‹ Les États-Unis et la Havane; souvenirs d'un voyageurChapitre 2 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Départ pour New-Vork.

Je quittai Paris, le 2 juillet 1857, pour m’embarquer a Londres, où je passai près de cinq semaines , occupé des préparatifs de mon voyage. J’avais à choisir entre les deux lignes de paquebots qui vont a New-Vork, celle de Londres ou celle de Liverpoolj les bateaux à vapeur, établis depuis, n’existaient pas alors. Je me décidai pour celle de Londres , et je choisis le Wellington , beau navire de 750 tonneaux, neuf et bon voilier, et dont l’installation intérieure réunissait à une grande commodité le luxe et l’élégance.

: i LES ÉTATS-UNIS

Mes affaires une lois réglées , je partis le 1) août de Londres , pour m’embarquer à Portsmouth.

J’y trouvai le capitaine et les autres passagers rassemblés, et, le lendemain 10 août, nous sortîmes du port sur un petit cutter pour nous rendre au navire , qui était en panne à quatre ou cinq milles de la cote. Le pilote nous quitta trois heures après , et nous voilà voguant le long de i’île de Wight, à la faveur d’un faible vent du sud.

Le 10 au matin, nous étions en vue de la rade de Port] and , avec un vent toujours faible . 11 augmenta dans l’après-midi; mais en même temps il devint contraire , et amena un de ces épais brouillards si communs et si dangereux dans la Manche , où ils causent de nombreux accidents. Le 12, le temps s’éclaircit, mais le vent se maintenait à l’ouest. L’aprèsmidi, nous longions la côte du comté de Devonshire , et nous nous trouvâmes bientôt vis-à-vis de Stratbay, à environ cent vingt milles de Portsmouth. Le dimanche 15, nous

étions en lace de Point-Lizard ; mais nous avancions peu, contrariés tour à tour soit par ie vent debout, soit par des calmes qui livraient notre navire au ballottement de vagues déjà considérables.

C’est un triste souvenir que celui d’un dimanche , journée toujours mélancolique en compagnie d’Anglais et d’Américains , et surtout par un temps pareil. Enfin, le 14, le vent ayant changé, nous dépassâmes le dernier cap de l’Angleterre, Landsend , et nous perdîmes la terre de vue.

Le vent se maintint si favorable , que nous nous trouvâmes, le 25 août , sous le 35e degré longitude occidentale (du méridien de Greenwich) , c’est-à-dire à moitié chemin’.

Notre navire était si bon marcheur, que, par un vent favorable , il filait de onze à douze nœuds par heure. J’ai déjà dit qu’il

1 Les distances, dans ce voyage , sont marquées en degrés de soixante milles anglais (géographiques) , à compter du méridien de Oreenwich , près de Londres. — On s’est également servi dn pied anglais et du thermomètre de Fahrenheit, qui sont, l’un et l’autre, adoptés en Amérique. Pour la concordance de ces mesures avec les mesures françaises, voyez la note à la fin du volume.

était parfaitement bien installé : ses deux salons, pour les hommes et pour les dames, ne laissaient rien a désirer; meublés l’un et l’autre avec autant de richesse que d’élégance, ils occupaient h peu près la moitié de toute la longueur du navire. Celui des dames, qui prenait un quart de cet espace , n’était séparé de l’autre que par une cloison que l’on abattait à moitié pendant le jour. L’autre salon était occupé dans toute son étendue par la table à manger, qui servait pour toute la compagnie, et où l’on pouvait placer jusqu’à cinquante couverts. Dans ce meme salon, il y avait, de chaque côté, douze cabinets (state-rooms) poulies hommes ; les dames en avaient huit dans leur salon, quatre de chaque côté. Ces cabinets étaient suivis des chambres des domestiques. Puis venait la seconde cabine, dont les passagers ne payent que 10 livres sterling (250 francs) , mais qui ont à se nourrir euxmêmes, ainsi que les passagers de proue, qui payent 5 livres sterling (125 francs) par tête, et ne reçoivent du capitaine que l’eau

et le combustible. Les passagers des salons, quand ils couchent deux dans un cabinet a deux lits, payent 55 guinées (920 francs); ceux qui occupent seuls un pareil cabinet, ont à payer 51 livres sterling (1 ,275 francs), en y comprenant les vivres et le vin qui sont fournis en profusion . La nourriture est aussi bonne que l’on peut la désirer sur mer : on fait quatre repas par jour; mais les vins, excepté le porto et le sherry, sont de mauvaise qualité. On peut encore se plaindre du service , qui se fait fort mal , parce que les stewards sont négligents et sans complaisance.

La compagnie que l’on rencontre sur les paquebots américains et la manière d’y vivre ont l’avantage de préparer aux usages des États-Unis. Mes compagnons de voyage se composaient d’Américains principalement, et de quelques Anglais. Je ne parle que des passagers de première classe , car ceux de la seconde (deuxième cabine) et les passagers de proue n’existaient pas pour mes nobles compagnons. Tous les efforts de quelques impor-

Lun s des places inférieures pour se mêler aux passagers des salons restaient infructueux , et écliouaient devant la morgue financière de mes Américains ; seul orgueil qu’il leur soit permis de montrer jusqu’à présent. Et pourtant la masse de notre compagnie n’appartenait qu’aux classes moyennes de la société , si j’en excepte toutefois deux familles , l’une anglaise et l’autre américaine, et deux Anglais. Les Anglais se rendaient, la plupart, an Canada, pour affaires. Quant à ces voyageurs dilettanli, qui se procurent les agréments d’une traversée par la manie seule de courir le monde , il n’y en avait que deux à bord, un Anglais et moi.

Quoique le nombre des personnes renfermées dans ce petit espace eût été plus que suffisant pour établir à bord un commerce varié , et faire oublier les ennuis du voyage , il n’en arriva rien ; au contraire , c’était à qui s’efforcerait d’atteindre un résultat tout différent. Les compliments et les cérémonies exigés par les Anglais, et fidèlement copiés

par les Américains, étaient déjà bien propres à rendre le voyage des plus insupportables pour un homme du continent ; mais c’était à table surtout que cette gêne, cet ennui, se manifestaient le plus. C’est là qu’on voyait les convives développer tous leurs talents de good breeding , déployer toute leur dignité ! Quelle torture que ce manque d’abandon , que ce débit de phrases banales et insignifiantes qui se renouvellent chaque jour, que cet assemblage étrange d’égoïsme et d’esclavage ! N’oser toucher d’un plat sans en offrir au voisin ; être obligé de faire l’écuyer tranchant de toute la compagnie si le hasard a placé devant vous un leg of mutton ou autre met favori , alors que tous les regards se fixent sur cet objet intéressant, et veillent à ce qu’il soit également réparti. Enfin, vous croyez la corvée finie ; après avoir eu le bonheur de remplir une douzaine d’assiettes, avoir fait honneur aux différentes réquisitions , de more gravy, if you please; more thin or more thick; more or less donc; more fal or not so-fat, etc., etc

vous respirez, vous voulez manger à voire tour; mais, non! car, pour récompense de vos soins , on va vous faire l’honneur to drink a glasswitli y ou. Voilà le garçon qui arrive et vous demande quel vin vous préférez. Ce point décidé, on vous le verse , et vous profilez du moment pour donner à votre corps la raideur et la dignité convenables au grand acte que vous allez consommer. Vos yeux et ceux de l’aimable personne qui vous a engagé, to drink , cherchent lentement à se rencontrer. Vous vous fixez réciproquement, vous soulevez le verre d’une manière gracieuse , puis, vous faites tous deux, en même temps, un signe de tête , sans remuer le corps , comme la statue du Commandeur dans Don Juun, et enfin vous avancez le verre à vos lèvres pour le goûter. IN’est-ce pas là une charmante attention ? aussi , le bon ton vous oblige à user le lendemain de réprocité. Ces mœurs, il est vrai, se retrouvent en Angleterre; mais elles y sont modérées par le ton de la société-.

La présence de daines sur un paquebot est nécessaire pour y établir un ton décent ; car, sans elles, les extrêmes se toucheraient, et on verrait bientôt succéder aux compliments forcés , un ton tout contraire , comme cela arrivait d’ailleurs quand elles avaient quitté la table , et que , le vin en ayant fait le tour, les bonnes manières de nos messieurs se développaient à leur aise. Les charmes que la compagnie de quelques-unes de ces dames répandait dans la conversation , devaient compenser l’exigence de plusieurs d’entre elles, qui faisaient a table le désespoir de leurs voisins; ils avaient , en outre , l’honneur de les promener, ou plutôt de les traîner sur le tillac pendant une heure ou deux après le dîner, et c’était là , suivant moi , une récompense peu digne d’envie du bonheur qu’on avait eu de leur offrir au salon les mille petits soins , strictement exigés par le cérémonial dont je viens de parler , mais qui , pour être forcés , perdent tout leur mérite.

Toutefois, cette gêne n’était pas encore le

plus grand inconvénient; un mal plus sensible résultait de l’obligation de se trouver dans un contact perpétuel avec certains individus appartenant a notre salon , qui , par leur grossièreté et leur manque d’éducation , empêchaient toute conversation générale , et rendaient le séjour h bord, déjà si ennuyeux par lui-même, encore plus insupportable. Il s’agit de quelques jeunes ours américains, que leurs parents avaient envoyés en Europe pour y être élevés , ou plutôt dressés , et qui n’avaient ajouté à leurs agréables manières, conservées intactes , que les mauvaises habitudes qu’ils s’étaient efforcés d’acquérir en Europe , pour toute étude. C’est l'a ce qu’ils en rapportaient, le tout enrichi de quelques belles expressions françaises et allemandes , tirées de certains vocabulaires.

Chez toute autre nation il aurait été facile de mettre ces hommes a leur place , surtout l’un deux , joueur de profession, qui troublait sans cesse les autres voyageurs par ses querelles avec les stewards , mais cela était

impossible chez les Américains , qui , par leur principe d’égalité, sont forcés de fréquenter tout misérable qui , pour son argent , aura acquis le droit de se placer a la même table qu’eux.

Il n’y avait de distraction à bord , que pour ceux qui jouaient. On fit une loterie sur le jour où nous débarquerions, sans préjudice de ces paris pleins d’esprit et de goût , en usage sur les paquebots , à savoir de quelle jambe le pilote monterait à bord, et d’autres semblables. L’unique amusement que je trouvais convenable, c’était une sorte de jeu de quilles , où on jette des disques à quelque distance , sur des quarrés numérotés , dessinés avec de la craie. Ce jeu , nommé Chaffelbord , a l’avantage de procurer un peu de mouvement, si nécessaire sur un navire. Cette unique ressource manquait encore le dimanche, où les Anglais et les Américains s’appliquent a consacrer le sabbat si bien a la lettre , qu’on n’ose ni se remuer , ni rien écrire , ni travailler, ni même lire autre chose que des ou-

\ rages de dévotion, qu’ils se contentent, du reste , de tenir a la main.

Je reviens à notre voyage. Le temps resta favorable pendant la plus grande partie de la traversée. Le 25 août , nous eûmes le phénomène d’une aurore boréale de la plus grande beauté. Le 26, le temps changea, et la mer devint très-houleuse ; mais, comme le vent continuait de nous être favorable, on passa sur cet inconvénient, heureux d’avancer, et de voir finir cette ennuyeuse et monotone traversée. Le soir, il y eut encore une aurore boréale , mais moins belle que la précédente. Les nuages que Ton voyait éparpillés , et le baromètre qui baissait considérablement, indiquaient du mauvais temps. Nous nous trouvions alors dans le voisinage du grand banc de Terre-Neuve, comme l’indiquait le refroidissement de la température de l’eau , qu’on trouva, le 27, à neuf heures du matin, à 60, et vers midi a 52 degrés.

Dans l’après-midi, nous pûmes nous convaincre , par la couleur de l’eau , qui avait pris

la teinte verdâtre que l’on remarque près des côtes et partout où elle est basse , au lieu du bleu clair qu’elle a dans la haute mer, que nous devions nous trouver sur le banc meme. Le thermomètre tomba alors jusqu’il 44°, température qui ne varia pas tant que nous restâmes sur le banc. Ce refroidissement de la température de l’eau dans ces parages ne saurait s’expliquer que par des courants venant de la mer Glaciale, et qui se concentrent sur le banc , a cause du peu de profondeur de la mer en cet endroit, et de la digue que leur oppose File de Terre-Neuve. Le temps était des plus désagréables, le vent contraire, et la température de l’air aussi basse que celle de l’eau. Malgré ce refroidissement dans l’atmosphère , nous fûmes surpris , le 28 , par un violent orage , spectacle sublime , mais dangereux sur mer. Le vent soufflait avec une extrême violence, et la nuit était des plus sombres, quand les éclairs ne jetaient pas leur lueur resplendissante sur le navire et la mer en courroux.

J’ai remarqué , dans celte occasion et dans bien d’autres , que rien n’énerve les marins comme un orage. Notre capitaine commandait les manœuvres réitérées , que la tempête rendait nécessaires , avec la même activité et la même prudence , mais non avec le sangfroid qui avait distingué ce brave marin dans des occasions tout aussi périlleuses. M. Daniel Chadwick , un des meilleurs capitaines que j’aie rencontrés dans le cours de mes voyages, aussi recommandable par son expérience comme marin que par son caractère plein de prévenance, avait commandé un navire qui, dans un orage, fut incendié parla foudre , et quiconque a éprouvé une pareille catastrophe n’en perd plus le souvenir. Enfln , après deux heures , l’orage et la tempête diminuèrent. Nous respirâmes, débarrassés de l’oppression causée par le fluide électrique répandu dans l’atmosphère , et aussi délivrés de la crainte d’être frappés de la foudre, malgré le paratonnerre placé sur le plus haut de nos mâts, accident auquel les

ET LA 11 A VAINE

navires sont particulièrement exposés, a cause du fer et des autres métaux qui entrent dans leur construction.

Nous demeurâmes encore pendant quelque temps sur le banc de Terre-Neuve, retenus par des vents contraires. Ce point est le plus difficile de la traversée , puisqu’on y rencontre toujours des tempêtes ou des calmes plats. Il y a sur le banc quantité de vaisseaux occupés à la pêche de la morue. Ils y restent a l’ancre souvent pendant plusieurs mois , la profondeur de l’eau , qui varie de vingt à quarante toises sur presque toute l’étendue, du banc , le permettant.

Ce fut en 1517 que l’on commença à pêcher la morue sur le banc de Terre-Neuve. Cette pêche est celle qui donne les plus riches résultats. Les Anglais, qui s’en occupent principalement , ont établi dans ce but des colonies sur i’île de Terre-Neuve. Nous passâmes, après ce banc, sur un autre plus petit, nommé Sable -Banc, où des vents contraires nous retinrent pendant tout le jour. Tout le gros

temps, que nous avions eu depuis le 20 août, et qui s’accordait si peu avec la saison, n’était rien en comparaison d’une tempête que nous essuyâmes le 5 septembre , dans la nuit du samedi au dimanche, et qui Ht de grands ravages. Notre navire , quoique neuf, en souffrit, et le dommage eût été beaucoup plus grand sans l’adresse et l’intrépidité de notre capitaine et de ses marins. On les voyait, malgré les vagues qui passaient au-dessus du bâtiment, faire leur dangereuse besogne avec autant d’indifférence et le même empressement que dans le temps le plus calme, et monter au haut des mâts , pour carguer les voiles , en chantant et riant.

Mes voyages en différentes mers m’ont permis de comparer les divers systèmes des nations maritimes, et je dois avouer que le système de tempérance établi aujourd’hui parmi les Américains, presque généralement , me paraît préférable à tous les autres. L’Anglais , comme on a coutume de le dire , est né marin ; mais la boisson dont il fait un usage im-

modéré nuit essentiellement à l’ordre et à la discipline , qui sont à bord le point le plus important. Il se trouve donc a sa place sur les bâtiments de guerre, mais non sur les navires marchands ; aussi en périt-il un grand nombre par l’indocilité et la mauvaise volonté de leurs équipages , lorsqu’il faut exécuter des manœuvres extraordinaires. On est donc souvent injuste dans les jugements que l’on porte sur le plus ou le moins de disposition d’une nation quelconque pour le service de mer. Ce sont les principes et l’ordre établis sur les bâtiments d’une nation qui en forment l’avantage et la plus grande sûreté, ainsi qu’on le voit par les équipages des vaisseaux américains , qui , bien que composés , la plupart du temps, des éléments les plus hétérogènes, sont néanmoins supérieurs a ceux des autres nations.

Enfin, le beau temps revint. La tempête avait fait des ravages incroyables parmi les coffres, les cartons et les boîtes placés sous les bancs de notre salon , où l’on ne pouvait passer sans

crainte de se casser les jambes , ou bien de se baigner les pieds dans des Ilots rien moins que limpides, auxquels le mal de mer de mes aimables compagnons de voyage contribuait largement. Je préférais être trempé enhaut, où je jouissais , du moins , du spectacle si sublime qu’une telle tempête présente dans toutes les grandes mers , surtout dans le voisinage d’un banc, où les vagues s’élèvent à une hauteur prodigieuse et forment comme d’énormes montagnes.

Le temps continua à être beau les 5 et G septembre, mais accompagné de calme. Les nuits étaient d’une température douce et de la plus grande beauté ; l’atmosphère si pure , que les constellations brillaient d’une clarté resplendissante ; et la surface de l’eau si unie , que nous pûmes nous procurer d’agréables distractions en observant autour du navire une multitude d’anguilles et de petits poissons, tandis que les évolutions des dauphins (porpoises) , et de temps en temps les jets d’eau de petites baleines, ou le dos d’un

requin apparaissant sur l’eau, venaient varier la scène.

Nous avions des signes évidents que la côte n’était pas éloignée, tels que des joncs, des plantes et de l’herbe encore fraîche , et surtout un oiseau de terre qui s’abattit sur le vaisseau. Le 8 septembre, enfin, à neuf heures du matin , on aperçut la terre du haut de la hune 3 et, peu après, nous vîmes la barque du pilote, qui monta à bord à onze heures et demie, et qui apportait les journaux de New- York, sur lesquels mes compagnons sejettèrent comme des furieux. On voyait alors la terre distinctement : c’étaient des rochers avec deux phares. Vers midi et demie , nous étions près de Sandy-Hook, vis-à-vis de Long- Island. Les deux paquebots pour le Havre et Liverpool sortaient du port en même temps que nous y entrions.

Le port de New-York est défendu par plusieurs forts , ce qui, avec le nombre de vaisseaux à couleur gaie que l’on y voit, lui donne un aspect des plus pittoresques.

Mais il n’est pas aussi beau que les Américains le voudraient faire croire , en le comparant et le préférant même à celui de Naples. Pour paraître grandiose , il faudrait qu’il fût dominé par des hauteurs plus considérables; elles Américains, malgré toute leur bonne volonté d’avoir des sites aussi beaux et même plus beaux que ceux de l’ancien monde, n’auront jamais rien de comparable a Naples, Gênes ou Constantinople, où la nature est secondée par l’art, et l’oeil aussi flatté parla vue que le cœur frappé de souvenirs.

On approche des villes des Etats-Unis charmé d’avoir achevé la traversée , fier d’avoir atteint le nouveau monde. Mais on reste dans la réalité, l’imagination n’y est pour rien : l’on n’éprouve pas cette sensation si vive que l’on ne peut manquer de ressentir quand on va fouler sous ses pieds une terre classique. Le prestige manque à l’Amérique; on admire son histoire , riche pour le présent, intéressante pour l’avenir, mais sans un passé qui attache.

Nous jetâmes l’ancre au Quaranlaine- Ground, près de Long-Island. Un officier de santé monta à bord , accompagné d’autres personnes. Les passagers du salon, l’aristocratie du vaisseau, le quittèrent de suite sur un bateau à vapeur qui était venu les prendre, tandis que la plcbs , composée des steerage passengers , durent passer encore un ou deux jours a bord, pour purifier leurs effets. Je descendis à YAstor-House avec plusieurs de mes compagnons de voyage.

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