‹ Les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 16 sur 28 · LE LAC HURON · texte numérisé non relu

LE LAC HURON

Me voici sur les bords du lac Huron, cette Méditerranée d’eau douce qui, d’un côté par la rivière Sainte-Claire, et de l’autre par la rivière Sainte-Marie, se rejoint au lac Érié et au lac Supérieur, ces deux autres Méditerranées. Quelle grandeur dans la nature de cette contrée ! Quelle variété dans ses tableaux! Quelles curieuses observations à faire dans la multiplicité de ses productions!

Les anciens voyageurs ont appris aisément à connaître le caractère et les mœurs des animaux de ce pays. L’Indien pouvait leur donner à cet égard les notions les plus détaillées. Par une inclination particulière, par habitude, par nécessité, l’Indien, tel qu’il existe encore dans certaines zones de l'Amérique, passe une partie de sa vie à étudier le tempérament, l'instinct, les ruses et les qualités des animaux; mais la botanique, la zsologie et la plupart des phénomènes physiques de ce pays, on ne les connaît guère. Heureux celui qui =curra pénétrer à loisir dans ces purs et attrayants mystères |

Par leurs traditions mythologiques, les anciens ont rendu célèbre cet assemblage de sentiers tortueux, de galeries ténébreuses, de grottes souterraines, qu'on appelle le labyrinthe

de Crète. Qu'auraient-ils fait s'ils avaient connu ces labyrinthes d'îles, d'îlots, de massifs d'arbres, de pyramides de rocs qui s'élèvent sur le lac Huron? Certes, c'est de ces labyrinthes-là qu'il n’est pas aisé de sortir, et quand la tempête, creusant cette onde profonde, y soulève des vagues pareilles à celles de l'Océan, heurei x le pilote qui parvient à reconnaître la direction qu'il doit suivre à travers les capricieux contours, les sinueuses avenues et ies mille échancrures de ces archipels! Mais par un temps paisible, par un ciel serein, quand la barque glisse mollement à la surface du lac, on ne s'inquiète guère du danger de s'égarer au milieu de ces labyrinthes, et, quel que soit le nombre de leurs canaux trompeurs et de leurs fausses issues, on n'est guère tenté de posséder le fil d'Ariane ou les ailes de Dédale pour en sortir.

Quelle joie, au contraire, d'errer à loisir dans cette charmante région; de faire le tour de ces petites îles arrondies comme des corbeilles de fleurs; de flotter le long de ces bandes de verdure, pareilles aux belles pelouses d'un parc; de glisser sous les mystérieux rideaux de branches d'arbres séculaires! L'eau du lac est aussi limpide que l’azur du ciel; les crêtes blanches des collines, les rameaux des bois s'y reproduisent nettement comme dans un miroir; elle est si pure et si transparente, que, lorsqu'un léger canot s'y balance, on dirait qu'il flotte dans l'air même, et, en voguant ainsi de côté et d'autre, à tout instant on découvre une nouvelle perspective, un nouvel ornement dans ce merveilleux panorama. Il semble que des naïades ou des fées aquatiques aient elles-mêmes dessiné ces monticules de gazon aux formes gracieuses, érigé ces colonnes de pierre calcaire, planté ces bois, et répandu comme un collier d'émeraudes toutes ces îles à la surface des eaux pour en faire leur jardin terrestre.

Voir c’est avoir. Le bonheur de voir est, en effet, une possession : la possession des yeux, de l'esprit, la calme et pleine possession de la pensée, moins le souci et les embarras de la possession réelle.

« Qui terre a guerre a, » dit un vieux proverbe. La plupart des hommes n’aspirent pourtant qu'à acquérir une partie de

cette terre où ils auront à planter des bornes pour se pro-

ces laby-

amides de’

> ces labyà tempête, s pareilles t à reconcapricieux ncrures de ciel serein, lac, on ne > ces labyaux trom- > tenté de ) pour en

ette chararrondies ces bandes de glisser séculaires!

les crêtes produisent t si transdirait qu'il e côté et rspective, Il semble es-mêmes ses, érigé répandu rface des

une poscalme et embarras

a plupart partie de r se pro-

téger contre des voisins rapaces, où ils verront peut-être plus d'une fois naître la semence funeste des dissensions et des procès, où, après tout, ils fi cut par n'occuper qu'une petite place de quelques pieds de longueur. Plus heureux est celui qui ne livre point son cœur à ces matérielles convoitises, et ne l’égare point en de telles sollicitudes. Si chétive que soit sa fortune, il sera toujours plus riche que celui qui enferme sa richesse dans une enceinte de murs et de grilles de fer. Nul rempart ne le privera de l'aspect d'une belle vallée; nulle clôture n'empêchera la brise caressante de porter jusqu'à lui le parfum des fleurs.

Dem Wandermann gehôrt die Welt.

Au voyageur le monde appartient. Quelles que soient l’occupation et la durée de notre vie, nous sommes tous, sur cette terre, des voyageurs, et le monde est une vaste galerie de tableaux que chacun de nous peut regarder et admirer sans en posséder une parcelle.

Dans sa zone septentrionale, le lac Hv:on est traversé par une chaîne d'iles presque continue, dort les unes appartiennent aux États-Unis et les autres au Canada. Parmi celles que le Canada a conservées, dans le travail de élimitation qui fut fait, il y a quelques années, entre le gouvernement anglais et la république américaine, il en est deux qui méritent une mention particulière. On les appelle le grand et le petit Manitoulin ; leur nom signifie : demeure des esprits. Les Indiens disent que les bons génies des Peaux-Rouges ont eux-mêmes pris plaisir à former ces îles, et qu'ils aiment à y rester. Le grand Manitoulin n’est pourtant qu’une bande de terre étroite échancrée sur ses bords, découpée en une quantité de baies; mais il a plus de trente lieues de longueur, et son sol est fertile.

Là réside un fonctionnaire canadien, décoré du titre de surintendant, et qui est, en effet, le surintendant, le juge, l'administrateur de diverses tribus indiennes, dispersées sur un assez vaste espace, au nord et à l'ouest du lac Huron. Là les chefs et les délégués de ces tribus viennent, à une époque fixe, recevoir la rente ou les présents que le surintendant leur

remet chaque année, soit pour payer les terrains qu'elles ont abandonnés au gouvernement anglais, soit pour les récompenser de la fidélité qu'elles lui ont témoignée en diverses occasions.

Ordinairement cette réunion a lieu au mois de juillet; par hasard, elle a été retardée cette année. Je suis assez satisfait de ce retard.

Des centaines d'Indiens sont arrivés dans leurs légers canots sur la côte de l'île, les uns avec leurs femmes et leurs enfants, d’autres avec leurs frères ou leurs amis. En quelques instants leurs nacelles ont été portées à terre, et leurs wigwams construits. En quelques jours cette plage a pris l’aspect d'un vaste champ.

Parmi les tribus de Peaux-Rouges, l'homme s'est réservé les raffinements de la parure et les plaisirs de la coquetterie.

Les femmes, en énéral, sont à peu près constamment vêtues de la même fagon; mais les hommes, dans leurs jours de parade, sont vraiment prodigieux. Les uns lient à leur chevelure de longues plumes d'oiseaux; d’autres se revêtent d’une peau d’animal, dont le mufle leur cache le visage, dont les pattes retombent sur leur poitrine, et ils s'enorgueillissent de ressembler ainsi à un ours, à un loup, à un buffle. Mais c'est surtout par l'emploi des couleurs, extraites de différentes plantes, qu’ils cherchent à se signaler. Les uns, pour se donner une agréable physionomie, peignent leurs joues en vert ou en jaune; d’autres, pour se donner un air terrible, se plaquent la figure d’une couche de vermillon. Il en est qui ne se contentent point d'une nuance uniforme, et dont le visage ressemble à uue palette sur laquelle un peintre dépose, l'une à côté de l’autre, les teintes les plus variées : sur leur front brillent des lignes bleues ; sur leur nez, des points noirs; sur leurs joues, des cercles d’ocre; sur leur menton, des carrés ou des losanges de pourpre. Il en est qui, avec leur pinceau, se tatouent comme les sauvages de la Nouvelle-Zélande; qui se dessinent le long des lèvres, sur les narines, et principalement autour des yeux, des arabesques fantastiques imprégnées de différentes couleurs. Ce sont les lions de la tribu, les dandies qui aspirent à étonner par leur suprême élégance.

qu'elles ont les récomn diverses

juillet; par ez satisfait

urs légers es et leurs n quelques leurs wigà pris l’as-

est réservé la coquet-

nstamment leurs jours ent à leur e revêtent isage, dont rueillissent uffle. Mais

de difféuns, pour 8 joues en errible, se est qui ne

le visage ose, l'une leur front noirs; sur les carrés

pinceau, ande; qui

principaba impréribu, les élégance.

Pour 8e peindre plus nettement la face, ils arrachent tous les poils de la barbe. Pour se faire beau, il faut bien se résigner à quelque souffrance, et ceux qui se marquettent ainsi la figure ont la joie de se croire très beaux. Lorsqu'ils arrivent à un âge plus avancé, ils renoncent, comme des philosophes, à ces vanités de leur jeunesse et laissent croître leur barbe.

Le vieillard, qui a abdiqué ces prétentions d'un autre âge, s’enveloppe humblement dans une de ces couvertures en laine qu'on appelle des blankets. À ses pieds sont des mocassins sans ornements; sur ses jambes, de hautes guêtres faites de la façon la plus simple; mais à son col et sur sa poitrine se déroulent les colliers que l’on nomme des wampums.

Le wampum, dont il est si souvent question dans les récits des premiers explorateurs de l'Amérique septentrionale et dans les traditions des Peaux-Rouges, n'est autre chose qu'une espèce de chapelet de coquillages, que l’on fabrique à présent à Londres et à New-York, et qui est tarifé par les marchands, comme tout autre objet de commerce. Mais à ces colliers, dont l'usage remonte à un temps immémorial, les Indiens attachent une idée grave, un sentiment d'honneur national et de respect susperstitieux. Le wampum est le signe de distinction des guerriers, la jarretière ou le grand cordon des hauts dignitaires. C'est de plus le témoignage palpable des principaux événements de la peuplade. Par un wampum noir, elle déclare la guerre; par un wampum blanc, elle constate son traité de paix; par un wampum rose et bleu, elle garde la commémoration de ses jours de triomphe.

En chaque circonstance grave, lorsque les chefs se réunissent dans la tente du conseil, l'un d'eux étale successivement les wampums confiés à sa garde, de même que, dans un congrès de diplomates, on déroule les divers actes des chancelleries; et c'est à la vue de ces pièces officielles qu'ils délibèrent sur l'affaire ci les occupe et prononcent leur décision. Autrefois, en Islande, un citoyen était chargé de répéter, chaque année, verbalement le code de la république au peuple assemblé sur les rocs de Thingvalla. À défaut de la loi écrite, c'était la loi

verbale, la loi vivante. Le wampum représente cette loi de la nation. Pour les Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord, le wampum est une chronique hiéroglyphique, comme les quippos pour les anciens Péruviens, et les bâtons runiques pour les anciens Scandinaves.

tte loi de la lu Nord, le me les quipniques pour

Page 1