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PRODUITS ALIMENTAIRES

Les principaux produits alimentaires des États- Unis sont naturellement les céréales. Ce pays, oh îa culture du sol est une industrie sans rivale, et qui a tant de sol à cultiver, ne pouvait faire autrement que de nous en envoyer les preuves.

Ces preuves, du reste, nous les avons sous les yeux, sous la dent plutôt, chaque jour. Mais nous n'y pensons pas. Qui peut dire pourtant ce qu'il entre, dans notre pain quotidien, de grain mûri sur les rives de FOhio et de la Wabash? Ce n'est pas cependant la France qui attire chez elle le plus les céréales américaines ; grâce au ciel, elle en est riche elle-même ; mais il n'en est pas de môme de tous ses voisins ; et, hors d'Europe, il y a partout des populations nombreuses qui attendent leur pain des récoltes du bassin du Mississipi, ou plutôt de l'Ohio.

L*exportation des céréales est, aux États-Unis, l'occasion d'un mouvement immense. Des milliers

de navires, parmi lesquels le nombre |des steamers augmente de jour en jour, sillonnent le lac Michigan, au fond duquel Chicago et Millvaukie se disputent le premier rang parmi les ports fariniers et grainiers du monde. Quand elles ont expédié quarante millions d'hectolitres de froment et de farines sur les marchés d'Europe et d'Amérique, le Michigan a fait son année.

Malgré cette forte demande de l'exportation, le froment n'est pas la principale denrée agricole des États-Unis : il ne vient qu'après le maïs. Après lui viennent, presque sur la même ligne, l'avoine, le seigle, le Sîarrasin et l'orge.

Les États-Unis ont cherché à donner une idée complète de leur production agricole. Rien n'est

plus intéressant que la collection des grains américains et de leurs produits, exposée dans la classe 69. Certains États ont suivi cet excellent exemple, comme le Connecticut, grâce à son Bureau de l'Agriculture, l'Indiana, par 1' a Indianapolis Board of Trade », l'Oregon, parla Commission de cet État. Très- curieuses également, mais trop nombreuses pour qu'on en donne le détail, les expositions des particuliers. Le maïs dans toutes ses formes, en herbe, en épis, en grains, concassé, pilé, moulu, sucré, en farine, en maïzéna, y tient naturellement le premier rang. Puis, à côté des céréales, voici le riz de la Nouvelle-Orléans, le millet, les fleurs, les fruits, la canne à sucre de la Louisiane et de la Ca-

roline, le sorgho — jadis cultivé pour la sucrerie dans une partie de l'Europe, chassé aujourd'hui par la betterave ^ les haricots, etc..

Les légumes et les fruits (classe 73) tiennent également une grande place. Là encore figure comme exposant le Département de l'Agriculture, qui a donné une série d'excellents moulages des fruits et des légumes des États-Unis. Le reste, naturellement, se compose surtout de conserves : fruits et légumes conservés dans le vinaigre, dans le vide ou autrement ; séchés à l'air et à la vapeur, comme les pommes de MM. Blackmar et AUerton, ou les produits de la « New- York desiccaling Company y>, on non séchés. A côté de l'exposition du Département de l'Agriculture, nous aurions dû mentionner celle de la Société d'Agriculture de Tlowa, dont les modèles sont en cire, tandis que les autres sont en plâtre, et les semences de légumes envoyées par la Commission de l'État d'Oregon.

En matière de conserves et de préparations alimentaires, tout le monde connaît les tentatives hardies qui ont été essayées partout dans ces dernières années, et heureusement aussi les résultats parfois merveilleux qui ont été obtenus. De plus en plus, dans cet ordre de recherches, le champ de l'impossible se rétrécit. On ne sera donc pas trop étonné — ajoutant cette circonstance que nous sommes en Amérique — des produits à désignations fantastiques : l'huître hermétiquement close de M'Mur-

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ray, le beuire de fruits de Schimmut, les œufs cristallisés, œuvre d'une Société spéciale, « United States egg desiccating C* », etc., etc.. Non loin, la très-jolie exposition de la « Wilson Packing C* » attire de temps en temps une foule énorme ; c'est qu'on y distribue le prospectus de la viande pressée et comprimée : un employé, armé d'un couteau modèle, découpe gravement de minces tranches du produit, qui, tout appétissant et tout rose, est offert à chaque curieux sur une carte de la maison.

Pour donner une idée de ce commerce de produits, et surtout de conserves alimentaires, nous dirons que la maison H.-K. et J.-B. Thurber, de New-York, atteint chaque année un chiffre d'affaires de 14 millions de dollars, soit 70 millions de francs! Sa fabrique est à Morristown (N.-J.); et, de mai à septembre, elle occupe 600 ouvriers. Il faut y ajouter un établissement sur 1^ rivière Astoria(Ca.) pour les conserves de saumon, et une fabrique de conserves de homards dans TÉtat du Maine.

La maison, naturellement, a des succursales dans le monde entier. Celle de la France, que dirige M. A. Godillot, occupe à Bordeaux un édifice construit exprès, en 1874. Tout entier en granit et briques, il a coûté i ,300,000 francs ; il a ftillu lui donner une solidité extraordinaire pour supporter le poids énorme des cargaisons qui y arrivent, s'y entreposent et en sortent. Six ascenseurs à vapeur.

trois pour l'entrée, trois pour la sortie, y fonctionnent sans désemparer.

Comme toutes les grandes maisoos américaines du même genre, la maison Thurber réunit et exporte tout ce qui »e mange. Elle expose, au Champ de Mars, à la classe 69, à la classe 73, à la classe 74 ; elle expose même — hors concours, i\ est vrai, et à titre d'élément de comparaison pour une de nos industries nationales — dans le groupe de l'agriculture française, classe 83, pour les miels.

Les miels américains sont fort beaux, et c'est un objet de grande industrie. Ceux que nous avons goûtés nous ont paru incomparablement plus parfumés que les miels de France. Quelques-uns même Tétaient trop ; il arrive que ces miels violents prennent à la gorge : ils seraient presque capiteux, tant leur parfum est excitant et leur saveur énergique. Certains ont un goût térébenthine qui semble indiquer que les abeilles ont fréquenté des résineux. Les miels de Californie sont un régal. On ne saurait rien voir de plus beau que ces rayons apportés dans des boites de verre : la cire est d'un blanc d*ivoire, d'ailleurs très-légère — juste de quoi dessiner et clore les cellules ; — son goût est très-faible, elle est plutôt agréable dans la bouche, comme le mastic des Orientaux; quand on la brise, le miel s'échappe en belle liqueur doréo, presque brune, dont le parfum est d'une vivacité et d'une fraîcheur extraordinaires.

Le sucre est pour TUnion américaine un produit vraiment national.

Bien avant que le coton eût été introduit de l'autre côté de TAtlantique, la canne à sucre faisait la principale culture des États du Sud. Bien avant que les Européens eussent abordé dans la Nouvelle- Angleterre, les Indiens savaient recueillir la liqueur sucrée qui coule des blessures faites 'à Yacer saccharinum. Enfin, la betterave européenne a été récemment introduite aux États-Unis. Les États-Unis ont donc trois sucres : le sucre de canne, le sucre d'érable, le sucre de betterave.

La betterave a été essayée sur plusieurs points des États-Unis; mais elle n'a obtenu de succès qu'en Californie. Deux cultures importantes se sont surtout créées, l'une près de Sacramento, l'autre près d'Alvarado; en i87'2, la première avait 11,600 acres plantés de betteraves; la seconde n'en avait que t»00, mais produisant 42 tonnes de betteraves par acre, lesquelles donnent 90 kilogrammes de sucre environ par tonne.

Plusieurs espèces d'érables donnent, quand la sève commence à couler, au printemps, un jus qui contient du sucre cristallisable. L'espèce la plus riche est l'érable à sucre, acer sacchartnum. On dit que l'industrie s'en empara pour la première fois dans la Nouvelle- Angleterre, en 1752; aujourd'hui, l'érable est exploité dans toutes les parties boisées du pays, où il est en grande abondance, particuliè-

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rement dans le New- York, le Michigan, la Pennsylvanie etrohio, et même plus au sud, le long de la chaîne des Alleghanys. Au Canada, blancs et Indiens s'en occupent à Tenvi.

Dans Tétat actuel des États du Sud, la Louisiane seule exporte; les autres suffisent à peine à leur consommation locale de sucre de canne. Ils sont loin, du reste, à eux tous, de produire autant qu'elle. L'exportation du sucre de canne subit parfois de brusques mouvements : en 1874, les ports delà côte Atlantique avaient envoyé au dehors 3,030 tonnes de sucre raffiné; dans les neuf premiers mois de 4875 seulement, ils en exportèrent 13,688. L'état d'instabilité de l'industrie sucrière en Europe est en grande partie la cause de ces grands et rapides changements.

Presque tous les exposants en sucre appartiennent, comme de juste, à la Nouvelle-Orléans. A côté de leurs produits figurent les substances analogues obtenues d'autres plantes que la canne, telles que le sorgho et le maïs, qui comptent chacun un représentant. Le sucre d'érable, qu'expose un producteur de ZanesQeld (Ohio), est magnifique.

Quelle place n'était pas due, dans l'exhibition des liqueurs fermentées, au national whiskey! Il y en a partout et de partout : de Pittsburgh et de Philadelphie, de Chicago et de Long-Island. L'exposant de Chicago, M. Schufeldt, y a ajouté les matériaux et instruments de la fabrication de la liqueur elle-

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même. U ne manque qu'une seule chose, c'estde la voir faire sous ses yeux ; mais cela ne se peut.

La bière, boisson ordinaire aux États-Unis, crée, à ce titre, une foule d'intérêts communs entre les divers États, et aussi entre eux et les nations, voisines ou lointaines, où la consommation de la bière est considérable : le Canada, par exemple, la Grande- Bretagne, rirlande, et surtout l'Allemagne. Les brasseurs allemands et américains ont un organe commun, le « German and Américain Brewers, Journal ^, publié en anglais et en allemand, et qui traite de tout ce qui concerne la fistbrication et la vente des bières, la culture et le commerce des orges et des houblons. C'est en même temps un courrier commercial et scientifique, un intermédiaire universel. Les bières américaines , au reste , ont quelque chose de cosmopolite : originairement, elles étaient toutes analogues à celles de l'Angleterre; mais Timmigration allemande a obligé de se conformer au goût des nouveaux consommateurs; une grande partie de cette industrie appartient, du reste, aux États-Unis, à des hommes d'origine allemande ; c'est ainsi que la production, indépendamment des raisons locales ou autres, est devenue extrêmement variée, et que l'on peut déguster, à l'exposition américaine, des bières rappelant plus ou moins toutes nos bières européennes.

Les États-Unis possèdent quatre espèces originales de vignes, distinctes de la vigne européenne,

distinctes d'autre part entre elles^ dont la culture a multiplié presque à Tinfini les variétés, et dont Thybridation avec les espèces étrangères a encore augmenté le nombre. Dès l'année 1865, les colons firent du vin, dans la Floride, avec le raisin de la vigne indigène. Le premier vignoble fut créé en 1620, dans la Virginie, par la Compagnie de Londres, et, en 1630, on fit venir des vignerons français; mais cette tentative ne réussit pas. Cependant, à partir du milieu du dix-septième siècle, les États, les gouverneurs, les Sociétés encourageant de leur mieux la viticulture, des succès partiels furent obtenus; jamais, cependant, on n'arriva à une production régulière, sérieuse, constante; ce n'est guère que dans ces dernières années qu'après un moment de découragement, la viticulture américaine s'est relevée : elle est aujourd'hui, on peut le dire, florissante, ou du moins en voie de le devenir.

Les vins américains se divisent en deux grandes catégories ; les vins de TAtlantique, les vins du Pacifique.

Les vins des pays atlantiques sont de trois sortes : blancs ou légèrement colorés, rouges ou colorés, vins ressemblant au sherry. Dans la première classe se placent tous les produits du Catawba, la plus ancienne espèce connue, transplantée et transformée en maint endroit, et ceux de beaucoup de plants étrangers ou hybrides. La plupart appartien-

nent aux espèces de la Vitis labrusca et de la Vitis œstivalis. — Les vins rouges appartiennent à 1 une ou l'autre, ou à la Vitis cordifolia. Parmi les uns, ceux de Concord tiennent, sans contredit, la tête ; la vigne qui les donne est vigoureuse et s'accoutume de presque tous les sols. Parmi ceux de Yœstivalis, plusieurs crûs rappellent les vins de France : les uns, comme le HÉigar, les Bordeaux, les autres, comme le Devereaux, les Bourgogne. Parmi ceux de la cordifolia, le Clinton est trèsrépandu : c'est un agréable vin ordinaire. — Les vins analogues au sherry commencent déjà à faire une rude concurrence à celui qu'importaient les Anglais.

Il faut donner une place à part aux vins des États atlantiques du Sud, qui proviennent de deux espèces — ou plutôt variétés —.de vigne spéciales, Idu Vitis vulpinia ou rotundifolia, qui donne des muscats, et la Vitis mustangensisj ou vigne sauvage du Texas.

Les États du Pacifique, et surtout la Californie, commencent à présenter en "vins une production sérieuse. La vigne y fut plantée pour la première fois, vers le milieu du siècle dernier, par des moines, qui essayèrent des plants de France ôt d*Espagne, mais sans succès ; l'un d'eux ayant eu ensuite l'idée de semer des pépins d'un beau raisin d'Europe, le résultat fut magnifique, et la mission de Saint- Gabriel, comté de Los Angeles, eut bientôt de très-beaux vignobles. Il y a aujourd'hui environ 200 variétés, indigènes et étrangères, de vignes

cultivées dans la Californie. Seulement la culture est très-inégale, Fexpérience manquant encore presque partout, et les résultats s'en ressentant. Mais déjà la Californie a des vins blancs fort remarquables, dont plusieurs peuvent rivaliser avec les vins du Rhin, et des vins mousseux dont les meilleurs peuvent consoler des gens qui n'ont point de Champagne. La Californie tient sans conteste la tête des États pour la production vinicole, ce qui, à vrai dire, n'est pas difflcile ; mais, de plus, elle produit environ 20 millions de litres de vin par année. La production totale des États-Unis est de 80 millions de litres.

Il y a réellement intérêt à goûter des vins comme ceux de V « Urbana Wine Company », de Hammondsport (N. Y.); de F « American Wine Company », de Saint-Louis (Mo.) ; ou de Bush, aussi de Saint- Louis ; de Corpenning, de Caldvs^ell Co. (N.-C.) ; de Garrett, de Halifax Co. (N.-C.) ; Hooper, Home, aussi de la Caroline du Nord, etc., etc.... Ne pas oublier surtout les excellents produits de la « Monticello Wine Co. » , de Charlottesville (Va.).

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