling, ni devant le canon Gardner. Après les vêtements de liège de Itabnweiler, et les plans et modèles de travaux envoyés par la Société américaine des Ingénieurs civils, de New-York, il reste peu à signaler dans les classes 65, 66, 67, 68. Car les appareils de M. Edson, le phonographe et le téléphone, sont aujourd'hui trop connus pour qu'il y ait à y revenir. La tour à signaux de M. Davis aurait, paraît-il, obtenu l'honneur d'une commande du gouvernement.

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