CHAPITRE VI
Le bas Canada.
Je passe rapidement sur mon voyage dans le bas Canada. Je ne décrirai pas toutes les merveilles du Saint-Laurent et de ses mille îles, dans l’endroit où il sort du lac Ontario.
Je continuai ma route sur le Great -Britain jusqu’à Prescott, point d’où le trajet jusqu a Montréal se fait tantôt par eau, tantôt par diligence, parce que quelques parties du Saint- Laurent sont trop rapides pour la navigation. Le canal que le gouvernement anglais établissait alors pour y faire passer une partie du fleuve, sera une des plus grandes et des plus magnifiques entreprises exécutées en ce genre.
Je ne m’arrêtai que peu à Montréal, la ville la plus grande et la plus peuplée du Canada , et qui renferme un grand nombre d’églises et de couvents de femmes, des marchés spacieux,
et Joui le commerce est des plus étendus. Je poursuivis ma route par bateau a vapeur sur le Saint-Laurent jusqu’à Québec.
Le haut Canada est entièrement habité par des Anglais; mais dans le bas Canada on trouve encore la population originaire française. Quel contraste entre ces deux nations, vivant sous le meme sceptre , mais dont les mœurs, déjà si différentes, sont encore modifiées par celles de leurs voisins des États-Unis! Le pouvoir exécutif est anglais et protestant; la masse de la population est française et catholique , et les anciennes lois françaises sont encore en vigueur. Les mœurs et coutumes présentent donc un mélange de celles que l’on retrouve en Angleterre , en France et aux Etats-Unis.
On ne peut nier que les Américains ne portent une affection toute particulière au Canada. Ils y ont déjà introduit beaucoup de leurs usages , surtout leurs insipides tables d’hôte. Ils y voyagent en grand nombre , faisant parade d’une générosité assez rare chez
eux, el qui est vraiment comique pour quiconque connaît leurs habitudes sous ce rapport.
En voyageant dans le Canada for pleasure tours , notre Américain devient un autre homme; il se montre grand et protecteur. Il oublie alors pour le moment son grand principe of money making (gagner de l’argent); maisjetez-le comme vous voudrez, il re-
tombe sur...
La curiosité , comme on le verra par la suite , n’étant pas une des moindres qualités des Américains , les notes que je dus prendre, et qui me servent a rédiger ce journal, durent nécessairement la provoquer.
J’étais , comme étranger, l’objet de leur aimable sollicitude , surtout quand ils me voyaient la plume à la main, etîèurs questions m’obligeaient parfois de la quitter. Ne pouvoir deviner ce que l’étranger pense , ne pas avoir la faculté d’examiner ce qu’il écrit, est une idée qui leur est insupportable et les rend malheureux.
J arrivai a Québec le 29 septembre, après un trajet ennuyeux de vingt-sept heures au lieu de quinze , durée ordinaire du voyage de Montréal à Québec. Je visitai la citadelle de cette ville, si célèbre dans la guerre de septans, considérée comme inexpugnable, et qui ne fut prise par les Anglais que par suite de l’impétuosité du commandant français. Emporté par sa valeur chevaleresque , Montcahn ne put se tenir derrière ses bastions ; il descendit dans la plaine d’Abraham pour y rencontrer Wolfc, auquel le beau tableau de West, reproduit si souvent par la gravure, continue une célébrité que la postérité, dans son indifférence, n’accorde pas toujours aux grands faits histo-, riques et aux hommes les plus intéressants.
Montcahn et Wolfe trouvèrent tous deux la mort dans celte plaine ; l’un au milieu d’une défaite, l’autre au sein de la victoire- Le nom de Montcahn est oublié , celui de Wolfe existe dans toutes les bouches.
Honneur à l’impartialité des Anglais , qui ont élevé a leur mémoire un monument com-
mun : c’est une pyramide qui présente sur deux de ses faces les noms de ces illustres rivaux. Un autre monument dans la plaine d’ Abraham indique l’endroit même où Wolfe fut atteint par le boulet qui lui donna la mort, et qui est fixé dans la colonne. L’inscription en est simple , mais belle :