‹ Les États-Unis et la Havane; souvenirs d'un voyageurChapitre 8 sur 30 · HERE DIED WOLFE VICTORIOUS · texte numérisé non relu

HERE DIED WOLFE VICTORIOUS

« Ici mourut Wolfe victorieux.»

La citadelle de Québec, hérissée de canons, contient un arsenal de cinquante mille fusils. On y conserve aussi les arquebuses que le gouvernement anglais fournit aux chefs des Indiens, en temps de guerre. Le reste de l’emplacement est occupé par les barracs (casernes) et des magasins. La vue dont on jouit dé ce point élevé sur la ville, et le Saint- Laurent , qui est en cet endroit d’une largeur prodigieuse, donne a Québec le droit d’être classé , pour la beauté de sa situation , parmi les villes du monde les plus célèbres sous ce rapport , et cela a bien plus juste titre que

New-York. Je considérais avec un intérêt particulier les bords du fleuve où Se célèbre Cook gagna ses éperons; ce Toulon de l’immortel navigateur , où il montra , sous le feu des batteries, Se même sang-froid que dans toutes les autres circonstances critiques de sa vie, au milieu des dangers sans nombre qu’il affronta dans ses voyages.

La construction de Québec, ainsi que celle de Montréal, est plus dans le goût français qu’à la manière anglaise. Les rues sont tortueuses et inégales. La belle partie de la ville est située sur la hauteur, celle qui avoisine le port est sale, et ses rues sont des plus étroites.

Les mœurs des deux nations qui habitent

cette ville , diffèrent essentiellement. Celles

des anciens Canadiens Français se sont con-

servées intactes; mais les Anglais y ont beaucoup adopté des coutumes américaines dans la vie publique, surtout en ce qui concerne Ses hôtels, qui sont tout à fait dans le goût américain, mais à bien meilleur marché. On retrouve au Canada la même pénurie d’ar-

gent que dans les États-Unis, et l’on n’y connaît que le papier, qui se fractionne même de manière à représenter les plus petites pièces de monnaie. Je ne saurais assigner à ce fait d’autre cause, que l’exemple des États- Unis et la fréquence des rapports entre les deux pays. L’habillement des Canadiens est encoi’e le même que sous Louis XV et Louis XV ï : iis portent la queue, le chapeau à trois cornes et des redingotes a capuchon. Le gris est la couleur dominante dans leurs vêtements. Le Canadien est poli , complaisant, mais aussi très-vif et très-irritable.

Le clergé catholique y est très-considérable, et jouit de beaucoup d’influence , tant a cause de l’esprit religieux des Canadiens, que par la tolérance calculée du gouvernement anglais.

Je visitai les environs de Québec. Ma première excursion fut à la chute de Montmorency, qui m’aurait enthousiasmé parla beauté, de son site, et par son élévation, si j’âvais pu la voir avant celle de Niagara. J’avoue que

je restais froid, et que j’en étais presqu’k regretter la course de deux heures que j’avais dû faire dans des chemins horribles. Mais je fus un peu récompensé de mes fatigues en faisant connaissance d’une famille indienne qui fabriquait des mocassins , et où le mari était aussi laid, que la femme , la squaw, était gentille et même jolie. Cette rencontre me donna envie de voir Laurette, village où sont établis près de trois cents Indiens. Un autre trajet de deux heures , sur des routes encore plus mauvaises, m’y conduisit.

Laurette est un joli village, composé d’un côté des maisons des Canadiens, et de l’autre des huttes isolées des Indiens Murons , qui s’y sont établis. L’aubergiste de l’endroit , un Canadien bien différent de ses nobles confrères d’au delà du Niagara , fut assez complaisant pour me conduire parmi les habitations des Indiens. Mais cette tournée ne m’avançait pas beaucoup, car mon désir était de faire la connaissance de ces bonnes gens, et, pour la plupart, ils étaient occupés dans

les bois el dans les champs ; je n’avais d’ailleurs aucun prétexte pour entrer chez eux , sauf dans une seule hutte où l’on vendait des mocassins, des arcs, des flèches et autres objets de fabrication indienne. Cela ne faisait ni mon compte ni celui de mon compagnon, l’aubergiste, qui, avec une complaisance peutêtre un peu intéressée , me fit la proposition de passer la soirée au village , dans son auberge , et d’y donner un bal aux notabilités de l’endroit. J’avoue que cette idée m’effraya d’abord; la dépense d’un bal chez nous se présenta de suite a mon esprit; mais j’avais tort de me récrier sur cet article, et le programme de mon hôte me satisfit au point, que je lui donnai immédiatement plein pouvoir de tout arranger pour cette brillante soirée ; je ne songeai pas même à l’inconvénient d’être obligé de faire huit milles pendant la nuit, par ces horribles chemins, pour retourner a Québec.

Nous voila donc en droit de faire nos visites dans l’intérieur des habitations. L’on

nous reçut partout de la manière la plus aimable, en nous engageant à nous asseoir; mais, à ma grande surprise, l’invitation poulie bal ne fut pas acceptée dans plusieurs familles, ou seulement après beaucoup d’efforts de la part de l’hôte , qui employait pour les persuader toute son éloquence. Mesdemoiselles les Huronnes développaient une petite pruderie charmante , qui leur allait a ravir, et que de jeunes Européennes n’auraient pu mieux affecter; car, tout en brûlant d’envie d’aller au bal, elles manifestaient pour ce plaisir la plus grande indifférence. àp rès avoir terminé notre ronde , nous eûmes soin de nous assurer des services du Strauss de l’endroit, ce qui se fit sans peine.

Je fis ensuite une petite promenade dans les environs de Laurette, qui sont de la plus grande beauté, comme tout le pays qui entoure Québec, puis nous nous remîmes en route pour l’auberge, l’hôte pour s’occuper des préparatifs du bal , c’est-à-dire pour faire balayer sa chambre et y faire mettre quatre

chandelles de suif, tandis que moi, en attendant ma soirée, je m’amusai a prendre de quelques gamins indiens des leçons de tir a l’arc ou à roder dans le village.

Enfin le son* arriva, et avec lui le violon et le tambour qui devaient former l’orchestre.

Quant a mes convives, ils me donnèrent une preuve de leurs progrès dans la civilisation , en se faisant longuement attendre, ce qui excita d’autant plus mon impatience de voir les beautés indiennes. Enfin elles arrivèrent, et nous allons juger si la beauté de leur toilette était une compensation du temps qu’elles y avaient employé. Je vais essayer de la décrire.

La parure de ces dames ( squaws , femmes) tient du Canadien et de l’Indien. Leurs longs cheveux foncés sont lisses sur la tête , et finissent en une seule tresse qui descend sur une des épaules. Elles portent trois vêtements l’un sur l’autre ; celui de dessous est d’une étoffe en laine rouge ou bleue et séparé en deux, afin d’en pouvoir rouler une

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