‹ Les États-Unis et le CanadaChapitre 11 sur 32 · S± LES ETATS-UNIS · texte numérisé non relu

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observé ces conditions. Le clergé catholique du Canada est aussi puissant sous le régime protestant de l'Angleterre qu'il l'était sous la domination française, les cérémonies de l'Église aussi libres et aussi splendides. Les processions religieuses se Ibnt dans toutes les paroisses avec la même pompe qu'autrefois en France. Dans les villes de garnison, elles sont escortées par des détachements de soldats anglais en grand uniforme. Que les descendants des vieux puritains, que les sociétés bibli(iues crient et tonnent parfois contre un tel scandale, c'est ce qu'il est aisé de concevoir. Mais le gouvernement anglais n'en est pas moins resté sourd à leurs pieuses vociférations, et n'en a pas moins respecté les anciennes coutumes civiles et ecclésiastiques du Canada. Après la conquête, il avait seulement mis sous le séquestre les biens des jésuites; sur les représentations de la colonie, il les a rendus en 1834, avec les revenus qu'il avait perçus. Le produit de ces biens est affecté aux établissements d'instruction publique.

Il faut reconnaître que l'Angleterre a plus aidé aux progrès matériels de cette contrée que nous ne l'avons fait. De nombreux colons de la Grande-Bretagne, de l'Irlande surtout et de l'Ecosse viennent encore chaque année augmenter la population des villes, défiicher les champs, planter les piquets de leurs rustiques cabanes sur un sol autrefois désert. L'industrie anglaise a donné l'essor aux Canadiens, et les capitaux anglais ont vivifié le commerce.

En peu de temps la pauvre petite bourgade de Montréal est devenue une grande cité animée et élégante, trop élégante même pour celui qui préfère les capricieuses arabesques, les romantiques fantaisies des anciennes villes à la règle du cordeau, à la systématique uniformité des constructions nouvelles. Ses rues sont, pour la plupart, tracées en droite ligne, remplies de maisons édifiées en belle pierre grise, avec le perron haussé de quelques gradins, la porte vernissée, le marteau en cuivre poli, les persiennes peintes en vert. Elles ressemblent, sauf la grandeur des bâtiments, aux rues récentes de Londres et de Bruxelles. Elles s'étendent sur une plaine de deux milles de largeur, qui, de la base de la montagne, descend jusqu'aux bords de fleuve. Cette

cité, dont les premiers édifices lureiil une chapelle et un hôpital, n'a point failli à son origine. Dans tous ses quartiers il y a des établissements de bienfaisance et d'éducation, et de tout côté on y voit briller des flèches de clochers. Au-dessus de ces diverses fondations de l'Kglise catholique, du culte épiscopal, presbytérien, s'élèvent les deux tours de la nouvelle église paroissiale, niagnifique vaisseau construit sur un plan d'architecture gothique. 11 me semble que ses proportions n'ont pas été assez habilement mesurées, que ses tours sont trop massives pour sa façade. Mais, tel qu'il est, c'est le plus vaste et le plus beau monument catholique qu'il y ait dans l'Amérique septentrionale.

En dehors de la ville même, il y a toute une autre ville dispersée par la longueur du vallon, nichée sur les flancs des collines, suspendue aux plis de la montagne : maisons agrestes de laboureurs, maisons superbes de négociants, cottages solitaires de rentiers. Il y en a, à la côte, qui portent le nom poétique de Notre-Dame-des-Neiges, sur la terre plaie de Griffin, en face du Saint-Laurent, et en face de l'Ottawa, il y en a qui vous étonnent par le luxe de leur colonnade et de leurs galeries ; d'autres qui attirent doucement votre imagination sous leur toit modeste, sous leurs rameaux d'arbres, qui vous font rêver le bonheur d'être là pour finir en paix la vie, comme dit Burns, au milieu des amis de nos premiers jours.

Les deux races rivales, séparées en Europe par le détroit, se trouvent ici face à face en contact journalier sur le même sol, et conservent les mêmes instincts particuliers, les mêmes défiances, les mêmes antipathies. L'une a pour elle l'autorité de sou drapeau, de son gouvernement; l'autre, la force numérique et ses anciens droits de possession. La race anglaise est plus active, plus entreprenante; la race française, mieux ancrée dans le sol. Toutes deux vivent à la Ibis sans se confondre, comme deux fleuves qui se rejoignent sans perdre la couleur distincte de leurs eaux. A les voir marcher en silence sous la même bannière, et régler d'un ton amical leurs alfaires, on pourrait les croire sincèrement unies. Mais d'un côté subsiste l'orgueil du torysme, et de l'autre le foyer de l'inquiète et ardente nature française. Tout

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à coup le foyer se rallume, ou l'orgueil éclate comme un ressort longtemps comprimé; et il s'ensuit des collisions qui anéantissent en un instant le souvenir de plusieurs années de paix.

Au milieu de ces divisions de partis, sous le poids de ces coups de vent politiques qui prennent un caractère grave, beaucoup de Canadiens son restés fidèles au pacifique autel des Muses. J'en ai connu plusieurs qui se consacrent avec une religieuse patience à l'étude de leurs anciennes annales, qui s'estiment heureux quand, après une longue et consciencieuse investigation, ils arrivent à corriger l'erreur d'un historien, à rectifier une date, reconstituer un fait. J'en ai connu d'autres qui se livrent avec une innocente candeur aux douces joies de la poésie. Comme ils n'ont point de théâtres, et point de lecteurs assez nombreux pour encourager les grands travaux, ils ne se hasardent ni dans les orageux défilés de la tragédie ni dans les vastes espaces de l'épopée. Humbles jardiniers du Parnasse, ils cultivent à l'écart l'aiguillon de l'épigramme, la fleur du madrigal, les rameaux éplorés de l'élégie.

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